

Le masque est un objet énigmatique par excellence. Objet de métamorphose destiné à dissimuler le visage à des fins religieuses ou théâtrales dans les sociétés anciennes, le masque voile autant qu'il dévoile. Faussement simple, il captive les artistes et connaît en Europe, notamment en France, un succès considérable à la fin du XIXe siècle.
En sculpture, le statut du masque est quelquefois problématique. S'agit-il d'une étape intermédiaire ou d'une oeuvre définitive ? Il est lié à la fragmentation de la représentation, voie décisive du renouvellement de la sculpture au tournant des XIXe et XXe siècles.
A travers une galerie de portraits, réelle et imaginaire, séduisante ou menaçante, cette exposition propose de suivre le développement des codes et l'émancipation d'un genre qui se prête à la fantaisie sérieuse des audaces expérimentales de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Les paragraphes de cette présentation correspondent aux différentes sections de l'exposition.
Les origines populaires du masque, principalement ceux qui sont utilisés lors du Carnaval, sont prépondérantes dans son succès tout au long du XIXe siècle. Dans sa version burlesque, rarement exploitée par la sculpture, le masque correspond exactement à la définition de l'expression comique d'un visage énoncée par Henri Bergson en 1899 : "C'est une grimace unique et définitive. On dirait que toute la vie morale de la personne a cristallisé dans ce système".
Le registre de la mascarade, du travestissement et des bals masqués, rythme la vie parisienne et la littérature, prenant des formes parfois inquiétantes. Il nourrit l'imaginaire de la galanterie ou de la sexualité crue dans l'oeuvre de Félicien Rops. On le retrouve également dans les visions inquiètes, pétries du "mystère attirant et répulsif du masque" des romans de Jean Lorrain.
Certains contemporains cependant se défient du masque mortuaire. Ainsi, Eugène Delacroix avait défendu "qu'on retint rien de ses traits après la mort".