Masculin / Masculin. L'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours.

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Dans la douleur

Les écarts que s'autorisent les artistes à l'égard des normes classiques leur ouvrent de nouvelles perspectives pour une représentation plus expressive du corps dans le tourment ou la souffrance. Le déclin du nu académique et de la tempérance classique explique une prédilection pour les supplices, comme celui d'Ixion condamné par Zeus à rester attaché à une roue en flammes dans une rotation infinie.
Les contorsions du corps peuvent également exprimer des tourments plus psychologiques. La douleur du corps masculin participe naturellement des enjeux de pouvoir entre homme et femme dans la période contemporaine : le corps nu peut être avilissant et, dans certaines conditions, de nature à remettre en cause la virilité et la domination masculine. Il n'est pas innocent, à cet égard, que Louise Bourgeois ait choisi une figure masculine pour son Arch of Hysteria.

David LaChapelleWould-Be Martyr and 72 virgins© Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris. © David LaChapelle


Cependant, le martyre ne suscite pas que des compositions torturées : la mort d'Abel, tué par son frère Caïn dans le livre de la Genèse, semble au contraire nourrir une pose de relâchement ultime caractéristique d'un corps sur le point d'expirer. Cet abandon n'est toutefois pas sans une ambivalence que les artistes soulignent avec détermination : le corps, souvent magnifié et dans une certaine extase morbide, est en effet offert à la délectation du spectateur.

Dans ces conditions, la souffrance n'est qu'un artifice pour justifier une nouvelle fétichisation du corps. A l'opposé de cette séduction, des photographes se livrent à des expérimentations pour mettre le corps en morceau, dans une perspective esthétique, voire ludique.

Le Corps glorieux

François-Xavier FabreSaint Sébastien expirant© Musée Fabre de Montpellier Agglomération - cliché Frédéric Jaulmes

La culture judéo-chrétienne influence indéniablement la représentation de l'homme nu à partir de l'art de la période moderne. Pourtant, la conception catholique du corps entre en contradiction avec son dévoilement dès l'ère paléochrétienne : il ne serait qu'une simple enveloppe charnelle dont l'âme du chrétien se libère à sa mort.
Sous l'influence de théologiens prônant l'alliance du sensible et du spirituel, la nudité s'impose pourtant peu à peu, pour des figures majeures comme celle du Christ et de saint Sébastien. Leur corps martyrisé, transcendé par une souffrance endurée grâce à la foi, permet ainsi paradoxalement à l'âme humaine de se rapprocher de dieu.

Pour l'église catholique, la vulnérabilité du corps du Christ soumis aux souffrances et porteur de stigmates dit son humanité, quand témoignent de sa divinité son visage inspiré et son corps volontiers idéalisé, héritiers de canons classiques sous-jacents.

La figure de saint Sébastien est particulièrement complexe : ce saint populaire, parangon du martyr survivant à son premier supplice, incarne la victoire de la vie sur la mort. Cet élan vital n'est sans doute pas étranger à sa beauté juvénile et au dévoilement de son corps, tous deux acquis dès le XVIIe siècle.
Ce faisant, sa représentation s'éloigne insensiblement du dogme catholique pour acquérir une autonomie et une liberté sans précédent : la sensualité du saint se veut de plus en plus présente, tandis que sa souffrance est parfois indécelable. Seul le dévoilement du sexe reste jusqu'au XXe siècle un interdit dans cette quête de volupté.

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