Masculin / Masculin. L'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours.

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Dur d'être un héros

Jean-Bernard DuseigneurRoland furieux© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Transgressant l'ordre établi, le héros mythologique s'expose à l'ire des dieux et la jalousie des hommes. S'il tient de l'homme ses passions, ses failles morales et parfois sa fragilité, il possède volontiers des dieux leur perfection plastique : l'artiste et le spectateur y trouvent ainsi l'émanation d'un moi sublimé.
Les grands destins dramatiques donnent donc du caractère aux compositions et permettent de traduire toute une gamme d'émotions, de la résolution au désespoir, de la hargne au repos éternel.

S'il est un lieu commun de dire que le visage transcrit au mieux l'expression des sentiments – théorisés et institutionnalisés, des dessins de Le Brun au concours de la "tête d'expression" de l'École des beaux-arts –, il ne faut pas minorer le rôle incontournable du corps et de l'anatomie comme vecteur émotionnel : certains choix formels accèdent même à des conventions communément admises.
La mythologie et l'épopée homérique déclinent abondamment les destins fatals et les passions destructrices de héros dont la nudité est légitimée par un ancrage dans le monde hellénique antique : Court expose le corps démembré de l'infortuné Hippolyte, prémonition de la transposition dans l'univers classique du Mort pour la patrie de Lecomte du Nouÿ.

Nuda Veritas

Sculpture
Auguste RodinL'Age d'airain© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Thierry Ollivier

L'esthétique réaliste qui s'empare de l'art occidental dans le courant du XIXe siècle bouleverse la représentation de la nudité masculine. Le corps, tel qu'il est représenté dans toute la vérité de la nature est désormais dépourvu de la mise à distance bienséante qui caractérisait l'idéalisation recherchée par l'exercice du nu académique.
Dans ce contexte où le dévoilement d'un corps porte atteinte à la pudeur – l'homme dénudé paraît encore plus obscène et choquant que la femme dans la société du XIXe siècle où règne la domination masculine – le nu masculin se fait graduellement d'autant plus rare que prolifèrent les figures féminines.

Cet inversement de tendance n'implique pas, cependant, la disparition des hommes nus : leur étude scientifique, à l'aide de techniques nouvelles comme la décomposition du mouvement par des séries de photos prises en rafale – la chronophotographie –, fait progresser les connaissances anatomiques et transforme l'enseignement délivré aux artistes.
Dès lors il s'agit moins, pour les artistes les plus avant-gardistes, d'aboutir à un canon de beauté hérité du passé, qu'à un corps dont l'harmonie demeure fidèle aux caractéristiques du modèle.

La puissance évocatrice du nu inspire à des artistes comme l'autrichien Schiele des autoportraits nus qui révèlent les tourments existentiels de l'artiste. Investies parfois d'une dimension christique, de telles représentations dépassant le réalisme pour accéder à une introspection connaissent une grande postérité jusqu'au XXIe siècle, notamment en photographie.

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