Musée d'Orsay: L'Opéra de Charles Garnier

L'Opéra de Charles Garnier

Thème

Agence de Charles GarnierMaquette de l'opéra de Paris© C2RMF / Loïc Loussouarn
Le 29 septembre 1860, la construction d'un nouvel Opéra décidée par Napoléon III est décrétée d'utilité publique. Il viendra remplacer la salle exigüe de la rue Le Peletier, construite à titre provisoire en 1820.

L'architecture de ce nouvel Opéra, qui, fait rarissime, est tellement identifié à son architecte qu'il en porte le nom, suffirait à elle seule à symboliser le Second Empire. Pourtant, la salle ne sera inaugurée qu'en 1875, quinze ans après la pose de la première pierre, bien après la chute du régime (4 septembre 1870). Seule la façade pourra être dévoilée au public de l'Exposition universelle de 1867, puis le groupe sculpté de La Danse, par Carpeaux, en 1869.

L'Opéra de la rue Le Peletier ayant brûlé en 1873, la nécessité de terminer un chantier, dont le coût fut maintes fois dénoncé, s'impose. La IIIe République verra dans cet acte paradoxal, qui consiste à terminer une oeuvre associée au régime honni, l'occasion de faire montre d'une prospérité retrouvée.

Pour imaginer cette salle consacrée aux spectacles lyriques et chorégraphiques, l'architecte se déplace dans toute l'Europe pour étudier les proportions des salles de spectacles et réaliser une construction à l'acoustique exceptionnelle. Mais l'Opéra est aussi imaginé comme un salon mondain, destiné à recevoir une société élégante dans un cadre particulièrement luxueux, correspondant à l'image que le régime voulait donner de lui à l'occasion de fêtes fastueuses. Le projet architectural accorderait donc une grande importance aux espaces dévolus au public, pour ainsi dire au détriment de la capacité de la salle de spectacle elle-même. C'est une conception nouvelle, qui confirme que le spectacle ne se déroule pas seulement sur la scène. Théophile Gautier considère cet édifice, avant même son achèvement, comme la future "cathédrale mondaine de la civilisation".

Repères chronologiques

positif
Etienne CarjatCharles Garnier, architecte membre de l'académie des Beaux-Arts, né en 1825, mort en 1898
1860 : concours pour le nouvel Opéra
1861 : 171 candidats remettent leurs plans, Garnier est retenu à l'unanimité
1862 : assèchement de la nappe d'eau souterraine et pose de la première pierre
1863 : commande du groupe sculpté La Danse à Carpeaux
1867 : achèvement de la façade de l'Opéra pour l'ouverture de l'Exposition universelle
1869 : dévoilement de La Danse
1870 : déclaration de guerre entre la France et la Prusse, arrêt des travaux
1873 : incendie de la salle de la rue Le Peletier, nécessité de terminer le chantier
1875 : achèvement des travaux et inauguration par le président Mac-Mahon, en présence du Lord-maire de Londres
1962 : commande à Chagall d'un nouveau plafond pour l'Opéra, qui masquera celui réalisé par Lenepveu, sans rendre cette installation irréversible
1964 : mise en place d'une copie de La Danse, commandée à Paul Belmondo, devant la façade du bâtiment, et dépôt du groupe sculpté original au Louvre ; puis déplacement de l'oeuvre au musée d'Orsay, en 1986
1989 : inauguration de l'Opéra Bastille conçu par Carlos Ott pour disposer d'une salle de 2 745 places avec une vue frontale, au lieu des 1 979 places de l'Opéra Garnier où sont toujours représentés les ballets

Eclectisme et rigueur architecturale

Henri GervexLe bal de l'Opéra, Paris© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Charles Garnier (1825-1898), jeune architecte de trente-cinq ans, lauréat du prix de Rome, mais qui n'a encore construit aucun édifice important, remporte en 1861 le concours pour le nouvel Opéra parmi les projets de 171 candidats, dont celui du célèbre Viollet-le-Duc qui a la faveur de l'impératrice Eugénie.

L'architecture proposée par Garnier s'inspire de différentes tendances du passé, qu'il va réinterpréter en les associant. Ce mélange des genres – l'éclectisme – et l'ornementation exubérante sont caractéristiques de l'art du Second Empire. Ce style inédit, dont le caractère foisonnant semble confus alors qu'il est savamment pensé par Garnier, a donné lieu à un échange verbal demeuré célèbre. L'impératrice, mécontente que son protégé, Viollet-le-Duc, n'ait pas été choisi, commente ainsi les plans : "Qu’est-ce que c'est que ce style-là ? […] Ce n'est pas un style ! [...] Ce n'est ni du grec, ni du Louis XVI, pas même du Louis XV [...] !" Et Charles Garnier de répondre : "Non, ces styles-là ont fait leur temps […] C'est du Napoléon III ! Et vous vous plaignez !"

Le parti pris architectural de Garnier s'appuie sur un plan symétrique, développé de part et d'autre d'un axe longitudinal. Il veut rendre sensible pour le passant la succession des espaces, dont chacun correspond à une fonction bien précise. Il y parvient parfaitement car les volumes extérieurs reflètent les espaces intérieurs. Cette structuration est particulièrement visible au niveau des toitures, en coupoles ou en pignons, selon qu'elles couvrent la salle, la scène, la rotonde de l'empereur, celle des abonnés...

L'architecture et son décor

photographie
Delmaet & DurandelleConstruction du Nouvel Opéra de Paris, groupe de sculpteurs© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Pour Charles Garnier, le bâtiment qu'il conçoit doit prolonger l'onirisme des spectacles de l'art lyrique qui y seront donnés. La polychromie de la façade est manifeste, on dénombre, du fait de la variété des matériaux utilisés, dix-sept couleurs différentes.

Charles Garnier ne se contente pas de concevoir l'architecture, il supervise l'ensemble du programme iconographique, pour la décoration extérieure et intérieure : peinture, sculpture, mosaïque, stuc..., renouant ainsi avec la tradition qui considère l'architecture comme la mère de tous les arts. Il préconise des sujets mythologiques – par exemple Apollon couronnant la Danse et la Musique est le groupe qui domine le bâtiment – ou d'inspiration contemporaine : personnalités de son entourage, artisans qui participent au chantier... Sur la façade, l'iconographie rend hommage à de grands musiciens – Mozart, Beethoven, Halévy, Rossini, Meyerbeer – et à deux librettistes – Scribe et Quinault.

L'architecte passe de nombreuses commandes à ses anciens camarades des Beaux-Arts, et à Carpeaux, ancien ami de la "Petite Ecole" : peintures du grand foyer à Baudry, décor du plafond de la salle à Lenepveu. Pour les sculptures de la façade les quatre groupes sculptés sont confiés respectivement à Carpeaux (La Danse), Guillaume (La Musique instrumentale), Perraud (Le Drame lyrique) et Jouffroy (L'Harmonie). Un ordonnancement rigoureux est prévu par Garnier, fondé sur la symétrie : chaque groupe doit comporter trois figures, dont un génie à la place centrale. Carpeaux, très proche de la famille impériale, choisit de s'affranchir largement de cette directive jugée trop contraignante. Garnier accepte, ne voulant pas, dit-il, "priver la France d'un chef-d'oeuvre". Ce groupe sculpté, La Danse, qui fit scandale en 1869, tant par la composition mouvementée que par le sujet – une ronde de femmes nues, bacchantes ivres de plaisir tournoyant autour du génie de la danse – est le seul qui soit véritablement devenu célèbre.

L'Opéra dans la ville

positif
Charles MarvilleGrand Opéra de Paris, pavillon des abonnés, dôme en cuivre martelé© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
L'un des problèmes majeurs que se pose Charles Garnier est l'insertion du nouvel édifice public au milieu d'îlots haussmanniens aux formes géométriques. L'uniformité du tissu urbain découle des règles établies par le baron Haussmann, codifiant la hauteur et l'alignement des immeubles, les proportions des façades, le nombre d'étages, la répartition et les dimensions des fenêtres, des balcons... Garnier, par la masse imposante du bâtiment et l'exubérance du décor, crée un effet de contraste dans cet environnement, valorisant l'Opéra comme forme singulière.

La construction du nouvel Opéra n’est pas seulement une création architecturale originale, elle s'inscrit dans le plan général d'urbanisation de Paris défini par Napoléon III et mis en oeuvre par Haussmann. Celui-ci cherche à créer un nouveau pôle dans la capitale, favorisant l'extension d'un quartier d'affaires proche du centre et des gares. Dans ce but, il décide l'ouverture d'une avenue reliant l'Opéra au Louvre (l'avenue de l'Opéra), chantier considérable qui entraîne d'importantes démolitions. Ce projet est inclus dans la campagne de percement de nombreux axes de circulation qui vont structurer Paris : l'axe nord/sud que tracent les boulevards de Strasbourg, Sébastopol et Saint-Michel, l'axe est/ouest matérialisé par la rue de Rivoli et les nombreuses avenues rayonnant à partir de l'Arc de Triomphe de la place de l'Etoile...

Par ailleurs, Napoléon III est encore sous le choc de l'attentat du révolutionnaire italien Orsini – premier attentat à la bombe – perpétré contre lui en 1858, alors qu'il se rendait à l'Opéra de la rue Le Peletier. L'attentat qui fit huit morts et cent cinquante blessés avait été facilité par l'exigüité des rues jouxtant le bâtiment. L'avenue de l'Opéra est d'ailleurs imaginée et percée dans le tissu urbain pour donner au couple impérial un accès direct depuis sa résidence, au palais des Tuileries ; elle est suffisamment vaste pour éliminer tout risque d'encombrement qui favoriserait une nouvelle tentative d'attentat. Par ailleurs, une entrée protégée est aménagée : une double rampe d'accès conduit directement la voiture de l'empereur jusqu'à l'entrée de la rotonde qui mène à sa loge d'avant-scène. L'avenue de l'Opéra ne sera finalement achevée qu'en 1879.

Degas et les danseuses de l'Opéra

Edgar DegasDanseuses© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Au XIXe siècle, les spectacles vont servir de prétexte aux artistes pour mettre en scène des cadrages inédits ou des éclairages insolites : danseuses sur scène, en coulisse, fosse d'orchestre, spectateurs dans leur loge... L'oeuvre d'Edgar Degas, souvent inspiré par le ballet et le quotidien des danseuses observées en coulisse, est intimement associé à l'univers de l'Opéra. Grand amateur de musique et de danse, le peintre fréquente régulièrement l'Opéra, celui de la rue Le Peletier dans un premier temps, que l'on retrouve dans de nombreuses toiles ou pastels. Il affectionne les coulisses, les séances de répétitions sur scène ou dans le foyer de la danse, sujets qui l'intéressent davantage que la représentation du spectacle. Il privilégie le "dressage" du corps et étudie inlassablement les exercices préparatoires, souvent harassants, des danseuses et leurs différentes postures et attitudes après l'effort.

Le parcours, les oeuvres

Ressources

Œuvres à découvrir en classe

Pour compléter votre visite, quelques oeuvres rarement exposées en raison de la fragilité de leur support vous sont proposées en vue d'une consultation en classe.

Photographies

Cette sélection de photographies datant de la période du chantier de l'Opéra permet entre autres de comparer le style des différents groupes sculptés de la façade à La Danse de Carpeaux.


Modèles et dessins d'architecture

Quelques projets


Pastels, dessins et sculptures


Peintures



Quelques publications

Les collections du musée d'Orsay

Cogeval, Guy (dir.), Le Musée d'Orsay à 360 degrés, Paris, Musée d’Orsay / Skira Flammarion, 2013

L'architecture de l'Opéra

Beauvert, Thierry, et Parouty, Michel, Les Temples de l'Opéra, Paris, Gallimard, coll. "Découvertes Gallimard", 1990
Fontaine, Gérard, L'Opéra de Charles Garnier, architecture et décor extérieur, Paris, Editions du patrimoine – Centre des monuments nationaux, 2000
Fontaine, Gérard, L'Opéra de Charles Garnier, Paris, Editions du patrimoine – Centre des monuments nationaux, 2010

Les peintres et sculpteurs

Collectif, Jean-Baptiste Carpeaux, cat. exp., Paris, Musée d'Orsay / Gallimard, 2014
Loyrette, Henri, Degas : "Je voudrais être illustre et inconnu", Paris, RMN / Gallimard, coll. "Découvertes Gallimard", 2012
Margerie, Laure de, Carpeaux, la fièvre créatrice, Paris, RMN / Gallimard, coll. "Découvertes Gallimard", 1989

Production audio-visuelle

Stan Neumann Richard Copans, L'Opéra de Paris, architecte Charles Garnier, documentaire, 26 minutes, coll. "Architectures", Les Films d'ici / La Sept Arte, 2001

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