Masculin / Masculin. L'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours.

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Sans complaisance


La fascination pour le réel qui s'impose dans les milieux artistiques du milieu du XIXe siècle est à l'origine d'un profond renouvellement de la peinture religieuse. Alors que le recours à l'idéalisation antique des corps apparaissait comme conforme au dogme religieux, des artistes comme Bonnat lui donnent un nouveau souffle en représentant des personnages bibliques dans la cruelle vérité de leur condition physique.

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William BouguereauEgalité devant la mort© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt


Ce principe était déjà à l'oeuvre dans Egalité devant la mort de Bouguereau qui, à ses débuts, adopte dans le contexte des derniers feux du romantisme, la force de l'image d'un cadavre ordinaire. Loin d'embellir le romancier qu'on lui demande de célébrer, Rodin cherche à rendre le type physique corpulent de Balzac avec une implacable fidélité, sans pour autant lui ôter de sa superbe.

Se pose alors la question du rapport de l'art à la réalité à laquelle Ron Mueck s'attelle dans son oeuvre. Et l'étrangeté suscitée par une modification d'échelle donne une intensité au corps mort de son père qui entre en résonance avec le défunt de Bouguereau.

Im Natur

Frédéric BazilleLe Pêcheur à l'épervier© © Lylho / Leemage

L'inscription du corps nu dans un paysage n'est pas un défi nouveau pour les artistes du XIXe siècle. A bien des égards, il s'agit même d'un élément récurrent de la grande peinture d'histoire et un exercice plastiquement exigeant à l'aune duquel est jugée la maîtrise technique des artistes.
Il s'agit en effet de parvenir à la plus grande justesse dans les correspondances de proportion, de profondeur et d'éclairage entre le corps nu et son environnement. Si le Pêcheur à l'épervier de Bazille est l'une des tentatives les plus abouties – dans un contexte contemporain – de l'inscription d'un homme nu dans une lumière atmosphérique qui devient celle des impressionnistes, il n'en oublie pas pour autant les principes de construction académique.

La nudité masculine dans la nature prend une autre signification à mesure que la société subit les transformations du progrès technique et de l'urbanisation. L'homme est alors à la recherche d'une communion avec la nature, à même de le réconcilier avec les excès et le déracinement engendrés par le monde moderne, tout en se conformant aux théories hygiénistes prônant l'exercice physique et le grand air.

Hippolyte FlandrinJeune assis au bord de la mer, étude© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier
Cette dimension philosophique qui inspire les peintres comme Hodler et Munch se ressentait déjà dans Le Jeune homme au bord de la mer de Flandrin, dont la perfection des formes crée une harmonie entre le corps et le rivage. Ce sentiment de plénitude explique sans doute la renommée de l'image, notamment dans les cercles homosexuels clandestins de l'avant Première guerre mondiale, qui inspire déjà Gloeden dans des photographies où les corps nus entrent en fusion avec la lumière méditerranéenne de la Sicile.

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