


Lorsque dans les années 1970, le projet de transformer la gare d'Orsay en musée du XIXe siècle voit le jour, aucun musée des Beaux-Arts en France n'a encore de section dédiée à la photographie. Très vite, il est cependant décidé que cette invention majeure de la période aura sa place dans le futur musée d'Orsay.
Encore faut-il choisir entre la création d'une collection permanente ou, simplement, l'organisation d'expositions temporaires, alimentées par des oeuvres venues d'autres institutions ou de collectionneurs privés. Plusieurs éléments militent en faveur de la première solution. Celle-ci donne au musée les moyens de contribuer à l'enrichissement du patrimoine français, lui assure une certaine autonomie quant à l'organisation d'expositions dans ses salles et, enfin, évite de créer une section "morte", car privée de collections propres. La décision de constituer un fonds photographique au musée d'Orsay est donc prise en 1978. Cette collection est alors entièrement à bâtir puisque, pour cette technique, contrairement à la peinture ou à la sculpture, il n'existe pas d'ensembles déjà rassemblés au fil des ans par l'ancien musée du Luxembourg ou encore par le Louvre.
Des achats comme ceux réalisés auprès de Roger Thérond en 1985 ou les nombreux tirages de Nadar acquis auprès de Marie-Thérèse et André Jammes en 1991, illustrent le rôle de pionnier joué en France, avant la création du musée d'Orsay, par ces grands collectionneurs privés.
Parallèlement, les collections sont complétées grâce aux affectations et dépôts provenant d'organismes qui ne possèdent le plus souvent des épreuves qu'à titre documentaire et qui n'ont pas vocation à en assurer la conservation. Les images ainsi intégrées dans les collections du musée d'Orsay, qui n'ont souvent fait l'objet d'aucun classement par artiste, changent alors de statut.
En 1979, le Mobilier national effectue le premier dépôt de photographies au musée d'Orsay. Il s'agit d'une cinquantaine d'études de fleurs de Charles Aubry, utilisées comme modèles par les décorateurs.
Trois ans plus tard, en 1982, les archives photographiques du Patrimoine déposent au musée plus de deux cent cinquante négatifs papier de la Mission héliographique de 1851. Ce transfert illustre l'intérêt du musée d'Orsay pour les négatifs papier, considérés jusqu'alors comme "l'instrument" obligatoire pour obtenir des épreuves.
Ces exemples, par leur importance et leur diversité, confirment que la collection de photographies du musée d'Orsay demeure aujourd'hui aussi vivante qu'au moment de sa création. Après avoir largement contribué à la reconnaissance d'un art resté dans l'ombre durant de longues décennies, il s'agit aujourd'hui pour le musée interdisciplinaire qu'est Orsay, de poursuivre l'enrichissement de sa collection, afin de toujours mieux appréhender la photographie, d'en saisir les caractéristiques, de comprendre son développement historique et d'apprécier ce qu 'elle a pu apporter aux autres disciplines.