Ernest Biéler, « Portrait de Julia Scheller-Erni »

Collections
tableau, Ernest Biéler, Portrait de Julia Scheller-Erni, en 1910
Ernest Biéler
Portrait de Julia Scheller-Erni, en 1910
Musée d'Orsay
© DR / Moritz Herzog
Voir la notice de l'œuvre

L'achat de ce Portrait de Julia Scheller-Erni par Ernest Biéler permet d'enrichir les collections du musée d’Orsay d'une oeuvre rare que l'on doit à un artiste important, jusqu'ici absent des collections publiques françaises.
Né en Suisse en 1863, Biéler s'est formé dès l’âge de 17 ans à Paris, au sein des Académies Julian et Colarossi. Il retourne en Suisse en 1892 où il s’affirme à la fin de la décennie comme une des figures du symbolisme et du Jugendstil ou Art Nouveau suisse. Au début du XXe siècle il exalte avec un certain réalisme une Suisse qu’il veut atemporelle, déclinant d'abord les scènes de genre paysannes, puis une série de « têtes valaisannes », où il met l’accent sur la physionomie, parfois avec pittoresque, mais surtout sur les éléments du costume et les objets qui reflètent une spécificité régionale.

Ce portrait correspond à une évolution dans l’œuvre de Biéler. Il représente une figure de la bourgeoisie zurichoise Julia Scheller-Erni. Biéler n’efface pas les marques de l’âge du modèle alors âgée de 53 ans et livre un portrait sobre et sans atour. Il s’agit moins ici d’indiquer un statut social que d’insister sur la psychologie : l'artiste nous montre une femme austère mais dont le regard est empreint de malice. Un dialogue, voire une certaine complicité, semble lier le peintre et son modèle.

 

, Biéler, Ernest
Ernest Biéler
Portrait de Julia Scheller-Erni, en 1910
Musée d'Orsay
© DR / Moritz Herzog
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Las d’être considéré comme un chantre du régionalisme, Biéler réalise des portraits modernes à la faveur de commandes. Surtout, il se réinstalle à Paris pour y tenter à nouveau sa chance. Avec ces portraits de contemporains, il expérimente à partir de 1906 une nouvelle manière qu’il a baptisée le « graphisme ». Elle se caractérise par sa saveur décorative, une ligne sinueuse, une palette claire et mate, et, surtout par l’abandon de l’huile au profit de la tempera à l’œuf. Le Portrait de Julia Scheller-Erni est exemplaire de cet ensemble de portraits très caractéristique de l’art de Biéler.

Ce goût du dépouillement, la pureté du dessin comme la technique de la tempera satisfont à une esthétique primitiviste alors largement partagée dans le pays et plus largement en Europe. Le contraste entre cette dimension et la vision d'une femme de son temps contribue à l’intérêt et à la profonde originalité de ce portrait.
Il s'y affirme également une volonté de stylisation, notamment à travers les jeux de correspondances entre les différentes lignes ondulées (vêtement, chevelure, fond), qui se prolongent au-delà de la peinture. Bieler conçoit ses portraits comme des objets et ses tableaux comme un tout. C’est ainsi qu’il en dessine et fabrique les cadres, comme ici, la sobriété de la bordure venant mettre en valeur le raffinement de la peinture.

Navigant entre ultra-réalisme et abstraction, le Portrait de Julia Scheller-Erni constitue une œuvre forte et saisissante.