Cabinets d'architecture

Charles Lameire (1832-1910), familièrement inconnu

Dessin
Charles LameireProjet de décoration pour l'Hôtel de ville de Paris© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Le musée d'Orsay détient la majeure partie du fonds d'atelier du peintre Charles Lameire. L'essentiel de ce fonds a été donné en 1987 par le petit fils de l'artiste Gilles Lameire, par l'intermédiaire de la Société des amis du musée d'Orsay. Cet ensemble exceptionnel a été complété par un don des légataires universels de Gilles Lameire en 2005 et par l'achat de 75 dessins en 2009. Aujourd'hui quasiment oublié, cet artiste a connu une carrière pavée d'honneur. Alors que la question du grand décor obnubile ses contemporains, Lameire renoue avec la tradition pluriséculaire de la peinture murale en choisissant de se dédier presque exclusivement au décor monumental. Artiste prolifique, il oeuvre dans les lieux les plus emblématiques de la capitale, du Panthéon à la Sorbonne. Son activité est protéiforme. Peintre-décorateur, Lameire conçoit aussi bien de vastes tableaux muraux rivalisant avec la peinture religieuse ou la peinture d'histoire de son temps que de simples éléments décoratifs qu'il insère avec soin dans les édifices. A une époque où la notion d'arts industriels remet en cause les frontières entre les arts, il dessine aussi vitraux, mosaïque, tapisserie ou illustrations, conçoit des objets d'art, des compositions sculptées et des architectures. Cet accrochage présente quelques-uns des centaines de dessins préparatoires à son oeuvre : esquisses, maquettes, poncifs (grandeur nature), rendent ici concrète la réalité professionnelle de son travail.

Les premiers chantiers

Salle 17


Charles LameireEtude pour l'église Saint-François-Xavier de Paris© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Lameire commence sa carrière dans l'atelier du peintre-décorateur Alexandre Denuelle. Elève de l'architecte Félix Duban, Denuelle est un des principaux artisans de la redécouverte des peintures murales médiévales et œuvre avec Viollet-le-Duc au renouveau de la polychromie architecturale. Après vingt ans passés à seconder son maître, Lameire obtient ses premières commandes au début des années 1870 : le décor de l'hôtel particulier de l'entrepreneur Jules Hunebelle (1872) et celui de l'église Saint-François-Xavier (1873). Celles-ci sont emblématiques de l'époque : tandis que ce premier chantier d'église témoigne de l'importance du décor religieux, qui s'est accrue sous le Second Empire avec la multiplication des lieux de culte, celui de l'hôtel Hunebelle illustre la manière dont l'ornement contribue au faste des nouvelles habitations d'une bourgeoisie en plein essor économique. Ils révèlent aussi la variété des expressions stylistiques du peintre-décorateur : à l'hôtel Hunebelle, Lameire privilégie l'inspiration mythologique en accord avec le style néo-renaissant de l'édifice mais il expérimente à Saint-François-Xavier le pouvoir expressif du style byzantin ainsi que, dix ans plus tard, l'éloquence du baroque.

Lameire et les arts du décor : de la peinture à l'architecture

Salle 19


Pierre LampueLe catholicon de Charles Lameire© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Pour dépasser son maître Denuelle, Lameire conçoit en 1866 un projet d'église-modèle intitulé "Catholicon", une œuvre globale où fusionne tous les arts, architecture, peinture, sculpture et arts décoratifs. Après cette ambitieuse tentative qui le rend célèbre, la carrière de Lameire poursuit plus modestement ces objectifs et sera fondée sur des collaborations étroites avec les plus grands architectes de son temps, Gabriel Davioud, Paul Abadie, Juste Lisch, Edouard Corroyer, Emile Vaudremer ou encore Charles Garnier. Il concourt avec eux à compléter harmonieusement le décor de monuments historiques resté inachevé, comme Saint-Martin d'Ainay (Lyon), Notre-Dame des Menus (Boulogne-Billancourt) ou Saint-Front de Périgueux, et contribue à assurer l'unité esthétique de leurs réalisations les plus modernes, à l'instar du Trocadéro ou du Comptoir d'Escompte. Appelé par l'administration à réfléchir au développement des arts industriels, Lameire s'intéresse à l'application des arts du dessin aux arts décoratifs, vitrail, tapisserie, mosaïque, céramique. Poursuivant la réflexion initiée dans son projet du Catholicon sur le pouvoir expressif des arts de l'espace, Lameire conçoit aussi objets d'art, sculptures ou architectures.

Un art catholique militant

Salle 20


Charles LameireAnge à l'éponge et à la lance© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Comme Hippolyte Flandrin, Paul Janmot ou Maurice Denis, Lameire sera mu pendant toute sa carrière par de profondes convictions religieuses et un catholicisme militant. Ses débuts personnels coïncident avec les grands chantiers artistiques du gouvernement de l'Ordre moral, désireux, après la chute du Second Empire, de préserver une organisation sociale fondée sur l'Eglise. Avec l'avènement de la république anti-cléricale, Lameire continue à s'investir dans les chantiers religieux les plus emblématiques de son époque, pour conforter un catholicisme en pleine mutation. Depuis le Catholicon, ses recherches artistiques relatives à l'exaltation du sentiment religieux visent à éduquer comme à émouvoir. Toujours respectueux de l'architecture qui l'environne, l'art de Lameire explore les qualités didactiques de la peinture d'histoire (Notre-Dame de Fourvière et Chapelle Saint-Louis des Français, à Notre-Dame de Lorette, Italie). A la cathédrale grecque de Paris, il lui préfère la simplicité du langage allégorique de l'art byzantin. De façon générale, la nécessité de la pratique décorative le conduit à simplifier formes et couleurs (chapelle funéraire de Madame de Bonald).

Des grands chantiers prestigieux

Salle 21


Charles LameireEtude. Saint Sidoine, saint Maximin d'Aix et un aigle© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Au sommet de sa carrière, Lameire sera sollicité pour participer aux grands chantiers décoratifs de la IIIe République militante, qui va recourir à l'art monumental pour diffuser l'idéologie républicaine. L'importante commande du décor des salles assyriennes du musée du Louvre (1883), chargé de faire connaître à tous cette civilisation mythique dont les premiers vestiges matériels avait été mis à jour dans les années 1840, est suivi de chantiers de la plus haute importante pour le pouvoir républicain, comme le décor de l'hôtel de ville (1884) ou celui de la Sorbonne (1890). Parallèlement, Lameire poursuit son activité dans de grands chantiers religieux qui dépendent désormais de l'initiative privée : à La Madeleine, le curé Le Rebours mobilise financièrement ses paroissiens autour de l'achèvement du décor du chœur. Tandis que ce chantier, très débattu, sera l'occasion pour l'artiste de témoigner des capacités de son langage synthétique à respecter l'architecture et le décor d'un édifice existant, celui du Louvre est l'occasion pour lui d'adopter la simplicité décorative de l'art archaïque assyrien et d'inventer un décor imaginaire mais fondé rigoureusement sur les connaissances archéologiques.

Charles Lameire… en quelques dates

Octobre 1832
Naissance à Paris (7e) de Charles Joseph Lameire, 5ème enfant de Joseph Lameire, garçon de cave de la Maison du Roi, et de Madeleine Rouyer.

1842-1850
Formation autodidacte attestée par ses carnets de croquis et une autorisation du 17 juillet 1852 pour étudier les herbivores de la Ménagerie du Jardin des Plantes.

1853
Chantier de Saint-Germain-des-Prés et entrée présumée de Lameire dans l'atelier d'Alexandre Denuelle.

1863
Mariage à Paris avec Pauline Charron.

1863
Naissances de sa fille Clotilde à Paris (7e).

1864
Naissance de son fils Irénée à Paris (7e).

1866
Projet pour le Catholicon exposé au Salon.

1867
Chevalier de la Légion d'Honneur.

1872
Décor de l'hôtel-maison de rapport de l'entrepreneur Jules Hunebelle (Paris 7e)

1872
Membre de la commission de perfectionnement de la manufacture de Sèvres.

1872
Décor de la cathédrale de Moulins.

1872
Projet de Saint-Front de Périgueux exposé au Salon.

1872-1879
Décor peint et relevé de l'église Notre-Dame-des-Menus de Boulogne-Billancourt.

1873
Décor peint de l'église Sainte-Anne d'Auray (architecte Edouard Deperthes*).

1873-1875, puis 1883-1884
Décor peint de l'église Saint-François-Xavier (Paris 7e, architecte Joseph Uchard).

1874
Annonce dans la presse de la fin d'activité de Denuelle qui confie sa clientèle à Lameire.

1874
Projet pour le concours du Sacré-Coeur avec Gabriel Davioud (classé 2e).

1874
Décor peint de la chapelle du couvent du Sacré-Coeur des Dames-Auxiliatrices (Paris 7e, architecte Just Lisch, décor détruit).

1875
Décoration de son propre hôtel particulier avenue Duquesne (Paris 7e, architecte Emile Vaudremer, hôtel et décor disparus).

1876
Projet pour le décor peint de la chapelle du couvent des Dames des Oiseaux (Issy-les-Moulineaux, architecte Just Lisch).

1876
Relevés de l'église Saint-Loup-de-Naud et de la cathédrale de Tours exposés au Salon.
Décor marouflé pour l'église Saint-Lambert-de-Vaugirard (Paris 15e).
Décor peint pour l'église Saint-Leu-Saint-Gilles (Paris 1er).

1877-1878
Décor peint du Palais du Trocadéro (Paris 16e, architecte Gabriel Davioud, décor disparu).

1878
Décor pour la Bibliothèque des Bulles de la salle de l'Immaculée-conception au Vatican (meuble dessiné par Emile Reiber, exécuté par la maison Christofle).
Illustrations pour l'Imitation de Jésus-Christ.
Carton pour le décor du nouveau bâtiment de la manufacture et du musée de Sèvres.
Installation dans la Grande Galerie du Louvre du Vase d'Hercule.

1879
Décès de Denuelle.
Membre de la commission des Monuments Historiques.
Décor peint de la chapelle Saint-Denis de l'église Saint-Merri (Paris 4e).

1882
Cartons du décor de mosaïque du casino d'Aix-les-Bains (architecte Abel Boudier).

1880-1882
Décor de l'hôtel particulier de l'architecte Edouard Corroyer (Paris 8e, architecte Edouard Corroyer, décor disparu).

1881-1884
Décor et cartons de vitraux pour l'église Saint-Sulpice (Paris 6e).

1882-1883
Cartons des mosaïques du comptoir d'Escompte (Paris 9e, architecte Edouard Corroyer).

1883
Décor peint des salles assyriennes du musée du Louvre (Paris 1er, décor disparu).

1884
Décor peint de l'Hôtel de Ville de Paris (4e, architectes Théodore Ballu et Edouard Deperthes).
Décor peint du Palais de justice de Rouen.
Décès de sa fille Clotilde.

1885-1890
Projet pour un monument à Jeanne d'Arc et aux libérateurs de la France (Paris 1er).

1886-1892
Cartons pour la mosaïque de Notre-Dame de la Garde (Marseille, architectes Henri Espérandieu et Henri Révoil).

1888
Don du ciborium réalisé avec Louis-Armand Calliat au pape Léon XIII (déposé à la basilique du Sacré-Coeur).

1889
Décor de l'hôtel Terminus de la gare Saint-Lazare (Paris 9e, architecte Juste Lisch, décor disparu).
Décor pour le pavillon de l'Argentine de l'Exposition Universelle (architecte Roger Ballu, édifice et décor disparus).

1890
Décor peint de la salle des Comités de la Sorbonne (Paris 5e, architecte Paul Nénot).

1892
Décès de son épouse Pauline.

1889-1893
Cartons des mosaïques pour l'église de la Madeleine (Paris 8e).

1894-1895
Décor peint de la chapelle grecque-orthodoxe de la rue Bizet (Paris 16e, architecte Emile Vaudremer).

1895-1897
Décor peint de la chapelle Saint-Louis-des-Français de la cathédrale Notre-Dame de Lorette (Italie).

1897
Commande des cartons pour les mosaïques de la basilique de Fourvière, achevées par le peintre Georges Décöte en 1918 (Lyon, architectes Pierre Bossan et Sainte-Marie Perrin).

1898
Membre de la commission de perfectionnement de la manufacture des Gobelins et de la commission supérieure des Arts décoratifs.

1899
Décor peint de la coupole du transept et des pendentifs de l'église Saint-Martin d'Ainay (Lyon).

Vers 1905
Décor marouflé pour la chapelle haute du château de la Rochepot (architecte Charles Suisse).

1906
Décor peint de la chapelle funéraire de Mme de Bonald à l'église Notre-Dame-du-Désert (Les Baux-de-Breteuil).

1909
Les Peintures décoratives, dessins, croquis de Charles Lameire éditée à Paris par le libraire-éditeur spécialisé en architecture et arts décoratifs Armand Guérinet.

1910
Décès à Sainte-Foy-lès-Lyon.

*Les noms d'architectes ne sont mentionnés que pour les édifices contemporains.

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