Exposition hors les murs

Edouard Vuillard (1868-1940)

Du 25 septembre 2003 au 04 janvier 2004
Edouard Vuillard
Autoportrait octogonal, vers 1890
Musée d'Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
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Edouard Vuillard, Autoportrait à la canne et au canotier, vers 1891
Edouard Vuillard
Autoportrait à la canne et au canotier, vers 1891
New York, collection William Kelly Simpson
© Paris 2003 / DR

Cette exposition est la plus importante jamais consacrée à Edouard Vuillard (1868-1940). Elle permet pour la première fois d'analyser en profondeur l'ensemble de sa carrière, des années 1890 aux années 1930. Peintures, oeuvres graphiques et photographies - provenant de collections publiques et particulières du monde entier, ainsi que du fonds d'atelier de l'artiste -, 230 oeuvres au total sont présentées.

Edouard Vuillard-Les Lilas
Edouard Vuillard
Les Lilas, vers 1890
Collection particulière
© Collection particulière

Issu d'un milieu modeste - sa mère est corsetière -, Vuillard se dirige très tôt vers la peinture. Au lycée Condorcet, où enseignent alors Bergson et Mallarmé, il rencontre Ker-Xavier Roussel et Aurélien Lugné-Poe qui l'introduisent au début 1889 dans le groupe des Nabis aux côtés de Ranson, Sérusier, Denis et Bonnard. Le style de Vuillard se construit alors sur un paradoxe fécond. Passionné par l'art des musées - Le Sueur et Chardin - il s'adonne aussi à cette époque au synthétisme des Nabis, rejoignant ainsi l'avant-garde et ses guides, Emile Bernard et Gauguin. La peinture de Vuillard déploie alors une succession stupéfiante d'inventions, de cadrages inédits et de radicalisme chromatique. Il multiplie les compositions audacieuses où quelques lignes enserrent les figures symboliquement exprimées en couleurs violentes (Les Lilas et Autoportrait octogonal, collections particulières).
Aucun autre Nabi ne pousse aussi loin la tentation de l'indéchiffrable (Les Débardeurs, collection particulière), pratiquant une sorte d'abstraction avant la lettre.

Edouard Vuillard-L'Oie
Edouard Vuillard
L'Oie, vers 1890-1891
Collection particulière
© Collection particulière

L'exposition consacre une section entière au théâtre d'avant-garde que Vuillard connaît par ses amis nabis. Alors que la scène française est en pleine mutation, l'idée d'associer des peintres au travail de mise en scène ouvre une ère nouvelle dans son histoire. Pendant près de cinq ans, Vuillard, co-fondateur du Théâtre de l'Œuvre, développe autour du répertoire d'Ibsen, Strindberg et Maeterlinck, une activité de scénographe et de décorateur qui informe profondément sa peinture, tant dans la forme que dans le contenu.
Ainsi, pour Solness e constructeur d'Ibsen, monté en avril 1894, les décors conçus par Vuillard incluent un dispositif totalement révolutionnaire de scène en plan incliné, que l'on retrouve dans L'Oie (collection particulière).

Edouard Vuillard-Intérieur, mère et soeur de l'artiste
Edouard Vuillard
Intérieur, mère et soeur de l'artiste, 1893
New York, The Museum of Modern Art
© The Museum of Modern Art

Dans les années 1890, Vuillard traite les sujets qui feront sa célébrité : des intérieurs où s'activent à des tâches ménagères sa mère, sa sœur et des ouvrières de l'atelier de corsets, cernées de papiers peints mouchetés (L'Aiguillée, musée de l'Annonciade, Saint-Tropez ; Sous la lampe, Yale University Art Gallery, New Haven). Vuillard peint cet univers comme on tisse une tapisserie - une de ses grandes sources visuelles dans les années 1890 - jouant de toute la gamme des effets possibles de matière.

Edouard Vuillard-L'Aiguillée
Edouard Vuillard
L'Aiguillée, 1893
New Haven, Connecticut, Yale University of Art
© Yale University of Art

Mais Vuillard sait aussi donner à ces représentations quotidiennes une atmosphère lourde et inquiétante qu'il doit à ses goûts littéraires et théâtraux (Mère et sœur de l'artiste, Museum of Modern Art, New York).
Véritable metteur en scène de ses proches, Vuillard conçoit ses peintures comme autant de petits drames où biographie et culture symboliste se mêlent (Le Prétendant, Smith College Museum of Art, Massachusetts).

Edouard Vuillard-Les jardins publics. Les deux écoliers
Edouard Vuillard
Les jardins publics. Les deux écoliers, 1894
Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

Œuvre phare du post-impressionnisme, les Jardins publics (1894), projettent Vuillard sur le devant de la scène. Huit des neufs panneaux du décor commandé par Alexandre Natanson - frère de Thadée, directeur de la Revue Blanche - aujourd'hui dispersés à travers le monde, sont réunis exceptionnellement pour l'exposition. Ils constituent un exemple magistral de la maîtrise de Vuillard dans le domaine décoratif. A leur suite, les commandes se succèdent.
L'exposition insiste sur cette part déterminante de la création de Vuillard avec un rassemblement inédit d'œuvres : ensemble conçu pour le docteur Vaquez (1896), paravents de Stéphane Natanson, de Marguerite Chapin et une partie de la série L'Album, hommage sensuel et amoureux à Misia, la jeune et talentueuse pianiste polonaise, épouse de Thadée Natanson.

Edouard Vuillard-Misia et Vallotton à Villeneuve
Edouard Vuillard
Misia et Vallotton à Villeneuve, 1899
Collection particulière
© Collection particulière

Entre 1900 et 1910, La Revue Blanche cesse de paraître, le Symbolisme s'éloigne. Vuillard fréquente les galeries à la mode - Bernheim-Jeune en particulier - et le monde brillant et insouciant du théâtre boulevardier. Il est proche de Sacha Guitry, d'Yvonne Printemps, de Tristan Bernard et d'Henry Bernstein. Ses amis de toujours restent Misia et Thadée Natanson, Bonnard surtout. Cependant, il prend pour marchand exclusif un cousin des Bernheim, Jos Hessel, dont l'épouse, Lucy, va être sa muse, sa protectrice et son amante pendant quarante ans.

Edouard Vuillard-La meule
Edouard Vuillard
La meule (détail), entre 1907 et 1908
Musée d'Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
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Chaque année, Vuillard accompagne les Hessel en villégiature en Normandie ou en Bretagne, d'où il rapporte paysages et scènes d'intérieur plus sensibles à la lumière et à l'espace que ses oeuvres de jeunesse (La Meule, musée des Beaux Arts de Dijon ; Crépuscule au Pouliguen, collection particulière), mais aussi des photographies, pour la première fois exposées, ici, au public.

Edouard Vuillard-Interrogatoire du prisonnier
Edouard Vuillard
Interrogatoire du prisonnier, 1917
Paris, musée d'Histoire contemporaine
© Paris, musée d'Histoire contemporaine

1914-1918, la guerre marque une rupture. Engagé un temps comme peintre aux armées, Vuillard sait faire état d'une réalité devenue tragique (L'Interrogatoire du prisonnier, musée d'Histoire contemporaine, Paris). Après le conflit, Vuillard continue à saisir dans ses portraits le "tremblement du temps". Quelques exemples souvent méconnus sont ici présentés : industriels, banquiers et actrices - sa clientèle de prédilection. "Je ne fais pas de portraits, je peins des gens chez eux", la formule laconique de Vuillard dit bien son ambition d'artiste, en grande partie nourrie par son expérience décorative. Sans hiérarchie, ses modèles et leur environnement sont placés au même niveau. Vuillard détaille tous les indices des variations du goût, de la mode ou des progrès techniques. Ainsi, son talent de portraitiste nous fait passer du charme canaille d'Yvonne Printemps enjôlant Sacha Guitry aux rigueurs Art Déco du portrait de Jeanne Lanvin.

Edouard Vuillard-Jeanne Lanvin
Edouard Vuillard
Jeanne Lanvin, en 1933
Musée d'Orsay
Legs de la Comtesse Jean de Polignac, fille du modèle, 1958
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
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Les vingt dernières années de sa vie marquent l'apothéose de sa carrière. Elles font une dernière fois place au décorateur, pour le Théâtre de Chaillot, à Paris, et la Société des Nations à Genève (1938). L'exposition devrait permettre de réévaluer cette dernière période, questionnant sa contribution au "retour à l'objectivité" de l'entre-deux guerres, ou comment, le peintre nabi demeure artiste de son temps, interrogeant la tradition et observant la vie moderne avec lucidité et ironie.