Manet, Degas et la violence de la guerre

© Musée d’Orsay / Sophie Crépy

L'exposition « Manet / Degas » présentée au musée d'Orsay du 28 mars au 23 juillet 2023 est l'occasion d'explorer les ressources documentaires dont nous disposons. Extraites de deux films produits, l'un pour accompagner l'exposition « Manet inventeur du moderne », l'autre l'exposition « Degas et le nu », les vidéos ci-dessous livrent, à travers deux tableaux, l'exploration d'un sujet commun : la guerre. Toutefois, les motifs de traitement d'un tel sujet diffèrent chez les deux peintres.

Édouard Manet (1832-1883) : L’Exécution de Maximilien, 1867-1868

  • Huile sur toile
  • Londres, National Gallery, achat 1918

La représentation de L’Exécution de Maximilien par Manet est un geste politique. Par ce tableau, il s'empare d'un événement d'actualité qui s'est produit un an auparavant et dénonce la politique étrangère de Napoléon III. Le tableau est interdit de Salon, la gravure qu'en tire l'artiste censurée.

    Espérant établir un Empire latin catholique en Amérique du Nord, Napoléon III favorise l’installation sur le trône mexicain en 1864 du frère de l’empereur d’Autriche, l’archiduc Maximilien. Face à la rébellion des forces républicaines mexicaines de Benito Juárez, Napoléon III rappelle son armée de soutien, laissant Maximilien et deux de ses généraux être exécutés le 19 juin 1867. La nouvelle suscite une vive indignation envers Napoléon III.  Manet s’empare immédiatement du sujet et travaille plusieurs mois à une grande composition destinée au Salon de 1868 réalisant successivement quatre peintures, dont trois monumentales, et une lithographie pour en assurer la diffusion. Trop subversives, elles sont censurées. Aucune ne sera exposée en France de son vivant. Demeurées dans son atelier, elles n’ont été vues que par quelques proches, dont peut-être Degas, qui fit l’acquisition de plusieurs fragments de la seconde version découpée après la mort de Manet et la recomposa.


    Edgar Degas (1834-1917) :  Scène de guerre au Moyen Âge [dit à tort Les Malheurs de la ville d’Orléans], vers 1865

    • Peinture à l’huile et à l’essence sur papier marouflé sur toile
    • Paris, musée d’Orsay

    En situant cette scène dans une époque ancienne, Degas semble se déclarer plus intéressé par la recherche esthétique autour de la représentation du corps féminin, laquelle s'épanouira plus tard dans les scènes de danse, de toilette ou de maisons closes, que par une dénonciation des horreurs de la guerre. Toile étrange, même son titre intrigue lors de l'exposition de 1865 où Degas la présente. Scène de guerre au Moyen Âge s'inspirerait des actes de cruauté perpétrés sur les femmes de la Nouvelle-Orléans en 1862, pendant la guerre de Sécession.

     

      Lié ou non aux horreurs de la guerre de Sécession qui déchire les États-Unis où il a de la famille, Scène de guerre au moyen âge marque, en 1865, les débuts de Degas au Salon. Peu conforme aux attentes de l’exposition officielle, la toile passe inaperçue. Aux peu convenables nus féminins, témoins muets d’une violence sans limite, le peintre combine une frise de cavaliers et de chevaux héritée des bas-reliefs antiques et des peintres de la Renaissance

      Les extraits présentés ci-dessus sont issus des documentaires suivants :

      • Édouard Manet, une Inquiétante étrangeté réalisé par Hopi Lebel ; coproduction : Les Films d'Ici et musée d'Orsay, en partenariat avec France 5
      • Degas, le corps mis à nu écrit et réalisé par Sandra Paugam ; coproduction : Les Films du Tambour de Soie, musée d'Orsay et La Réunion des musées nationaux - Grand Palais, avec la participation de France Télévisions