Les collections de dessins d'architecture et photographies du musée d'Orsay permettent d'illustrer l'importance acquise par l'Orient dans la culture architecturale française du XIXe siècle. Le traditionnel voyage de formation amena les architectes à découvrir l'art byzantin ou arabe par l'étude des traces laissées par ces civilisations en Italie et en Espagne ou, de façon directe, par la découverte de l'Asie mineure puis de l'Afrique du Nord.
Relevés archéologiques, vues pittoresques ou photographies contribuèrent à la formation d'un nouveau savoir historique comme à l'enrichissement de leur créativité. Ces réalisations "orientalistes" furent protéiformes. De l'Orient byzantin à la variété des manifestations de l'art arabe, les références furent diverses, tout comme les démarches et les motivations. Tandis que la coupole byzantine, symbole des origines de la chrétienté, influençait les architectes rationalistes, l'ornement islamique fascinait les artistes tournés vers les questions décoratives. Les architectes français participèrent aussi à l'urbanisation des pays sous influence européenne, associant références occidentales et culture locale.
Pays intensément cosmopolite, l'Egypte du XIXe siècle fut empreinte, à la suite de l'Expédition de Bonaparte et des travaux de Champollion, de la présence culturelle française. La construction du canal de Suez en fut la plus symbolique des manifestations : mené à bien par la Compagnie universelle de Ferdinand de Lesseps et inauguré par l'impératrice Eugénie en novembre 1869, ce vaste chantier avait été imaginé par les saint-simoniens dès les années 1820.
Les architectes français participèrent également à l'urbanisation du Caire lancée par Ismaïl Pacha. A travers les figures d'Ambroise Baudry et de Raoul Brandon, les collections du musée d'Orsay illustrent la diversité de leurs réalisations : alors que les architectures de Baudry, devenu collectionneur passionné d'art arabe, étaient nourries de références archéologiques empruntées aux monuments cairotes de l'époque mamelouk ou ottomane, Brandon choisit d'exporter les grands modèles de l'architecture européenne, qu'il s'agisse du néo-gothique, du néo-classicisme ou de l'éclectisme du Paris haussmannien.