Léon Frédéric "Enfant dans les ronces"

, Frédéric, Léon
Léon Frédéric, Enfant dans les ronces
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photographe

 

Cette huile sur toile est une étude pour le panneau de gauche du triptyque de Léon Frédéric intitulé Le Peuple verra un jour le lever du soleil (qui dissipera les ténèbres du monde), réalisé en 1890-1891. La version définitive, qui appartient à l’État Belge depuis 1962, témoigne de la période où l’artiste commence à mêler l’allégorique au naturalisme qu’il pratique déjà. C’est également l’époque où le symbolisme émerge sur la scène européenne.
Le contexte contemporain des attentats anarchiques belges en fait toutefois un sujet autant social et humaniste qu’utopique et idéaliste. L’œuvre marque ainsi un pivot dans les thématiques traitées par Frédéric.

 

Le volet pour lequel cette étude a été réalisée représente trois enfants nus fuyant à travers des ronces. À l’arrière-plan, on reconnaît Bruxelles avec sa collégiale des Saints-Michel-et-Gudule et son Palais de Justice. Dans le panneau central, une foule entassée est dominée par une vague éclairée de reflets ocres. Le volet de droite, intitulé Vers la Justice, figure cinq enfants vêtus de robes blanches qui s’avancent dans un paysage fleuri et ensoleillé.
Ces scènes montrent les trois âges du peuple à travers des adaptations modernes de l’Ancien Testament (le passé avec la Chute du Paradis ; le présent avec l’Exode et le Passage de la mer Rouge ; le futur avec l’Âge d’or). Le triptyque peut ainsi être vu le pendant de celui conservé au musée d'Orsay : Les Âges de l’ouvrier (1895-1897). Par ce choix de format, Frédéric sacralise le quotidien des plus humbles en le positionnant sur le même plan que les sujets religieux.

 

Contrairement aux collections belges dans lesquelles le peintre est bien représenté, Léon Frédéric est un artiste rare dans les collections publiques en France. Hormis le musée d’Orsay qui conserve aujourd’hui quatre de ses peintures et une de ses sculptures, le musée des Beaux-Arts de Lille est le seul autre musée français qui conserve l’une de ses toiles. Le don de M. Jean-Louis Milin par l'intermédiaire de la Société des Amis des Musées d'Orsay et de l'Orangerie constitue donc une chance tout à fait exceptionnelle de pouvoir renforcer la représentation de l’art social belge dans les collections nationales.