Le musée en mouvement

Les salles d'un grand musée vivent au rythme des mouvements d'oeuvres. Nouveaux accrochages, acquisitions récentes, retours de prêt, restaurations, associations inédites, dépôts… Par petites touches, où à l'occasion de transformations plus importantes, la présentation des collections évolue en permanence. Retrouvez régulièrement sur cette page les principales informations concernant les changements dans les galeries du musée d'Orsay, les nouveautés à découvrir…

Accrochage "Paysages symbolistes"

Actuellement : rez-de-chaussée, salle 8

Accrochage "Paysages symbolistes"© Musée d'Orsay / Sophie Boegly

Salles Luxembourg

Musée d'Orsay - Salle 1© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
Les premières salles du parcours de visite qui viennent d'être rénovées sont désormais baptisées "Luxembourg" en souvenir d'un musée qui joua un rôle central dans la vie artistique française au XIXe siècle : le "Musée des artistes vivants" installé dans le palais et l'orangerie du Luxembourg, à Paris.

A partir de 1818, et jusqu'à la création du musée d'art moderne au palais de Tokyo en 1937, cette institution avait pour vocation d'abriter une partie des peintures, des sculptures puis des dessins achetés ou commandés par l'Etat à des artistes vivants ou morts depuis moins de dix ans, ainsi que des libéralités de particuliers.
Il s'agissait du plus important musée d'art contemporain au monde : l'opinion publique lui reconnaissait un rôle prescripteur, et l'honneur d'y voir ses œuvres exposées était le rêve de nombreux artistes, exclusivement français d'abord, avant que le musée ne s'ouvre progressivement aux artistes étrangers à partir des années 1860. En effet, l'entrée au Luxembourg leur donnait espoir de voir leurs oeuvres entrer un jour, après leur mort, au prestigieux musée du Louvre, le panthéon des artistes.

Musée d'Orsay - Salle 4© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
Si certains réformateurs de la peinture, tels Delacroix, Rodin, Ingres ou encore Gustave Moreau eurent cette chance assez tôt dans leur carrière, l'administration n'osa pas suivre toutes les avant-gardes de son temps : Courbet, Millet, Manet, Lautrec ou Van Gogh n'entrèrent jamais au Luxembourg de leur vivant.
A partir des années 1870, les critiques s'accentuèrent, accusant le musée d'ignorer les talents originaux et de se cantonner dans un art officiel académique. Gauguin, écarté lui aussi, méprisait le Luxembourg comme une "vaste prison, un lupanar obligatoire".

Il ne faut toutefois pas oublier l'action de directeurs éclairés tels Philippe de Chennevières ou Léonce Bénédite, ainsi que l'initiative de grands donateurs tels Gustave Caillebotte, Isaac de Camondo, Etienne Moreau-Nélaton et Alfred Chauchard qui surent combler les lacunes en faisant entrer dans les collections de l'Etat les peintres de Barbizon, Manet et les Impressionnistes. La collection actuelle du musée d'Orsay est l'héritage de cette histoire.

 

© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
© Nicolas Krief

Haut de la page

Thamar d'Alexandre Cabanel de retour de dépôt


Peintre académique comblé d'honneurs depuis le Second empire, Alexandre Cabanel renouvèle sa peinture dans les années 1870 en adoptant le ton du romantisme orientaliste, à l'instar d'Henri Regnault.
La scène est tirée d'un épisode de l'Ancien Testament où les enfants du roi David se déchirent : violée par son propre frère Amnon, Thamar se réfugie auprès son autre frère Absalom qui jure vengeance. Le geste théâtral d'Absalom au regard farouche, contrastant avec la lascivité de Thamar, évoque l'univers de Byron ; le chatoiement des tissus et les bijoux abondants est inspiré des tableaux de Delacroix dont les Femmes d'Alger (1834, Louvre) sont citées à travers la servante noire dans la pénombre à droite.

Acheté par l'Etat au Salon de 1875 pour le musée des artistes vivants au palais du Luxembourg, le tableau était en dépôt au musée des Beaux-Arts Jules-Chéret de Nice depuis 1927. Restauré en 2012, il est dorénavant exposé au musée d'Orsay.
A découvrir au rez-de-chaussée, galerie des peintures de Salon.

Alexandre CabanelThamar© Musée d'Orsay / Sophie Boegly

Haut de la page

Verres peints de Gauguin


Paul GauguinTahitienne dans un paysage© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Daniel Arnaudet
Depuis son inauguration en 1986, le musée d'Orsay n'avait jamais pu exposer deux oeuvres de Gauguin faisant partie de ses collections. Il s'agit de verres peints qui ne pouvaient être montrés en raison de leur état de conservation, ainsi que du manque d'espaces adéquats pour les accueillir. Aujourd'hui, après une longue restauration et la création de vitrines dédiées, les visiteurs peuvent enfin les admirer dans les salles.

Motifs floraux et végétaux et Tahitienne dans un paysage, datent de 1893, lorsque Gauguin s'installe à Paris après son premier séjour polynésien. Il poursuit alors ses recherches décoratives, initiées à la fin des années 1880 lorsqu'il décora les fenêtres de l'auberge de Marie Henry au Pouldu, et poursuivies à Tahiti en 1892 lorsqu'il peignit la vitre d'une maison.
Paul GauguinMotifs floraux et végétaux© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Daniel Arnaudet

A Paris, souhaitant sans doute s'entourer d'un décor exotique, il choisit cette fois comme support les portes vitrées de son atelier de la rue Vercingétorix et compose ces deux paysages. Ils resteront sur place une fois l'artiste reparti pour son dernier voyage en 1895 et ne seront déposés qu'en 1905. C'est finalement la veuve du peintre américain Harold English, leur dernier propriétaire, qui en fera don aux musées français en 1958.

Cette présentation constitue donc un véritable évènement car ces oeuvres sorties des réserves témoignent de l'une des préoccupations centrales de Gauguin, lui qui déclarait dans une lettre à son ami Daniel de Monfreid : "le vitrail simple attirant l'oeil par ses divisions de couleurs et de formes, voilà encore ce qu'il y a de mieux".

Haut de la page

Une vitrine consacrée au "style Liberty


Carlo BugattiPsyché© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
La grande vitrine ouvrant la salle 65, au niveau médian du musée d'Orsay, est désormais entièrement consacrée à l'Art Nouveau italien, connu sous le nom de "style Liberty". Elle rassemble un ensemble unique, récemment enrichi par des acquisitions de premier ordre.

Au début du XXe siècle, les arts décoratifs sont en Italie les héritiers d'une grande tradition artisanale et artistique, et ils se font les interprètes du désir de progrès d'une nation venant de trouver son unité. L'Art Nouveau, connu dans sa version italienne comme "style Liberty ou "art floréal", s'affirme à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Turin en 1902 : les grands créateurs de meubles, notamment Eugenio Quarti, Ernesto Basile, Carlo Zen et Carlo Bugatti, y exposent leurs oeuvres.
Leur goût pour les lignes sinueuses inspirées des formes de la nature, aux accents parfois exotiques, se rapproche des tendances répandues dans l'Europe entière, tout en gardant une originalité particulière. En témoigne avec éloquence la chaise dessinée par Carlo Bugatti pour l'une des pièces complètement décorées qu'il présente à Turin. Cette "salle de jeux et de conversations" reproduisait à l'échelle humaine une coquille d'escargot, dont le nom "camera a chiocciola" (chambre "escargot"). D'autres créateurs italiens recherchent des formes d'expression nouvelles et originales. Le bureau de Federico Tesio, qu'il conçoit pour sa villa sur le Lac Majeur, à Dormelletto (Novara), où il installe son élevage de chevaux pur-sang, demeure comme un épisode unique et, en même temps, une oeuvre-phare du "Liberty" italien.

Vittorio ZecchinLes Mille et une nuits, détail© ADAGP - Musée d'Orsay / Sophie Boegly
De même le grand panneau de l'artiste vénitien Vittorio Zecchin Les mille et une nuits est l'un des exemples les plus importants de la peinture décorative italienne au début du XXe siècle. Il faisait partie d'un cycle de onze panneaux réalisé en 1914 pour la salle à manger de l'Hôtel Terminus de Venise.
Le fastueux cortège de princesses et de guerriers qui rendent hommage à l'épouse d'Aladin offre l'occasion de déployer un chromatisme somptueux, dont la valeur décorative est soulignée par l'utilisation des dorures en pastille. L'influence de Klimt y est particulièrement évidente, mais elle est néanmoins déclinée dans un langage qui tire ses origines de la tradition vénitienne, des oeuvres de Vivarini, des mosaïques et des vitraux de la ville lagunaire.

Vitrine "style Liberty"© Musée d'Orsay / Sophie Boegly

Haut de la page

Nouvelles acquistions : Von Stuck, Ranson

Au rez-de-chaussée, l'accrochage de la nouvelle galerie symboliste vient d'être renouvelé avec notamment la présence de deux importantes acquisitions récentes : L'Expulsion du Paradis du peintre allemand Franz von Stuck (1863-1923) et La Sorcière au chat noir de Paul Ranson (1861-1909).
Dans le premier tableau, Stuck s'empare d'un célèbre épisode biblique, Adam et Eve chassés du jardin d'Eden, qu'il représente dans une composition dépouillée mettant en évidence les émotions humaines. Caractéristique du symbolisme fin de siècle par sa sophistication et sa dimension morale, L'Expulsion du Paradis constitue également un jalon historique important vers l'art contemporain puisque Vassily Kandinsky, élève de Stuck au début du XXe siècle, s'en inspire dans son Etude pour improvisation 8 (1909), l'une des étapes qui le mèneront à l'abstraction.

De 1891 jusqu'à la fin de sa vie, Paul Ranson réalise une série d'oeuvres ésotériques dans lesquelles la figure de la sorcière revient régulièrement. Entourée de symboles cabalistiques et d'ombres chinoises, cette Sorcière au chat noir, demeure mystérieuse. On ne sait si les formes qui l'entourent représentent ses pouvoirs maléfiques, ou si elle est assaillie par des cauchemars. La composition correspond parfaitement aux principes esthétiques Nabis - arabesques, cernes, aplats de couleurs, synthétisme - et rappelle le goût du groupe pour les formes décoratives.

Haut de la page

Nouvelle acquisition : Les Bûcherons de Daumier

Depuis sa création en 1980, la Société des Amis du Musée d'Orsay n'a cessé de participer activement à l'enrichissement des collections. Cette association a une nouvelle fois fait preuve de son immense générosité à l'occasion des 25 ans du musée en faisant don des Bûcherons, une huile sur bois d'Honoré Daumier peinte vers 1855.
Cette esquisse est étroitement liée à une huile sur toile de Jean-François Millet, Les Scieurs de long (Londres, Victoria and Albert Museum), dont elle reprend, à quelques détails près, la composition. Elle constitue donc un témoignage précieux de la proximité entre les deux artistes aux alentours de 1850, alors qu'ils se côtoient à Paris et à Barbizon.
Les Bûcherons sont désormais exposés dans la salle 4, consacrée à Daumier, et peuvent être mis en relation avec La Blanchisseuse qui, elle aussi, met en scène des représentants de la classe ouvrière que le peintre étudie dans les années 1850-1860.

Honoré DaumierLes Bûcherons© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Haut de la page

La Buveuse d'absinthe de Picasso en dépôt au musée d'Orsay

S'il est exposé au musée de l'Orangerie, Pablo Picasso ne fait pas partie des artistes habituellement présentés dans les salles des collections permanentes du musée d'Orsay. Ce dépôt d'un tableau venu d'une collection privée est donc un évènement majeur, tant par la qualité de l'oeuvre que par sa résonnance avec les toiles qui l'entourent.
Accrochée dans la salle consacrée à la vie parisienne (rez-de-chausssée, salle 10) La Buveuse d'absinthe (1901) côtoie les scènes de divertissement, bals, maisons closes, les portraits de Toulouse-Lautrec, Boldini ou Anquetin et apporte un nouveau témoignage de la fascination qu'excerce le milieu bohème de la capitale française sur de nombreux peintres de la fin du XIXe siècle. C'est aussi l'occasion unique pour les visiteurs de porter un regard croisé entre cette buveuse d'absinthe de Picasso et celle de Degas accrochée dans la galerie impressionniste.

Haut de la page

Une peinture d'Histoire : Le prévôt des marchands Etienne Marcel et le dauphin Charles

Au rez-de-chaussée du musée d'Orsay, le fond de la galerie Seine est consacré aux peintures de Salon, des oeuvres qui connurent le succès à l'occasion d'une de ces grandes expositions annuelles organisées par l'académie des Beaux-arts. Pour son envoi au Salon de 1879, Lucien Mélingue choisit un épisode des conflits politiques qui agitèrent la France durant la Guerre de Cent ans (1337-1453).
Le 22 février 1358, Etienne Marcel, le prévôt des marchands de Paris, envahit le palais de la Cité à la tête d'une foule de 3000 personnes afin de défendre les intérêts de la bourgeoisie commerçante contre la politique du dauphin Charles (1338-1380) - futur Charles V -, en charge la régence du royaume depuis que son père, Jean II Le Bon, a été fait prisonnier par les anglais en 1356. Sous le regard effrayé du jeune homme, le maréchal de Champagne et le maréchal de Normandie sont assassinés par les émeutiers. Mélingue représente l'instant où Etienne Marcel sauve la vie de l'héritier du trône en échangeant symboliquement leurs deux chapeaux. Le dauphin se retrouve ainsi paré des couleurs de la ville de Paris - rouge et bleu -, tandis que le prévôt, arborant la fleur de lys, s'affirme garant du pouvoir royal.

Acquis par l'Etat, le tableau est d'abord exposé au musée du Luxembourg, puis au Louvre, avant d'être déposé durant de longues années au musée de Beaune.
Au sein des collections du musée d'Orsay, il constitue aujourd'hui un très bel exemple de cette peinture d'Histoire tant appréciée par le public du XIXe siècle.

Lucien MélingueLe prévôt des marchands Etienne Marcel et le dauphin Charles© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Haut de la page

Augmenter la taille du texte Réduire la taille du texte Envoyer à un ami Imprimer
Facebook
Google+DailymotionYouTubeTwitter