Musée d'Orsay: Le portrait. Peinture et sculpture en France entre 1850 et 1900

Le portrait. Peinture et sculpture en France entre 1850 et 1900

Thème

Jacques-Emile BlancheLe peintre Thaulow et ses enfants © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
La pratique du portrait, individuel ou de groupe, est aujourd'hui banalisée par l'usage amateur de la photographie numérique et sa diffusion instantanée par les réseaux de communication. Cette pratique d'apparence spontanée s'inscrit cependant dans une longue histoire du portrait peint, sculpté, photographié et en reprend de nombreux codes. Les collections du musée d'Orsay représentent à ce titre une courte période, entre 1848 et 1914, mais révèlent pour ce genre artistique une extraordinaire diversification des modes de représentation et des usages du portrait.

Qu'est-ce qu'un portrait ?

Tableau
Vilhelm HammershoiHvile© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR
Toute représentation de figure humaine ne peut être considérée comme un portrait. Lorsque le titre de l'oeuvre précise "Portrait de…" ou énonce de manière directe des éléments de l'identité de la ou des personnes figurées, il n'y a généralement plus d'ambiguïté. A l'opposé, certaines représentations de figures humaines visent à exprimer une idée abstraite (la Mort, la Justice, l'Abondance…). Elles ne doivent pas être confondues avec le genre du portrait. Mais il existe naturellement des cas plus complexes : il arrive qu'un personnage peint, sans que le titre de l'oeuvre fasse mention de son identité, soit néanmoins identifiable ; on peut alors considérer qu'il y a un portrait inséré dans un sujet plus vaste, une composition historique par exemple. Un portrait est-il nécessairement ressemblant ? On le pense spontanément, mais toute l'histoire du portrait montre que s'opposent deux conceptions elles-mêmes porteuses d'infinies nuances : l'une qui vise une forme de fidélité à la morphologie du modèle, l'autre qui cherche à transcender l'apparence, généralement pour idéaliser le personnage, quelquefois pour traduire un caractère, une psychologie particulière.

Petit historique du genre du portrait jusqu'au XIXe siècle

tableau
Pierre-Honoré HugrelL'empereur Napoléon III© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
L'art funéraire égyptien comporte d'importants ensembles de figures individualisées, qu'il s'agisse du défunt lui-même ou des personnages qui l'accompagnent dans les scènes diverses qui sont représentées. Le portrait, dans cette conception religieuse de l'art, a pour fonction de fixer l'image du disparu pour lui permettre de continuer à vivre dans l'au-delà. La civilisation romaine, si elle continue d'illustrer ce lien entre la mort et le portrait (présent sur les sarcophages et les cénotaphes), introduit aussi l'usage plus courant que nous connaissons encore : les bustes sculptés sont présents dans les demeures privées et tiennent également une place dans la vie politique, assurant la postérité des principaux hommes publics.

Durant le Moyen Age chrétien, le statut du portrait pose des problèmes de rapport au sacré. Influencés par les religions iconoclastes orientales, ou plus simplement sensibles à la croyance superstitieuse qui fait de l'image un support à des pratiques magiques, potentiellement maléfiques, les princes et les hommes d'Eglise considèrent avec méfiance le portrait, qui peut même faire l'objet d'un "tabou". Pourtant, l'effigie de l'homme vivant réapparaît dans l'art par le biais des représentations religieuses. Les papes introduisent leur propre représentation à côté de celles des saints qui accompagnent le Christ ou la Vierge dans les mosaïques du Haut Moyen Age (comme Félix IV, au VIe siècle, dans l'église Saints-Cosme-et-Damien de Rome). Puis, des laïcs apparaissent sur les fresques ou les retables par le truchement de leur fonction de donateurs : finançant une oeuvre d'art réalisée pour la gloire de Dieu, leur bienfait les protège de tout maléfice éventuel.

C'est au XIVe siècle, en France, que le portrait se libère de tout contexte sacré. L'oeuvre que l'on considère souvent comme le premier portrait individuel à part entière est celui de Jean II le Bon, roi de France de 1350 à 1364. Elle est conservée au musée du Louvre. Le visage du futur roi est représenté de profil, sur un fond neutre, sans aucun attribut ni accessoire.

Paris, musée du Louvre. RF2490.
AnonymeJean II le Bon (1319-1364 ), roi de France© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier
Le portrait connaît au XVe siècle un véritable essor. Flamands, Vénitiens, Florentins du Quattrocento infléchissent le genre chacun selon sa sensibilité : portraits intimes de personnages saisis dans leur cadre quotidien, comme les époux Arnolfini par Van Eyck (1434, Londres, The National Gallery) ou portraits en pied de nobles cavaliers représentés dans toute leur gloire sur des fonds de paysages toscans.

Le portrait de cour se développe aux XVIe et XVIIe siècles. Les commanditaires, courtisans et personnages désireux de reconnaissance sociale, sont issus de la noblesse de robe et de la grande bourgeoisie. Ils constituent la clientèle de peintres qui se spécialisent dans ce genre. Contre l'abâtardissement qui le menace, une nouvelle catégorie émerge alors : le portrait allégorique ou mythologique, qui élève le modèle jusqu'aux plus hautes sphères de la peinture d'histoire. C'est à cette époque et dans ce contexte qu'est définie par le théoricien de l'art Félibien la hiérarchie des genres (1667), qui renvoie le portrait après les représentations de sujets issus de la Bible ou de l'histoire ancienne (peinture d'histoire), ainsi qu'après celles de sujets de la vie quotidienne (scène de genre). Des catégories différentes du genre du portrait se codifient donc peu à peu, le rigide portrait d'apparat n'ayant que peu à voir avec les formules beaucoup plus libres qui s'épanouissent avec l'avènement du portrait psychologique au XVIIIe siècle. Ainsi les accessoires tendent à disparaître au profit de la tête seule du modèle, dans une technique qui rompt bien souvent avec l'esthétique du "bien fini". C’est un prélude au portrait romantique, qui quête chez son modèle le sentiment intime, la personnalité vraie, le moi caché.

Triomphe et crise du portrait au XIXe siècle

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Zacharie AstrucMarchand de masques© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Pendant la période couverte par les collections du musée d'Orsay (1848 à 1914), alors que la photographie est une technique et un art naissant (invention par Nicéphore Niépce en 1826), le genre du portrait est particulièrement florissant en peinture et en sculpture. La bourgeoisie, à la fois actrice et bénéficiaire de la révolution industrielle, accède au pouvoir d'achat qui lui permet de devenir commanditaire. A défaut d'une galerie de portraits d'ancêtres dans un château, le bourgeois parisien ou provincial décore son hôtel particulier ou son appartement du portrait de son épouse, et de la famille plus généralement. Le buste, en terre ou en marbre, trouve sa place au jardin d'hiver ou dans le vestibule. Si la famille bourgeoise ne peut asseoir sa légitimité sur une lignée prestigieuse d'ancêtres, elle a le sentiment de transmettre à la postérité l'image de sa réussite. Plus tard, à moindres frais, l'album des photos commémorant les moments essentiels de la vie familiale – mariage, baptêmes… – remplira un rôle similaire. C'est alors que les ateliers de portraits photographiques, véritable industrie qui ne limite pas son développement aux grandes villes, se multiplient, répondant au besoin effréné de portraits, qui touche progressivement toutes les classes sociales.

Le régime républicain, accroissant le nombre des acteurs de la vie politique, multiplie aussi ses figures tutélaires : le culte du "grand homme" se fonde et s'illustre par des portraits peints, et surtout sculptés, qui envahissent l'espace public, en particulier l'environnement urbain. Les commandes de la IIIe République sont honorées par les artistes de style éclectique, puis naturaliste qui forment le courant majeur de l'art officiel. On pourrait ainsi croire que les impressionnistes, du fait de leur engouement pour le paysage, sont peu concernés par le genre du portrait ; néanmoins, et pour des raisons diverses, ils apporteront aussi leur contribution à l'évolution de ce genre artistique, qui sera profondément marqué par Degas, Cézanne, Van Gogh et Gauguin, artistes pour lesquels l'impressionnisme ne fut qu'une étape de recherche esthétique.

Le parcours, les oeuvres

Ressources

Œuvres à découvrir en classe

Pour compléter votre visite, quelques oeuvres rarement exposées en raison de la fragilité de leur support vous sont proposées en vue d'une consultation en classe.

Photographies


Dessins



Publications

Généralités

Cogeval, Guy (dir.), Le Musée d'Orsay à 360 degrés, Paris, Musée d'Orsay / Skira Flammarion, 2013
Pommier, Edouard, Théories du portrait : de la Renaissance aux Lumières, Paris, Gallimard, "Bibliothèque illustrée des histoires", 1998

Peinture

Bonafoux, Pascal, Les Peintres et l'Autoportrait, Genève, Skira, 1984
Badea-Päun, Gabriel, Portraits de société XIXe-XXe siècles, Paris, Citadelles & Mazenod, 2007
Guégan, Stéphane, Madeline, Laurence, Schlesser, Thomas, L'Autoportrait dans l'histoire de l'art. De Rembrandt à Warhol, l'intimité révélée de 50 artistes, Paris, Beaux-Arts éditions, 2009
Ishaghpour, Youssef, Courbet, le portrait de l'artiste dans son atelier, Paris, L'Echoppe, 1998
Pludermacher, Isolde, Edouard Manet, les femmes, Rouen, Editions des Falaises, 2015
Collectif, Orsay. La peinture, Paris, Scala Editions, 2003

Sculpture

Pingeot, Anne, Orsay. La sculpture, Paris, Scala Editions, 2003
Collectif, Daumier : les Célébrités du Juste milieu (1832-1835), études et restauration, Paris, RMN, 2005

Photographie

Heilbrun, Françoise, Bolloch, Joëlle, Figures et portraits, Paris, Musée d'Orsay / Milan, 5 Continents, 2006
Heilbrun, Françoise, Bajac, Quentin, Orsay. La photographie, Paris, Scala Editions, 2000

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