La Comtesse de Castiglione par elle-même

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1999

photographie
Pierre-Louis PiersonL'Assassinat© Christian Kempf
Le nom de Virginia Oldoini, comtesse de Castiglione, est lié aux intrigues politiques et galantes du Second Empire, aux fastes de la Cour des Tuileries et au rayonnement d'un Paris cosmopolite, capitale de la mode et des plaisirs.

Née à Florence en 1837, Virginia Oldoini épouse très jeune le Comte Verasis de Castiglione. Cousine de Cavour et intime de Victor-Emmanuel de Savoie, roi du Piémont, elle est envoyée à Paris en 1856 pour plaider la cause de l'unité italienne auprès de Napoléon III.

Son orgueilleuse beauté fait sensation à la Cour. La même année, elle devient la maîtresse de l'empereur. En 1857, après une rupture qui la meurtrit, elle rentre en Italie. Elle ne reviendra se fixer définitivement à Paris qu'en 1861. Séparée de son mari, elle entretient dès lors de nombreuses liaisons dans le monde de la haute finance, de l'aristocratie et de la politique.

Après la chute de l'Empire en 1870, elle vit de plus en plus recluse, entretenant autour d'elle une atmosphère de mystère, piquant la curiosité d'un Robert de Montesquiou qui éprouvera pour elle une véritable passion. Il ne cherchera jamais à la rencontrer mais collectionnera maints objets lui ayant appartenu. En 1913, il publie un ouvrage intitulé La Divine Comtesse. La Castiglione s'éteint en 1899, âgée de 62 ans.

Virginia de Castiglione a marqué son temps. Des photographies la représentant illustrent la plupart des publications de l'époque. Elle est à l'origine de quelques cinq cents prises de vues réalisées au cours d'une collaboration d'une quarantaine d'années (1856-1895) avec le photographe de la Cour impériale, Pierre - Louis Pierson (1822-1913).

photographie
Pierre-Louis Pierson / Aquilin SchadLa Marquise Mathilde© DR - Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Contrairement à l'habitude, la comtesse détermine le costume, l'expression, le geste, allant jusqu'à imposer l'angle de prise de vue. Elle fixe également le produit final, portrait, carte de visite ou agrandissement peint. Elle baptise chaque cliché d'un nom parfois inspiré du théâtre ou de l'opéra contemporain : "Scherzo di Folia" tiré de l'opéra de Verdi Un ballo in maschera, par exemple.

Moulage
AnonymeMoulage des pieds de la Castiglione© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
A une époque où le genre de la photographie de mode n'existe pas encore, elle fait preuve d'originalité et d'invention. Elle trouve, à travers toutes sortes de mises en scène - véritables apparitions en costume de Reine de coeur, Reine d'Etrurie, Carmélite - des attitudes toujours imposantes ou gracieuses, parfois extravagantes, se distinguant ainsi des photographies des beautés d'alors.

La démarche artistique de la Castiglione, dans ses intentions et ses résultats, anticipe le travail d'artistes photographes d'aujourd'hui dont l'une des plus remarquables est Cindy Sherman. Sa prédilection pour des photographies entièrement peintes, suivant ses instructions détaillées, est à l'origine d'un genre en voie de réhabilitation. En effet, l'art contemporain, mêle désormais au sein d'une même oeuvre, des techniques et des produits hybrides qui sembleraient vouloir s'exclure. Citons par exemple, l'allemand Gerhard Richter qui peint des photographies ou l'américain Joël-Peter Witkin.

L'exposition du musée d'Orsay met en valeur, à travers une centaine de photographies, la personnalité narcissique et l'esprit novateur de la Castiglione dans l'élaboration de ses portraits. Figure emblématique de la société mondaine du Second Empire, on la retrouve réprésentée par le sculpteur Carrier-Belleuse, par des peintres tels George Frederic Watts et plus tard par Jacques-Emile Blanche ; des objets personnels, moulages de ses jambes, éventails, coffret à lettres... contribueront à évoquer le monde raffiné et précieux dans lequel évoluait la Divine Comtesse.