Musée d'Orsay: Daumier, Les célébrités du Juste Milieu

Daumier, Les célébrités du Juste Milieu

sculpture
Honoré DaumierCharles Philipon (en cours de restauration)© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Entre 1832 et 1835, à la demande de Charles Philipon (1800-1862), fondateur des journaux satiriques La Caricature et le Charivari, opposés à la monarchie de Juillet, Honoré Daumier (1808-1879) modèle une quarantaine de bustes-charges, en terre crue peinte à l'huile, dont subsistent trente-six sculptures, toutes conservées au musée d'Orsay.


Connus sous le nom Les Célébrités du Juste milieu et non les "Parlementaires", seuls vingt-six des personnages représentés exercèrent effectivement un mandat parlementaire. Ils servirent de modèles à Daumier pour les lithographies parues dans La Caricature et le Charivari.

Députés, pairs de France mais aussi proches de Daumier, tel Philipon lui-même, cohabitent ainsi dans une galerie de portraits parfois cruels, toujours drôles, qui dépassent le simple enjeu de la caricature.

 

sculpture
Honoré DaumierJean-Marie Fruchard (en cours de restauration)© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Grâce au généreux soutien de la Fondation BNP Paribas, une étude systématique des bustes a pu être conduite au sein du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) par Agnès Cascio et Juliette Lévy, à l'issue de laquelle il a été possible d'envisager la restauration plus approfondie d'une dizaine d'entre eux, les autres faisant l'objet d'une campagne plus légère.En effet, l'ensemble, d'une extrême fragilité structurelle (la terre crue se délitant sans cesse) a subi au cours de son histoire un nombre important de restaurations (1878, 1927, 1969, 1979), qui ne permettaient plus de distinguer le travail de Daumier des interventions postérieures.

sculpture
Honoré DaumierJean-Marie Fruchard (restauré)© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
De précieuses photographies prises en 1861 à l'initiative du fils de Philipon témoignent de la claire volonté de Daumier d'individualiser chaque buste dont le format, le modelage, la carnation et les couleurs des vêtements se révèlent, à l'analyse, plus contrastés qu'on ne le supposait. Les restaurations interventionnistes mais salvatrices du sculpteur Fix-Masseau en 1927, en vue de l'édition en bronze des terres crues par la galerie Sagot-Le Garrec qui en était devenue propriétaire, ont contribué à leur sauvetage.

Certains bustes, comme ceux d'Argout ou Philipon se trouvaient quasiment dans leur état primitif, n'ayant subi ni remodelage ni repeint : après nettoyage, le retour à la polychromie d'origine a permis de retrouver tout le raffinement des couleurs employées par Daumier.

 

sculpture
Honoré DaumierComte Antoine-Maurice Apollinaire d'Argout© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
L'exposition réunit pour la première fois, les terres crues et les lithographies qu'elles ont inspirées, mais aussi, pour une vingtaine d'entre eux (d'Argout, Baillot, Barthe, Cunin-Gridaine, Delort, Dupin, Etienne, Fulchiron, Guizot, Kératry, Montlosier, Odier, Persil, Philipon, Royer-Collard, Sébastiani, Vatout, Viennet…) des portraits réalistes des personnages épinglés : médaillons de David d'Angers, études de Devéria, lithographies contemporaines. Des portraits-charges sculptés contemporains de la création des bustes, notamment par Dantan, replaceront dans leur contexte historique ceux de Daumier, uniques en leur temps.

Quatre bustes, dont l'identification demeure problématique (Inconnu, dit Falloux, Lucas [ex-Pelet de la Lozère], Sémonville ou Broglie [ex-Soult], Roederer [ex-Verhuel de Sevenhaar], seront confrontés aux portraits de leurs possibles modèles.

sculpture
Honoré DaumierJean-Charles Persil (restauré)© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
L'exposition se termine par une section consacrée à la restauration proprement dite, autour du buste de Persil, l'un des pires ennemis de la liberté de la presse.Particulièrement photographié depuis 1861, le buste-charge de celui que Philipon et son équipe suspectaient aimablement de "descendre d'un anthropophage ramené par le capitaine Cook" témoigne des vicissitudes traversées par cet ensemble exceptionnel dans l'histoire de la sculpture du XIXe siècle. Le dossier scientifique du C2RMF (radiographies, analyses des matériaux et des pigments colorés, etc.) rendra compte de la démarche qui a été suivie pour l'ensemble de la série.