Degas et le nu

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Le corps en péril : Scène de guerre au Moyen Âge

Edgar DegasScène de guerre au Moyen Age© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Jusqu'en 1865, date de la présentation au Salon de Scène de guerre au Moyen Âge, Degas veut être un peintre d'histoire dans la continuité du "grand genre", qui relate des faits tirés de l'histoire, de la Bible ou de la mythologie gréco-romaine.
Ce désir explique l'étude de multiples poses qui sont autant d'éléments potentiels à intégrer dans la composition finale.

Dans Scene de guerre au Moyen Âge, les faits exposés par Degas restent incertains : il a longtemps été considéré qu'il pourrait s'agir d'une transposition dans le passé d'une évocation allégorique - aucune goutte de sang n'est versée - de la violence subie par les femmes de la Nouvelle-Orléans au cours de la guerre de Sécession.
Edgar DegasFemme nue debout, étude© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot
Bien que Degas ait pu être sensibilisé à ces atrocités par sa famille maternelle qui y vit, son oeuvre est avant tout une illustration des brutalités et de l'inhumanité des hommes envers les femmes en temps de guerre.

Dernière peinture d'histoire qu'il peint, Scène de guerre au Moyen Âge, dont les effets mats de la peinture rendent un hommage aux fresquistes du XVe siècle, marque un tournant dans l'oeuvre de Degas.
Le tableau final et l'ensemble des dessins préparatoires qui l'accompagnent témoignent en effet à ta fois de l'assimilation de multiples sources d'inspiration, jusqu'à Goya, Delacroix et Puvis de Chavannnes et d'une attention nouvelle au corps, qu'il développe par la suite dans ses études contemporaines de femmes au bain. Il y reprend en effet les mêmes poses dans un contexte tout à fait différent, et y applique la même acuité de regard.

La transition vers le réalisme est particulièrement marquante dans les études qu'il réalise pour Intérieur, dit aussi Le Viol, son plus important tableau de genre à la fin des années 1860.

Le corps exploité : Degas dans les maisons closes

Edgar DegasAttente d'un client© Collection of Ann and Gordon Getty
Au cours des années 1870, Degas réalise une série de scènes de maisons closes où les corps des prostituées rompent radicalement avec les formes idéales des académies ou des nus classiques. Pour autant, il ne leur attribue pas une morphologie strictement observée du réel.
L'image de ces femmes relève davantage d'un stéréotype largement répandu dans l'imaginaire collectif de l'époque. La prostituée est vue comme une créature grasse, rendue difforme par son oisiveté diurne, par opposition avec le corps de labeur de la paysanne ou de l'ouvrière. C'est par l'attention portée à certains détails corporels que Degas donne à cette série une coloration proche de la nature, ainsi que les photographies pornographiques de l'époque, qui contiennent une dimension sexuellement explicite des corps.

Edgar DegasLe Client sérieux© Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa
La sévérité du regard de Degas n'exclut pas une certaine ironie, autant envers les pensionnaires que leurs clients, saisis dans des situations de domination grotesques où ils sont peu à leur avantage. L'artiste semble même parfois faire preuve d'une certaine compassion lorsqu'il s'intéresse aux moments de solitude de la prostituée dans son alcôve.
Ces images sont restées quasiment inconnues du vivant de Degas. Il s'en sert probablement comme d'un exercice intime, qui guide sa réflexion sur la figuration du corps nu. La série se compose exclusivement de petits monotypes, c'est-à-dire de l'impression sur papier d'un dessin préalablement réalisé sur une plaque de métal. Elle témoigne de la virtuosité de Degas dans les cadrages et dans le rendu des ambiances et du mobilier des établissements de luxe qu'il prend pour objet.

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