Musée d'Orsay: Champfleury (1821-1889) : "L'art pour le peuple"

Champfleury (1821-1889) : "L'art pour le peuple"

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Gustave CourbetPortrait de Champfleury© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Polygraphe: peut-être ce terme conviendrait-il le mieux pour qualifier l'activité d'un écrivain qui fut tout ensemble critique et historien d'art, théoricien, érudit et collectionneur. Cependant, la variété des écrits et des intérêts de Champfleury ne contredit pas leur cohérence: l'écrivain revendique un art pour le peuple, considéré à la fois comme source et comme fin.

Son origine modeste et provinciale, ses débuts difficiles à Paris, expliquent certainement, en partie, un tel engagement en faveur d'un art accessible à tous.

Historien d'art, il consacre une série d'études aux frères Le Nain, comme lui originaires de Laon, "peintres des pauvres gens", dont l'art robuste, naïf et démocratique va à l'encontre de la peinture de cour, souvent médiocre et répétitive, qui domine à la même période.

Critique d'art, il milite pour une représentation fidèle et sincère de sujets contemporains et populaires, traités sans concessions, hors de l'anecdote et du faux pittoresque; Il se fait l'ardent défenseur de Gustave Courbet qui, dans son tableau Un enterrement à Ornans, "peinture mâle, puissante, sincère", a su conférer à une scène de la vie courante l'austère grandeur de la peinture d'histoire.

Théoricien et romancier, il jette les bases du réalisme, "art vrai, art simple, art qui consiste à rendre ses idées sans les faire danser sur la phrase", qui exprime les aspirations, les désirs, les sentiments des classes populaires. Ses romans mettent en scène un milieu qu'il connait bien pour l'avoir côtoyé dans sa jeunesse, la bourgeoisie provinciale dont il détaille les petitesses et les grandeurs.

Erudit enfin, ses travaux portent sur les arts mineurs (caricatures, chansons, littérature et imagerie populaires, faïence patriotique) que les savants dédaignent comme trop humbles. Il met en relief le caractère documentaire de ces productions, qui renseignent sur les croyances et les aspirations du peuple à un moment donné, et en souligne la valeur esthétique.

Conjuguant art populaire et art savant, l'exposition-dossier consacrée à Champfleury met en relation les diverses facettes de l'inlassable activité déployée par ce pionnier, qui se situe à la croisée de ces deux voies.

Commissaires de l'exposition

Luce Abélès, professeur de lettres, section littéraire du musée d'Orsay et Geneviève Lacambre, conservateur en chef au musée d'Orsay

13 mars - 17 juin 1990
Musée d'Orsay

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