Acquisition · La Parque et l'Amour, sculpture de Gustave Doré

grand plâtre patiné d'exception
Gustave Doré
La Parque et l'Amour, 1877
Achat, 2023
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy

Reconnu très tôt comme l’un des plus grands dessinateurs, caricaturistes et illustrateurs de son temps, Gustave Doré (1832 - 1883) aspirait à une gloire artistique plus complète et plus prestigieuse, qui devait passer par la peinture d’abord, puis par la sculpture. Il exposa ses premières toiles au Salon de 1851, à l’âge de 19 ans, et multiplia rapidement les grands formats aux compositions ambitieuses. S’il attendit 1877 pour présenter au Salon sa première œuvre sculptée, ce fut d’emblée avec une ambition comparable, comme le montre bien le grand plâtre patiné de La Parque et l’Amour que le musée d'Orsay a récemment acheté. Cette sculpture vient enrichir un ensemble de dessins, peintures et sculptures de l'artiste présents dans les collections du musée. 

Avec cette sculpture, Gustave Doré traite un thème relativement classique, celui du rapport étroit entre l’amour et la mort, Eros et Thanatos. Il en donne cependant une vision inédite, inventive dans la relation entre les deux personnages : la figure de la Parque, massive et austère, domine l’Amour, figuré sous les traits d’un bel adolescent, qui se dresse nonchalamment entre les genoux de la vieille femme au regard triste. À l’origine, comme on le voit sur des images anciennes et sur des exemplaires en réduction de ce sujet, une cordelette reliant ces deux figures donnait la clef de la composition : formant à l’une de ses extrémités la corde de l’arc grâce auquel Eros suscite l’amour dans le cœur des mortels, elle se prolongeait pour passer entre les lames des ciseaux que tient de sa main droite la Parque, ainsi identifiable comme Atropos, celle qui coupe le fil de la vie ; la cordelette continuait ensuite vers la main gauche de l’Amour, puis celle de la Parque, avant de rejoindre, sur la terrasse, une quenouille, qui a également disparu.

Pingeot Anne, Gustave Doré, La Parque et l'Amour, groupe plâtre, Salon 1877
La Parque et l’Amour. Fac-simile d’un dessin de Saint-Elme Gauthier d’après Gustave Doré, publié dans L’Art, t. 9, 1877, p. 147.
© Documentation du musée d'Orsay / Anne Pingeot

La critique fut impressionnée par l’ambition de cette grande sculpture et par l’aisance démontrée par l’artiste dans ce medium nouveau, mais elle reprocha aussi à Gustave Doré son insatiable soif de gloire, comme s’il ne parvenait pas à se contenter des lauriers déjà acquis dans les domaines du dessin et de la peinture. L’œuvre ne fut pas acquise par l’État, au grand dam de son auteur. Il l’envoya peu après à Londres pour l’exposer dans la Doré Gallery, et entreprit de la faire éditer sous la forme de réductions (exemplaires en terre cuite à Bourg-en-Bresse et Strasbourg ; bronze à Ottawa).
 

    Images
    Gustave Doré
    La Parque et l'Amour, 1877
    Achat, 2023
    © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
    Gustave Doré
    La Parque et l'Amour, 1877
    Achat, 2023
    © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
    Gustave Doré
    La Parque et l'Amour, 1877
    Achat, 2023
    © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
    Gustave Doré
    La Parque et l'Amour, 1877
    Achat, 2023
    © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
    Gustave Doré
    La Parque et l'Amour, 1877
    Achat, 2023
    © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy

    Incluse dans la vente après décès de Gustave Doré, en 1885, elle fut acquise (avec droits de reproduction) par le fondeur Victor Thiébaut, qui espérait sans doute en couler un exemplaire en bronze, comme il l’avait fait pour d’autres sujets de l’artiste. Il n’en fut rien, et ce grand plâtre passa ensuite dans la collection de Paul Doumet-Adanson, qui l’installa au plus tard en 1891 dans son château de Balaine, à Villeneuve-sur-Allier, et plus récemment dans celle du décorateur Jacques Garcia. La Parque et l'Amour avait été présentée au musée d'Orsay en 2014 pour l'exposition « Gustave Doré. L’imaginaire au pouvoir » (commissariat Philippe Kaenel, Paul Lang et Édouard Papet).

    Auteur

    • François Blanchetière, conservateur en chef Sculpture et Architecture