Cabinets d'architecture

L'architecture "à l'époque de sa reproductibilité technique"

Dessins d'architecture, photographies, gravures et ouvrages de la collection du musée d'Orsay (salle 17, 19 et 21)


Alphone TerpereauLe viaduc de Garabit, 6 avril 1884© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
Le titre de cet accrochage s'inspire du célèbre essai du philosophe Walter Benjamin, L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, écrit en 1935, car si de tout temps les oeuvres ont été imitées ou copiées, Walter Benjamin a montré qu'aux XIXe et XXe siècle, le développement massif des pratiques de reproduction a révolutionné l'histoire de l'art en lui faisant perdre les valeurs liées à sa singularité. Plus encore que les autres pratiques artistiques, l'architecture en atteste.
Art de l'espace, celle-ci fait depuis les traités de la Renaissance l'objet de représentations destinées à codifier sa conception qui se démultiplient alors avec l'essor de la l'édition et de la photographie.

L'architecture est aussi touchée dans sa pratique par l'industrialisation des techniques de construction qui facilite la reproduction des ornements et place la standardisation au centre des réflexions constructives.
Au XIXe siècle, la reproductibilité bouleverse l'architecture dans ses fondements théoriques en faisant évoluer ses modèles et ses règles : la démultiplication des références favorise le développement de l'éclectisme tandis que l'idée de réitération est au coeur de la réflexion des architectes rationalistes.
Jean-Camille FormigéExposition universelle de 1900, pavillon royal de Roumanie© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
La reproductibilité au service de l'architecte

Les nouvelles techniques de reproduction modifient les conditions de la conception architecturale. La pratique du tirage qui se développe dans la seconde moitié du XIXe siècle constitue pour les architectes un outil de travail révolutionnaire car il permet de garantir la fiabilité des plans confiés aux différents acteurs de la construction.

La démultiplication des publications accélère et facilite la diffusion des projets ou des nouvelles réalisations. L'usage de la chambre noire contribue aussi à la circulation des modèles, comme le montre les échanges de photographies de dessins ou d'édifices entre les architectes.
Celle-ci permet en outre de mieux appréhender la dimension spatiale des bâtiments.

Grâce à la reproduction des images, les architectes peuvent élargir considérablement leur culture, en rassemblant des documentations immenses, composées de calques, gravures et photographies, renouvelant leur inspiration et leur réflexion.

Pratique architecturale et regard photographique
Louis-Emile DurandelleDécor de la salle de l'opéra© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Pour Walter Benjamin, la pratique photographique est la principale technique de reproduction à avoir bouleversé la pratique et le sens des oeuvres d'art. Si le regard photographique ne peut remplacer l'enquête par le dessin, les architectes comprennent très tôt l'intérêt que la photographie présente pour l'étude des monuments anciens.
Il modifie du reste l'appréhension des modèles, qu'ils soient historiques ou contemporains.

Le vocabulaire architectural est transformé par l'approche photographique qui donne une connaissance à la fois précise et fragmentaire des édifices. Ce morcellement, qui facilite l'assimilation et l'hybridation des références, favorise le développement de l'éclectisme.
La photographie sert également à célébrer le progrès et les nouveaux modes de construction. Tandis que son immédiateté permet de documenter l'exploit technique, ses effets de contraste exaltent particulièrement la pureté des structures métalliques, contribuant à en faire le principal modèle esthétique des avant-gardes artistiques.

Reproductibilité technique et renouvellement architectural

Raoul BrandonImmeuble de rapport, Paris© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Les techniques de reproduction, la gravure ou la photographie, ne sont pas qu'un outil au service de l'architecture. Au XIXe siècle, elles contribuent à la faire évoluer de façon significative.
Le point de vue photographique influence le dessin d'architecture qui s'inspire de ses cadrages et de ses mises en scène pour devenir plus séduisant et plus aisément reproductible.

De même, le développement de l'édition contribue à la diffusion de modèles dont la gravure constitue une interprétation particulière, qui régularise et intellectualise. Les publications d'architecture favorisent notamment la standardisation de l'architecture et l'idée de typologie, que prônent les architectes rationalistes depuis le début du XIXe siècle face à la croissance urbaine.
La reproductibilité est au centre de leur réflexions qui, portées par l'industrialisation, visent à rationaliser les modes de construction pour répondre aux besoins d'une société en pleine mutation.

 

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