Georges Seurat, Le Clown et L’Écuyère

Collections
Georges Seurat, L’Ecuyère, étude pour Le Cirque, en 1890
Georges Seurat
L’Ecuyère, étude pour Le Cirque, en 1890
Musée d'Orsay
© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
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Ces deux dessins pour Cirque de Seurat, don de Charlotte Hellman, responsable des archives Signac et co-commissaire de « Signac collectionneur » (12 octobre 2021-13 février 2022), étaient présentés dans l’exposition à côté du tableau. Ils témoignent de l’amitié qui unit les deux artistes à partir de 1884. Signac collectionna les œuvres de son ami et en particulier ses dessins : parmi les 80 œuvres de Seurat de la collection Signac, plus des deux tiers étaient des dessins.

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Georges Seurat, L’Ecuyère, étude pour Le Cirque, en 1890
Georges Seurat
L’Ecuyère, étude pour Le Cirque, en 1890
Musée d'Orsay
© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
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Il acquiert L’Écuyère en 1900 et Le Clown avant 1912. Cirque, le tableau, lui appartenait depuis 1900, mais pour des raisons financières, il dut s’en dessaisir non sans s’être assuré que le tableau entrerait à terme dans les collections nationales. Il le vendit à l’américain John Quinn en 1923, à la seule condition que ce dernier le lègue au Louvre ; le tableau est maintenant sur les cimaises du musée d’Orsay. Cirque est le seul tableau majeur de Seurat conservé en France. Il fait partie des rares compositions de grand format réalisées par l’artiste au cours de sa brève existence, avec La Baignade à Asnières (Londres, National Gallery), Un dimanche après-midi à la grande Jatte (Chicago, Art Institute), Les Poseuses (Philadelphie, Fondation Barnes), Parade (New York, Metropolitan Museum of Art) et Chahut (Otterlo, Kröller-Müller Museum).
Le clown au premier plan prend la place qu’avait le musicien de dos dans Chahut. Avec le thème du cirque, Seurat s’inscrit dans la lignée de Jules Chéret, Toulouse-Lautrec et Degas. Le tableau est exposé au salon des Indépendants en 1891. Six jours plus tard, Seurat meurt, à l’âge de 31 ans. Cirque devient alors son testament artistique et une icône du néo-impressionnisme.

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Georges Seurat, Le Cirque, étude, en 1891
Georges Seurat
Le Cirque, étude, en 1891
Musée d'Orsay
© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
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Les deux études pour le tableau rejoignent deux autres études, une aquarelle et une esquisse peinte, dans les collections d’Orsay, formant un corpus exceptionnel pour la compréhension du tableau, pour lequel peu d’études préparatoires sont connues. Françoise Cachin voyait dans le clown une métaphore de l’artiste, tandis qu’Anne Distel décrivait les deux mains du clown, l’une stylisée, l’autre réaliste, comme l’image de l’esthétique de Seurat. On serait aussi tenté de voir dans L’Écuyère, traitée dans un subtil équilibre de lignes et de valeurs, une image de l’artiste et de son art fondé sur l’analogie harmonieuse des contraires.

Seurat est l’un des grands dessinateurs du XIXe siècle. Il a réalisé plus de 500 dessins, dont ses fameux « noirs » dans la décennie 1880. Formé aux Beaux-arts de Paris, dans l’atelier d’Henri Lehmann, un élève d’Ingres, il prend le contrepied de cet apprentissage par la ligne en dessinant au clair-obscur des images issues des lieux de vie populaires, comme le cirque. Ses dessins forment un « univers solide et tremblant à la fois, et dont la fréquence semble régie par un invisible diapason », pour reprendre la belle formule de Louis-Antoine Prat. Pour Paul Signac, les feuilles de son ami figurent parmi « les plus beaux dessins de peintres qui soient ».