Exposition

Paysages et nature

Du 16 mars au 06 juin 2004
George Barker-Les chutes du Niagara
George Barker
Les chutes du Niagara, vers 1890
Musée d'Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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Reproduire la nature fut un exercice privilégié pour les photographes désireux de se mesurer à cette technique qui présentait de nombreuses embûches. Par exemple le bleu du ciel et le brun de la terre et des arbres demandaient un temps de pose différent. La lourdeur des appareils et la lenteur des émulsions nécessitaient l'emploi d'un pied et celui ci imposait une vision statique. Et nous ne citons là que les principaux problèmes posés.
Le musée d'Orsay étant extrêmement riche en paysages photographiés de tous les pays pour la période dite "primitive", cette présentation s'arrêtera avant les transformations qu'allaient connaître ce sujet au tournant du XIXe siècle : l'invention de l'orthochromatisme qui allait permettre de rendre dans le noir et blanc les valeurs correspondant aux principales couleurs, l'autochrome et l'apparition du mouvement pictorialiste.
Le paysage pur fut pratiqué en photographie dans des circonstances très diverses : comme exercice, pour servir de modèle aux artistes et aux amateurs, pour documenter un reportage historique ou une enquête géographique. Il fut presque toujours destiné à la vente.

Joseph Vigier-Lac d'Oo à Luchon
Joseph (vicomte) Vigier, Alexandre de La Chevardière
Lac d'Oo à Luchon (détail), en 1853
Musée d'Orsay
Dépôt de la bibliothèque de la fondation Dosne-Thiers
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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L'anglais Fox Talbot, l'inventeur de la photographie sur papier, réalisa, au début des années 1840 en Ecosse et chez lui à Lacock Abbey, des paysages qui comptent parmi les premiers connus. Tirées à un certain nombre exemplaires dans l'imprimerie qu'il avait créée à Reading, parfois publiées sous forme de livres, ces images voulaient offrir un modèle aux autres photographes.

Gustave Le Gray-Forêt de Fontainebleau
Gustave Le Gray
Forêt de Fontainebleau, vers 1855
Musée d'Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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On connaît relativement peu de paysages purs pris au daguerréotype, et en France les premières séries de paysages sont exécutées sur papier par des amateurs fortunés ou aisés tels le comte Joseph Vigier qui parcourt les Pyrénées à dos de mule avec son matériel en août 1853 et Victor Regnault, directeur de la Manufacture de Sèvres, que ses talents de chimiste ont tourné tout naturellement vers le nouveau médium, ou par des peintres manqués tels Gustave Le Gray qui s'exerce à Fontainebleau avec ses camarades, Charles Nègre qui crée le premier reportage sur son midi natal qui ne soit pas strictement architectural, ou Giacomo Caneva dont les vues des environs de Rome allait enrichir les cartons des pensionnaires de la Villa Médicis. Certains paysages de Regnault furent édités par Blanquart Evrard ; Le Gray , Nègre et Caneva vendaient eux mêmes leurs épreuves, ou par l'intermédiaire de marchands d'estampes comme Didron et Gambart.

Edouard Baldus-Moulin à Enghien
Edouard Baldus
Moulin à Enghien, en 1855
Musée d'Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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A l'époque, non seulement la photographie ne restituait pas les couleurs mais les valeurs dans le noir et blanc étaient rendues de façon anarchique. Les volumes et les formes en étaient simplifiés, et cette vision schématique a certainement marqué, sans qu'ils en soient conscients, les peintres impressionnistes, nés au moment de l'invention du daguerréotype. Mis au point en 1851, le collodion humide sur négatif verre était suffisamment rapide pour saisir les mouvements du ciel ou de la mer, mais en les isolant.

Gustave Le Gray-Mer Méditerranée, Mont Agde
Gustave Le Gray
Mer Méditerranée, Mont Agde
Musée d'Orsay
1990
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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En combinant deux négatifs, Gustave Le Gray obtint de superbes marines, tirées par lui en grand nombre et qui, exposées dans les vitrines des marchands d'estampes, connurent un vif succès.
Tout de suite les photographes éprouvèrent, comme les peintres et dessinateurs, l'attrait de l'Orient qui devaient leur attirer, pensaient-ils, un large public. Le premier, du Camp, rapporta d'Egypte en 1849, le matériel pour publier un livre, le premier en France, illustré de photographies, paru chez Gide et Baudry. Et les préoccupations archéologiques de John B. Greene ne lui firent pas oublier de reproduire les paysages traversés.
Baldus multiplia les vues topographiques pour les commandes d'albums commémorant l'inauguration de grandes compagnies de chemins de fer ou celle, émanant de l'Empereur Napoléon III et documentant les inondations du Rhône survenues en 1856.

William Henry Jackson-Mammoth Hot Springs
William Henry Jackson
Mammoth Hot Springs, en 1871
Musée d'Orsay
Don de M. Robert Gérard, 1987
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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En France, les éditeurs d'épreuves photographiques destinés aux artistes et aux amateurs se multiplièrent à partir de 1871, date de la mise au point de plaques au gélatino-bromure préparées industriellement. Parmi les photographes que l'on rencontre le plus souvent alors, il faut citer Charles Famin et celui, resté anonyme, travaillant pour Giraudon, qui se spécialisèrent dans les paysages rustiques dont le peintre Millet avait lancé la vogue, ainsi que Taupin, pour les vues de détails de plantes, feuilles et buissons.

William Mac Farlane Notman-Cedar Tree, Stanley Park, Vancouver
William Mac Farlane Jr Notman
Cedar Tree, Stanley Park, Vancouver, en 1887
Musée d'Orsay
Don de M. Robert Gérard, 1987
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
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Aux Etats - Unis, la conquête de l'Ouest donna naissance à une vaste enquête géographique et géologique, encadrée militairement. Timothy O'Sullivan et William Jackson notamment, qui s'étaient formés lors des reportages sur la guerre de Sécession, travaillèrent sur des plaques de verre, parfois gigantesques et révélèrent les sites encore non répertoriés de cette partie du continent. William Notman allait faire de même au Canada, en Colombie britannique.
Life and Landscape of the Norfolk Broads (1886) premier album de Peter Henry Emerson, passionné par la photographie et la navigation de plaisance, se veut une illustration de ses théories selon lesquelles la photographie serait le moyen le plus approprié pour traduire la nature telle que la voyait l'oeil humain, avec des parties très détaillées, d'autres plus floues. Marsh Leaves, réalisé neuf ans plus tard, montre des petits paysages d'hiver qui n'ont rien à envier à ceux des impressionnistes ou des graveurs japonais qu'Emerson connaissait parfaitement. A juste titre Emerson est considéré comme un des pères du pictorialisme.