Vers une nouvelle présentation de La Porte de l'Enfer

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©Musée d'Orsay / Sophie Crépy

Depuis cet automne, une importante et délicate opération se déroule sur la terrasse située entre les deux tours, au fond de la nef : le déplacement de la Porte de l’Enfer d'Auguste Rodin, ce qui implique le démontage de ce plâtre monumental de plus de six mètres de haut, préalable indispensable à l'évolution de la présentation.

Le musée d'Orsay a la chance de pouvoir présenter l'un des grands chefs-d'œuvre de la sculpture du XIXsiècle, la Porte de l'Enfer d'Auguste Rodin.
Lors de son installation en 1986, le choix fut fait de la placer de côté par rapport à l'axe de la nef, afin de créer un effet de surprise au cours de la visite et de faire apprécier la profondeur de l’œuvre, dont certaines figures se détachent entièrement du fond – en particulier le Penseur, au centre du tympan.

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Porte de l'Enfer, Rodin, Auguste
Auguste Rodin, Porte de l'Enfer
musée d'Orsay, Donation Rodin, 1916
©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
, Purcell, Jim
Jim Purcell, Mise en place du plâtre des "Portes de l'Enfer" de Rodin
musée d'Orsay
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Jim Purcell

Le projet

Ces dernières années, l’idée de placer la Porte de l’Enfer dans l’axe a peu à peu émergé : ainsi positionnée, elle sera mieux mise en valeur et pourra être aperçue dès l’entrée du musée, devenant le point focal de la perspective.
Adossée à une nouvelle cimaise afin de la stabiliser et éviter qu'elle ne soit écrasée visuellement par les deux tours, elle bénéficiera également d’une muséographie renouvelée. Autour d’elle seront disposées des œuvres, appartenant aux collections du musée d’Orsay ou mises en dépôt par le musée Rodin, qui permettront de comprendre la Porte et son importance dans le processus créatif de l'artiste.

À gauche, des sculptures témoignant du contexte de création, notamment un ensemble de groupes et de figures créés par Rodin pour peupler sa Porte (la grande Faunesse debout, le Désespoir, Glaucus, une damnée, les Métamorphoses d’Ovide…). A droite, des œuvres également créées pour la Porte, mais ayant pris leur autonomie (le Penseur, Fugit Amor, la Femme accroupie…).

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©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
Démontage de la « Porte de l’Enfer de Rodin »
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy

Démontage et restauration

Le démontage de la Porte de l’Enfer s’est déroulé pendant la première quinzaine de novembre 2021. Les deux moitiés de l’œuvre, posées l’une sur l’autre, reliées par un joint de plâtre et retenues par des tiges métalliques prises dans la paroi de la tour, ont été séparées.
Cette opération est également l'occasion de dresser un constat d’état complet de l’œuvre, afin de repérer les zones de fragilité, d’encrassement ou d’altération. Elle sera entièrement dépoussiérée (côté revers, elle ne l’a pas été depuis 35 ans !), nettoyée plus en profondeur par endroits, et le plâtre sera consolidé là où son état le nécessite.

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©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy

L’inauguration de cet espace entièrement réaménagé est prévue pour le printemps 2022, en même temps que celle d'un nouvel accrochage du fond de nef, juste en dessous. Les visiteurs pourront alors mieux voir la Porte de l’Enfer, et mieux comprendre la richesse et la complexité de son histoire et de son iconographie.


 

Brève histoire de la Porte de l’Enfer

L’origine de la Porte de l’Enfer remonte à 1880, quand Rodin reçut de l’État la commande du « modèle d’une porte décorative ornée de reliefs illustrant la Divine Comédie de Dante ». Elle était destinée à orner la façade d’un musée des arts décoratifs que l’on souhaitait alors créer, et que l’on envisagea un temps d’installer dans les ruines du Palais d’Orsay, siège de la Cour des comptes, qui avait été incendié pendant la Commune. Ce projet ne fut finalement pas réalisé, et les ruines furent abattues pour construire la gare d’Orsay à partir de 1896.

Rodin créa pour sa Porte de très nombreux groupes et figures en s’inspirant d’abord de L’Enfer, le premier livre de la Divine Comédie écrite par Dante Alighieri au début du XIVe siècle. C’est de là que viennent notamment les groupes mettant en scène Paolo et Francesca (sujet du célèbre Baiser) ou encore le comte Ugolin. Peu à peu, il intégra une nouvelle source d’inspiration, Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, dont l’atmosphère sensuelle, vénéneuse autant que voluptueuse, exerçait sur l’artiste une fascination profonde.

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Porte de l'Enfer, Rodin, Auguste
Auguste Rodin, Porte de l'Enfer
musée d'Orsay, Donation Rodin, 1916
©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / image RMN-GP
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
, William Elborne
William Elborne, Rodin devant la Porte de l'Enfer se reflétant dans un miroir (album Jessie Lipscomb)
Musée Rodin
©Musée Rodin / DR

L’histoire compliquée du musée des arts décoratifs, qui n’ouvrit qu’en 1905 dans le pavillon de Marsan, au Louvre, explique que la Porte de l’Enfer perdit peu à peu toute destination précise, pour devenir une œuvre autonome. Rodin ne l’exposa au public qu’une seule fois de son vivant, lors de la rétrospective qu’il organisa pendant l’Exposition universelle de 1900.
En 1917, il fit réaliser une nouvelle épreuve en plâtre de sa Porte afin qu’elle puisse être exposée dans le futur musée Rodin. Elle est restée en place dans ce qui est aujourd’hui la salle d’exposition temporaire de ce musée, puis elle a été démontée pour être mise en réserve. C’est cet exemplaire qui est déposé depuis 1986 au musée d’Orsay.

Avec le soutien exclusif de Aurel BGC.
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