Allegro Barbaro. Béla Bartók et la modernité hongroise 1905-1920

1

2

3

4

Retour en Hongrie : inspirations populaires

István CsókCoffre aux tulipes© ADAGP - Galerie nationale hongroise, Budapest

Dès le XIXe siècle, en Hongrie, comme dans toute l'Europe, l'intérêt porté à la culture populaire est lié à la construction d'une identité nationale : on redécouvre les traditions paysannes "authentiques" et les formes d'expression typiquement magyares.

Pour les peintres, ces aspirations vont de pair avec la volonté de rejoindre les courants les plus modernes, le folklore est conçu comme une alternative à l'académisme.
Les artistes puisent ainsi dans le répertoire de l'art populaire des motifs décoratifs et colorés pour renouveler leur langage. Ils entendent faire la synthèse entre l'Est et l'Ouest, le traditionnel et l'universel (István Csók, Coffre aux tulipes ; Anna Lesznai, Coussin Ady).
Ecrivains (Zsigmond Móricz), photographes (Rudolf Balogh), architectes (Ödön Lechner) et musiciens (Béla Bartók, Zoltán Kodály) recherchent aussi dans leur culture populaire une source d'inspiration. Bartók, lui, élargira ses recherches en ethnomusicologie au-delà de l'Europe centrale, en parcourant l'Algérie ou l'Anatolie, dans une intense campagne de "collecte" de chants populaires.

 

Retour en Hongrie : les moments fauves

József Rippl-RónaiDans le jardin des Somssich© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Les jeunes artistes installés à Paris au début du XXe siècle passent leurs étés en Hongrie pour peindre sur le motif. Ces "néos", comme les surnomme la critique en référence à la peinture néo-impressionniste, se rassemblent autour de Béla Czóbel dans la colonie de Nagybánya (aujourd'hui Baia Mare en Roumanie).

La propriété de Károly Kernstok à Nyergesújfalu, au bord du Danube, celle de József Rippl-Rónai à Kaposvár deviennent également des berceaux de la modernité hongroise.

Ödön MárffyJeune fille de Nyerges© Photo Árpád Fákó/DR

Leurs oeuvres révèlent l'assimilation des modèles parisiens, munichois ou viennois, mais témoignent de fortes singularités. Primitivistes et fauves à la fois, les paysages, nus ou natures mortes sont construits par la juxtaposition de couleurs vives, les formes délimitées par des cernes noires.

Rippl-Rónai applique sa peinture en "grains de maïs" [kukoricás], Czóbel et Márffy jouent sur la juxtaposition et le contraste des plages colorées ; Kernstok, lui, reste plus mesuré dans l'emploi des pigments.

Au même moment, dans ses Quatorze Bagatelles pour piano, Bartók se libère, sous la double influence de Debussy et du chant populaire, de ses apprentissages classiques : il pose les bases d'une écriture concentrée, radicale par sa dimension dissonante et percussive.

1

2

3

4


Augmenter la taille du texte Réduire la taille du texte Envoyer à un ami Imprimer
Facebook
Google+DailymotionYouTubeTwitter