ACQUISITIONS : Paul Gauguin, "Le Chapeau rouge"

Paul Gauguin, Le Chapeau rouge, 1886  ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Paul Gauguin, Le Chapeau rouge
musée d'Orsay, en 1886
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le musée d’Orsay est heureux d’annoncer l’achat en vente publique le 12 novembre 2019 à New York de la peinture de Paul Gauguin Le Chapeau rouge (1886) récemment présentée aux galeries nationales du Grand Palais lors de l’exposition "Paul Gauguin, l’alchimiste".

 

Cette acquisition a bénéficié du généreux soutien de Léonard Gianadda.
Au début de juillet 1886, Paul Gauguin (1848-1903) part pour la première fois à Pont-Aven cherchant tout autant à échapper à la pression de ses créanciers qu’à trouver de nouvelles sources d’inspiration. Les premières œuvres peintes en Bretagne se situent encore dans la lignée de l’impressionnisme ([lien:45d812a36b76b8eefab7edb168be40f10cca5eb4eb1d5267362934a4]Les Lavandières au Moulin Simonou. Ce n’est que progressivement que Gauguin s’éloigne des principes impressionnistes en réalisant durant son séjour breton et à son retour à Paris au mois d’octobre plusieurs œuvres d’une grande nouveauté, entre nature morte et portraits d’objets.

 

Le Chapeau rouge se rattache à ce ensemble, sans que l’on puisse déterminer avec certitude si le tableau est peint à Paris ou en Bretagne. Le traitement du mur fait néanmoins songer au papier peint représenté dans une autre nature morte, La Nappe blanche (Pola Museum of Art) et qui date de l’été 1886 lorsque Gauguin séjourne à la pension Gloanec.

 

, Gauguin, Paul
Paul Gauguin, Le Chapeau rouge, 1886 ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Gauguin s’était auparavant essayé à la nature morte mais le genre prend autour de 1886 une dimension nouvelle. Si la touche, vibrante et fractionnée, est encore ici impressionniste, l’emploi des couleurs vives et contrastées, l’étrangeté de la mise en page s'en distinguent. S’ajoute une dimension symboliste.

 

L'artiste dépeint en effet un environnement en apparence ordinaire mais difficile à déchiffrer, tant repères et hiérarchies habituels sont brouillés. Il représente ce qui est sans doute un chapeau, renversé sur un coin de table, forme rouge trônant sur une nappe blanche, qui serait difficilement reconnaissable sans autre élément de contexte. À l’arrière- plan, une pile de trois chapeaux de paille, vient compléter cet arrangement. Au premier plan, trois fruits, sans doute des brugnons ou des prunes, permettent à l’artiste à la fois un jeu de rouge sur rouge et de contraste des complémentaires (rouge des fruits et du chapeau/vert des feuilles).
Gauguin s’empare d’un motif, les chapeaux, traité par Degas depuis les débuts des années 1880 dans ses œuvres sur les modistes.

 

Certaines de ces scènes de la vie urbaines ont figuré à l’exposition impressionniste de 1886 à laquelle Gauguin a participé. Il est possible de voir ici un hommage, quoiqu’indirect et peut-être détourné, à Degas, dont il a possédé plusieurs œuvres et qui fut une source d’inspiration décisive.

 

Au-delà de l’apparente banalité du motif, tout dans cette œuvre est sujet à interprétation. Le chapeau lui-même semble une forme malléable, comme organique. Le crénelage à droite rappelle les céramiques contemporaines de l’artiste. Il trouve dans la pratique du modelage une source inépuisable de création et produit alors des objets aux formes dissonantes, volontiers étranges et jamais fonctionnelles.
Le tableau est exemplaire de l’incessant dialogue entre les techniques qui caractérise la réflexion et la pratique de Gauguin.

 

Non sans un certain sens du paradoxe, le creux du chapeau, placé au centre de cette composition dominée par des rouges éclatants, constitue un vide noir sans fond qui absorbe le regard. Par ses ambiguïtés délibérées, Le Chapeau rouge s’inscrit ainsi dans le symbolisme naissant, salué par un manifeste de Jean Moréas publié dans Le Figaro en septembre 1886 : le poète y célèbre "une nouvelle manifestation d'art", où "l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf ou les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes".

 

Par son mystère comme par ses recherches formelles et colorées, Le Chapeau rouge  vient ajouter une note nouvelle à la collection du musée d’Orsay, déjà riche de 26 peintures de Gauguin.
Ce tableau sera présenté dans les salles récemment rénovées du 5ème étage dédiées au post-impressionnisme. Il bénéficiera de la confrontation entre peintures, sculptures et céramiques sur laquelle repose cette nouvelle présentation des collections. L’an passé, le musée d’Orsay avait acquis en vente publique à Londres le 2 octobre 2018 un vase dit "[lien:d3614d59f3b9d3510aee638857ac910db03b7c2ecfb9851cc7247ae6]Atahualpa[/lien]", qui recèle une même dimension énigmatique.

 

L’acquisition du Chapeau rouge s’inscrit dans la continuité d’une politique d’acquisition qui vise à compléter la présence d’artistes majeurs comme Gauguin. À ce titre, cette œuvre charnière permettra de faire le lien entre les recherches impressionnistes de l'artiste comme Les Lavandières au Moulin Simonou (1886) et les tableaux les plus marquants de ses séjours à Pont-Aven, à commencer par le chef-d'œuvre de [lien:6a1ba096aa8a1c63631e6c956376bd5480b72331b06c59b9fabdf32e]La Belle Angèle [/lien] (1889) et d'enrichir la présentation des natures mortes conservées au musée comme la [lien:45d812a36b76b8eefab7edb168be40f10cca5eb4eb1d5267362934a4]Nature morte à l’éventail[/lien] (vers 1889).

 

Les récentes acquisitions du musée d'Orsay, parmi lesquelles deux œuvres d’Emile Bernard, alors proche de Gauguin, l'Autoportrait au tableau "les baigneuses à la vache rouge" et viennent ainsi conforter le musée comme collection de référence pour la peinture post-impressionniste.