ACQUISITIONS : George Morren, "A l’Harmonie (Jardin public)"

George Morren, A l’Harmonie (Jardin public), 1891  ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Georges Morren, A l'Harmonie (Jardin public)
musée d'Orsay, en 1891
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Peintre, sculpteur et créateur d'objets d'art appliqué dans la mouvance de l'Art nouveau, George Morren est un artiste belge peu connu en France. Né dans une famille de la bourgeoisie d'affaires anversoise, il reçoit, dès l'âge de 6 ans, des leçons du peintre Emile Claus, un ami proche de ses parents.

 

Après avoir abandonné ses études de droit, il fréquente l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers pendant quelques mois seulement, trouvant l'enseignement trop conservateur. En 1887, sept tableaux de Seurat (dont Un Dimanche à La Grande-Jatte sont présentés pour la première fois à Bruxelles à l'occasion de la quatrième exposition des XX, un cercle artistique novateur.

 

Cet événement constitue peut-être le point de départ d'un changement dans l'orientation esthétique de Morren. Il se rend l'année suivante à Paris où il fréquente les ateliers d'Alfred Roll, d'Eugène Carrière et de Pierre Puvis de Chavannes.

 

Son engagement en faveur d'une peinture claire se manifeste au cours de ses années parisiennes avec la découverte de l'impressionnisme.

 

À la fin des années 1880, il subit l'influence de Renoir dont il admire la délicatesse sensuelle des couleurs. Puis, Morren rejoint, au début des années 1890, le cercle des peintres belges divisionnistes représenté par Henry van de Velde, Théo van Rysselberghe et Willy Finch.

 

, Morren, Georges
George Morren, A l’Harmonie (Jardin public), 1891 ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Exécutée en 1891, l'année de la mort de Seurat, A l'Harmonie représente le Koning Albertpark à Anvers.
La composition aux couleurs vives et claires restitue la sensation d'une journée d'été ensoleillée dans un environnement protégé. La peinture de Morren est plus proche du traitement décoratif des toiles de Seurat que de celles des Impressionnistes ou des Nabis qui ont traité des sujets semblables.
Ses personnages sont comme figés dans un décor harmonieux, évoquant ceux d'Un dimanche à La Grande-Jatte. Ils représentent des figures-types plus que des portraits à l'exception de la fillette à l'ombrelle rouge qui est la seule à avoir un visage détaillé.

 

Les personnages répartis dans l'espace guident l'œil du spectateur à travers les différents plans de la composition, du plus proche au plus lointain. L'imposante nourrice coiffée du chapeau traditionnel à long et large ruban constitue un point central où convergent les lignes de fuite.

 

La scène illustre la vision d'un monde idéalisé où des femmes et des enfants sages prennent soin les uns des autres dans un décor bien ordonné. Les allées aux courbes douces, les pelouses soignées, les parterres fleuris, les arbres taillés aux formes géométriques, le mobilier de jardin renforcent le caractère euphonique du sujet.

 

Il n'en demeure pas moins qu'une certaine étrangeté se dégage des personnages dans leurs rapports entre eux.

 

Le tableau, très rare et d'une qualité exceptionnelle dans la production de l'artiste montre une certaine liberté dans l'application de la technique scientifique des Néo-impressionnistes. Morren ne pratique pas le mélange optique (juxtaposition de points de couleurs sur la toile que l'œil recompose à distance) mais il pointille sur des fonds peints pour animer la surface de son tableau.

 

Les macules de couleurs sont distribuées dans l'espace sans être contenues dans des formes. On remarque, en particulier, les points jaunes figurant des atomes de lumière qui forment une sorte de poudroiement dans l'ensemble de la composition.

 

A l'Harmonie est l'une des peintures les plus représentatives du néo-impressionnisme belge au début des années 1890 en raison de la vivacité des couleurs et de l'atmosphère poétique du sujet.

 

C'est le premier tableau de George Morren à entrer dans les collections publiques françaises. Il vient ainsi enrichir l'ensemble néo-impressionniste du musée d'Orsay, en particulier la section des artistes belges qui comprend six tableaux par Theo Van Rysselberghe et deux d'Emile Claus. Il sera présenté dans la galerie du 5ème étage aux côtés de Signac et de Seurat début 2020.