Questions à Donatien Grau, responsable des programmes contemporains

« Une œuvre, un regard » Saison 2
Orsay contemporain
Donatien Grau
© Paolo Roversi

La nouvelle saison de la série Une œuvre, un regard a commencé le 4 décembre 2020 et vous permet, tous les quinze jours, de découvrir le regard d'une figure contemporaine, artiste, écrivain, philosophe, designer, musicien, acteur, metteur en scène, cinéaste, scientifique, sur une œuvre de son choix dans les collections des musées d'Orsay et de l'Orangerie. Premier invité de cette deuxième saison, le réalisateur mexicain Guillermo de Toro a choisi Le Sahara de Gustave Guillaumet. Le lancement de cette nouvelle série de rencontres est l'occasion de rencontrer celui qui en est à l'origine, Donatien Grau, conseiller de la Présidence pour les programmes contemporains.

Donatien Grau
Donatien Grau / Paolo Roversi

Racontez-nous la genèse de ce projet numérique.

C’est un des premiers projets que j’ai portés au musée, à mon arrivée au tout début de 2018. Il y avait plusieurs sources : tout d’abord, un projet antérieur du musée en 1996, qui avait – de façon très novatrice – invité des figures de la création et de la recherche à évoquer quelques œuvres des collections.

À cela est venue s’ajouter la pratique dans de grands musées étrangers (notamment au Metropolitan Museum de New York), d’inviter des artistes, sur des formats numériques, à évoquer des œuvres des collections. Cela n’avait encore jamais été fait par un grand musée français, en ligne, ni en invitant une aussi grande variété de participants.

Les horizons des intervenants sont très variés. Comment les choisissez-vous ? quelle est la démarche du musée derrière cette invitation à différentes figures contemporaines ?

Les invitations obéissent à un principe d’ouverture : nous avons choisi de ne pas nous limiter aux artistes visuels, mais d’élargir les horizons. Nous demandons à ces participants un peu de leur temps, de leur pensée, pour réfléchir à une œuvre, à leur relation à cette œuvre.

Michel Laclotte, qui a, avec d’autres, inventé le projet du musée d’Orsay, disait du musée que ce devait être une « polyphonie » : il s’agit de respecter, au présent, cette impulsion originelle. Les musées d’Orsay et de l’Orangerie sont une référence, et les participants sont, dans leur domaine, aussi des références, d’origines, de pratiques, d’opinion différentes, offrant ainsi une multiplicité de regards sur les œuvres des deux musées.

Quel est le degré d’implication des invités ?

Les artistes sont très impliqués : que ce soit Abd Al Malik, qui avait lu Correspondances de Baudelaire pour le générique de fin de la première saison, ou Nicolas Godin, qui a réalisé spécialement une musique pour la saison 2, ou chacune et chacun des participants.

Chaque intervention nécessite une réflexion, des visites au musée, parfois des recherches, à l’intérieur de soi, dans sa bibliothèque, dans celle des deux musées. Ce n’est d’ailleurs pas insignifiant qu’un certain nombre de grandes invitations du musée d’Orsay trouvent leur origine dans ce programme : je pense notamment à Abd Al Malik, qui fut le premier participant avant même les discussions qui devaient l’associer à l’exposition Le modèle noir de Géricault à Matisse et à Maylis de Kerangal, dont l’idée d’une présence comme auteure en résidence commença lors de la réalisation de son épisode. Elle dit alors : « J’aimerais tellement pouvoir venir ainsi avec un tabouret ». Ce à quoi je répondis : « Pourquoi pas, alors, auteure en résidence ? »

Avez-vous une anecdote particulière à partager sur cette série ?

J’aimerais en partager deux. Une issue de la première saison, une issue de la deuxième.
La première saison intègre ce qui me semble être l’un des plus grands moments de la série : l’intervention de Robert Wilson sur les Nymphéas. Avec Marie-France Gripois, la réalisatrice, et Saskia Bakhuys, la productrice, j’attendais Bob Wilson à l’extérieur du musée de l’Orangerie.
Il était alors en répétition à l’espace Pierre Cardin. Il arrive, entre deux répétitions, un peu essoufflé. Il entre dans la salle des Nymphéas, s’assied. Et cela commence. Dix minutes de transe, seul, du pur Bob Wilson, du pur Claude Monet. C’était magnifique. Marie-France n’a rien coupé.

L’autre exemple serait l’inverse : Caroline Guiela Nguyen, l’extraordinaire metteure en scène et auteure, avait décidé d’intervenir sur l’Intérieur de Hammershoi.
Elle l’a fait avec une attention et une précision remarquables : elle est venue, et n’a pas été contente de ce qu’elle disait. Nous voici repartis pour refaire entièrement la vidéo, et là, cela a été. C’est aussi cela, l’histoire de Une œuvre, un regard : l’implication généreuse des artistes.

Auriez-vous un dernier mot pour conclure cet entretien ?

En guise de conclusion, j’aimerais partager une fierté : celle que ce projet, dont les vidéos ont été vues plus d’un million de fois, soit développé à l’intérieur du musée d’Orsay ; avec Saskia Bakhuys, avec Marie-France Gripois, évidemment, qui réalise inlassablement toutes ces vidéos, nous travaillons ensemble, avec la participation de bien des membres des équipes du musée.

Ce projet constitue un trait d’union entre une communauté créative qui vient au musée d’Orsay, la communauté du musée qui est elle-même créative, et toutes celles et tous ceux qui sont venus au, y viendront, ou, parfois, ne pourront pas y venir, découvrant ainsi des regards sur les œuvres, gratuitement, en ligne : ils et elles peuvent, à leur manière, voir leur vision du monde transformée.