Aux alentours de 1900, dans le domaine de la sculpture, l'aspiration à un nouvel univers formel est pressante. Les théories du sculpteur allemand Lehmbruck sont de ce point de vue symptomatiques. Dans ses écrits, il stigmatise notamment la "débauche d'invention sentimentale", faisant explicitement référence à l'art de Rodin.
A ce même moment, Paris accueille des artistes de nombreux pays qui, avec leurs personnalités respectives font preuve des mêmes préoccupations. Si la sculpture moderne se dévoile à un large public lors d'expositions internationales comme le Sonderbund de Cologne en 1912, ou l'Armory Show de New York en 1913, c'est dans la capitale française que les idées s'échangent et se mêlent. Entre le début des années 1890 et le déclenchement de la première guerre mondiale, Minne, Gonzalez, Brancusi, Hoetger, Archipenko ou Lehmbruck séjournent, se croisent, exposent à Paris.
A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, Rodin est au faîte de sa gloire. Les nombreuses expositions qui lui sont consacrées à l'étranger constituent un baromètre précis de son aura. Il expose ainsi régulièrement en Allemagne, Autriche et Belgique à partir des années 1890. En 1900, son exposition du pavillon de l'Alma, à l'immense retentissement, précède une série d'expositions personnelles à travers l'Europe : Dresde et Venise en 1901 ; Prague en 1902 ; Düsseldorf, Dresde, Weimar, Leipzig en 1904. Partout, il fascine les jeunes artistes qui tous ont une période rodinienne.
Pour la génération de sculpteurs apparue dans les années 1890, qui se heurtent aux conventions académiques et à l'agonie du réalisme, Rodin apparaît comme celui qui a redonné vie à leur art. Les premières oeuvres de Joseph Bernard, Gaudier-Brzeska, Brancusi, Picasso ou Zadkine, reflètent l'influence indéniable du maître. Bien plus, certains travaillent pour lui : Bourdelle, Brancusi, Maillol, Pompon...
Mais très vite, la détestation s'installe devant les thèmes pathétiques ou monstrueux, les chairs pantelantes, les figures écartelées, tordues, décapitées, qui perdent toute structure. Nul n'exprime mieux la logique de ce retournement que Carl Einstein : "La charge émotionnelle abolissait la tridimensionnalité ; l'écriture personnelle l'emportait. […] L'arrangement consistait à avoir un créateur au sommet de son affectivité et en face un spectateur au comble de l'émotion ; la dynamique des processus individuels l'emportait". Comme dissoute par son rôle de conducteur d'émotions, l'oeuvre entraîne avec elle la disparition de "tout canon significatif de la forme et de la vision". Les artistes se mettent alors à fuir cette esthétique et souhaitent abandonner l'expression pour revenir à la forme.