Le musée en mouvement

Les salles d'un grand musée vivent au rythme des mouvements d'oeuvres. Nouveaux accrochages, acquisitions récentes, retours de prêt, restaurations, associations inédites, dépôts… Par petites touches, où à l'occasion de transformations plus importantes, la présentation des collections évolue en permanence. Retrouvez régulièrement sur cette page les principales informations concernant les changements dans les galeries du musée d'Orsay, les nouveautés à découvrir…

Nouvelle acquisition : "Le déjeuner en famille" de Vuillard

Par son testament, Lucie Kléné, fille adoptive de Jos et Lucie Hessel - amis et mécènes de Vuillard - a légué au musée d'Orsay un tableau à choisir parmi huit oeuvres de Bonnard et de Vuillard de sa collection reçue en héritage. Le choix du président, Guy Cogeval, s'est porté sur une peinture exceptionnelle de Vuillard : Le Déjeuner en famille dit aussi Le Déjeuner Hessel.
Le Déjeuner Hessel vient de rejoindre les cimaises du musée d’Orsay en salle 10 et vient compléter la plus importante collection française de Vuillard, après l’annonce de la donation Hays et avant la présentation de l’intégralité de la collection de Zeineb et Jean-Pierre Marcie-Rivière.

Exceptionnel, le tableau l'est à plus d'un titre, par son sujet autobiographique, sa composition et sa facture caractéristique de la période nabie de Vuillard. La scène représente la famille proche du peintre qu'il ne cesse de mettre en scène dans son oeuvre des années 1890.
Au centre du tableau, figure la mère de l'artiste, à droite, sa soeur Marie tenant dans ses bras sa fille Annette. Face à elles, l'époux de Marie et le père du bébé, le peintre Ker-Xavier Roussel est représenté absorbé dans la lecture de son journal.

La vision panoramique du Déjeuner Hessel permet à l'oeil de se mouvoir à l'intérieur de la composition et d'en savourer les détails. Vuillard immerge le spectateur dans des vibrations de couleurs tout en proposant une composition géométrique rigoureuse.
Le traitement de l'espace est également sophistiqué avec une opposition entre la pièce close et l'ouverture donnée par les tableaux accrochés aux murs. Ces peintures bordées de cadres blancs ou en bois naturel ouvrent de nouvelles perspectives par une mise en abyme de la peinture dans la peinture. Celui du centre, placé au-dessus de la mère de l'artiste, pourrait être une scène de rue de Bonnard mais non identifiée. Celui de droite pourrait également être un Bonnard représentant un repas familial.

Edouard VuillardLe déjeuner en famille© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

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Un tableau de Cabanel restauré

Une restauration fondamentale a été réalisée en 2015 sur le  tableau de Cabanel, La Mort de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta.

Le vernis irrégulier et encrassé qui recouvrait la toile, avait été anciennement allégé de manière sélective en privilégiant la scène centrale. La restauration a consisté à amincir les couches de vernis, à reprendre les repeints désaccordés et à combler les lacunes.
Ces interventions ont permis de retrouver  une meilleure lecture de cette histoire vraie qui inspira à Dante un cercle de l’enfer de sa Divine comédie. La régularisation du vernis restitue non seulement  l’espace pictural avec la juste succession des plans mais également les couleurs somptueuses de la composition.

Le tableau restauré est actuellement visible au rez-de-chaussée du musée d'Orsay.

Lire le commentaire de l'oeuvre.

Alexandre CabanelMort de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais) / Patrice Schmidt

La peinture au Salon

Henri GervexUne scéance du jury de peinture© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR
Galerie Seine
Créé en 1699, le Salon est dans la deuxième moitié du XIXe siècle l'exposition à la fois institutionnelle et populaire qui permet aux artistes de se faire connaître. Une séance du jury de peinture de Gervex montre l'importance de l'événement et de la réaction des membres du jury décernant des prix ou des critiques écrivant dans les journaux. Les collections du musée d'Orsay reflètent le goût officiel grâce aux nombreux tableaux acquis par l'Etat à l'issue du Salon pour le musée du Luxembourg, consacré à l'art contemporain de l'époque.

Longtemps considéré comme un lieu de promotion de l'académisme, le Salon permet en réalité la confrontation d'expérimentations artistiques diverses. Les artistes reprenant des sujets tirés de l'Antiquité ou de la Bible renouvellent les formules traditionnelles par le style et la composition, tel Elie Delaunay, tandis que d'autres privilégient la littérature ou des faits marquants de l'histoire nationale, comme Jean-Paul Laurens. Ces tableaux font ainsi écho aux innovations des avant-gardes et annoncent, par leur mise en scène, le cinéma du siècle suivant.

© Musée d'Orsay / Sophie Boegly

Salles Luxembourg

Musée d'Orsay - Salle 1© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
Les premières salles du parcours de visite qui viennent d'être rénovées sont désormais baptisées "Luxembourg" en souvenir d'un musée qui joua un rôle central dans la vie artistique française au XIXe siècle : le "Musée des artistes vivants" installé dans le palais et l'orangerie du Luxembourg, à Paris.

A partir de 1818, et jusqu'à la création du musée d'art moderne au palais de Tokyo en 1937, cette institution avait pour vocation d'abriter une partie des peintures, des sculptures puis des dessins achetés ou commandés par l'Etat à des artistes vivants ou morts depuis moins de dix ans, ainsi que des libéralités de particuliers.
Il s'agissait du plus important musée d'art contemporain au monde : l'opinion publique lui reconnaissait un rôle prescripteur, et l'honneur d'y voir ses œuvres exposées était le rêve de nombreux artistes, exclusivement français d'abord, avant que le musée ne s'ouvre progressivement aux artistes étrangers à partir des années 1860. En effet, l'entrée au Luxembourg leur donnait espoir de voir leurs oeuvres entrer un jour, après leur mort, au prestigieux musée du Louvre, le panthéon des artistes.

Musée d'Orsay - Salle 4© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
Si certains réformateurs de la peinture, tels Delacroix, Rodin, Ingres ou encore Gustave Moreau eurent cette chance assez tôt dans leur carrière, l'administration n'osa pas suivre toutes les avant-gardes de son temps : Courbet, Millet, Manet, Lautrec ou Van Gogh n'entrèrent jamais au Luxembourg de leur vivant.
A partir des années 1870, les critiques s'accentuèrent, accusant le musée d'ignorer les talents originaux et de se cantonner dans un art officiel académique. Gauguin, écarté lui aussi, méprisait le Luxembourg comme une "vaste prison, un lupanar obligatoire".

Il ne faut toutefois pas oublier l'action de directeurs éclairés tels Philippe de Chennevières ou Léonce Bénédite, ainsi que l'initiative de grands donateurs tels Gustave Caillebotte, Isaac de Camondo, Etienne Moreau-Nélaton et Alfred Chauchard qui surent combler les lacunes en faisant entrer dans les collections de l'Etat les peintres de Barbizon, Manet et les Impressionnistes. La collection actuelle du musée d'Orsay est l'héritage de cette histoire.

 

© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
© Musée d'Orsay / Sophie Boegly
© Nicolas Krief

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Verres peints de Gauguin


Paul GauguinTahitienne dans un paysage© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Daniel Arnaudet
Depuis son inauguration en 1986, le musée d'Orsay n'avait jamais pu exposer deux oeuvres de Gauguin faisant partie de ses collections. Il s'agit de verres peints qui ne pouvaient être montrés en raison de leur état de conservation, ainsi que du manque d'espaces adéquats pour les accueillir. Aujourd'hui, après une longue restauration et la création de vitrines dédiées, les visiteurs peuvent enfin les admirer dans les salles.

Motifs floraux et végétaux et Tahitienne dans un paysage, datent de 1893, lorsque Gauguin s'installe à Paris après son premier séjour polynésien. Il poursuit alors ses recherches décoratives, initiées à la fin des années 1880 lorsqu'il décora les fenêtres de l'auberge de Marie Henry au Pouldu, et poursuivies à Tahiti en 1892 lorsqu'il peignit la vitre d'une maison.
Paul GauguinMotifs floraux et végétaux© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Daniel Arnaudet

A Paris, souhaitant sans doute s'entourer d'un décor exotique, il choisit cette fois comme support les portes vitrées de son atelier de la rue Vercingétorix et compose ces deux paysages. Ils resteront sur place une fois l'artiste reparti pour son dernier voyage en 1895 et ne seront déposés qu'en 1905. C'est finalement la veuve du peintre américain Harold English, leur dernier propriétaire, qui en fera don aux musées français en 1958.

Cette présentation constitue donc un véritable évènement car ces oeuvres sorties des réserves témoignent de l'une des préoccupations centrales de Gauguin, lui qui déclarait dans une lettre à son ami Daniel de Monfreid : "le vitrail simple attirant l'oeil par ses divisions de couleurs et de formes, voilà encore ce qu'il y a de mieux".

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