Akseli Gallen-Kallela, "Palokärki / Grand Pic noir"

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Akseli Gallen-Kallela, Palokärki / Grand Pic noir, 1894  ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Akseli Gallen-Kallela, Le Grand Pic noir [Palokärki]
Finlande, Helsinki, collection particulière, 1892-1894
©Collection particulière / DR

 

Akseli Gallen-Kallela, auquel le musée d'Orsay a consacré une exposition en 2012, est l'artiste majeur de la Finlande, le seul à avoir connu une reconnaissance véritablement internationale de son vivant, l'un des auteurs essentiels d'une culture nationale finlandaise en plein renouveau, à une époque de lutte pour une indépendance acquise de la Russie en 1917.
Grand Pic noir est l'un de ses chefs-d'œuvre, le premier tableau du peintre à entrer dans les collections du musée d'Orsay et dans les collections publiques françaises, après l'acquisition d'un tapis fait sur ses dessins par le musée en 2006. Cette toile vient y représenter un artiste peintre essentiel de la fin du XIXe siècle, qui a longtemps et souvent séjourné à Paris, comme il vient enrichir le panorama des écoles étrangères et témoigner de leur vitalité, longtemps méconnue en France.

 

Après un premier apprentissage à Helsinki, Gallen-Kallela se forme en effet à Paris, à l'académie Julian (1884-1889) et dans l'atelier de Cormon (1887-1889), tout en retournant en Finlande pendant la longue saison d'été, ce qui l'empêche de prendre véritablement racine dans le milieu parisien. À Paris, il contribuera plus tard à la décoration du pavillon finlandais de l'Exposition universelle de 1900. Le paysage a joué tout au long de la carrière de Gallen-Kallela un rôle déterminant, porteur de l'identité culturelle finlandaise, au même titre que les légendes du Kalevala ou que les costumes ou l'artisanat populaires.

C'est au cours de l'été 1892, à la recherche d'une résidence au cœur de la Finlande, en Carélie du nord, que Gallen-Kallela séjourne au bord du lac de Paanajärvi. Il y peint ses premiers paysages "purs", dégagés de toute figure, expression directe d'une âme finlandaise nourrie par la nature, ses grands espaces de forêts et de lacs.

 

, Akseli Gallen-Kallela
Akseli Gallen-Kallela, Palokärki / Grand Pic noir, 1894 ©Musée d’Orsay, Dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Palokärki / Grand Pic noir est peint dans cette quête d'enracinement. Par la présence de l'oiseau, un "crête de feu" en finnois, le peintre y investit le paysage d'une dimension allégorique, celle de l'homme criant sa solitude, selon ses mots mêmes. Une interprétation plus politique a pu être faite du motif, celle d'un pays en lutte contre l'occupant russe, seul dans l'adversité. Gallen-Kallela fait d'abord du sujet un grand dessin à la gouache, qui ne le satisfait pas, et qu'il déchire. Sa femme en rassemble et en recolle l'hiver suivant les morceaux sur une toile, et l'artiste révise son jugement (Helsinki, galerie nationale de Finlande). Il entreprend alors d'en faire la présente version à l'huile, au même imposant format (145x91 cm), qu'il achève en 1894.

 

En 1895, l'artiste trouvera finalement le lieu désiré, au bord du lac Ruovesi, à 200 km au nord d'Helsinki, et y construira une grande maison-atelier dans un style à la fois traditionnel d'inspiration et de décoration, et mêlant des éléments modernistes Art nouveau, qu'il baptise Kalela. Il s'identifiera plus encore au site en ajoutant ce dernier nom à son patronyme (suédois) de Gallen en 1907.

Cette acquisition a été réalisée avec le soutien de la famille de l'artiste, en hommage à Jorma, Pirkko et Aivi Gallen-Kallela.