Acquisition : Frantisek Kupka, "Les mystères de la construction du métropolitain"

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Frantisek Kupka, Les mystères de la construction du Métropolitain
musée d'Orsay
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photographe

En 1896, date de son installation définitive à Paris, Kupka gagne sa vie comme illustrateur et dresse à travers ses dessins le portrait d’une société occidentale inégalitaire et asservie à l’argent. A partir de 1900, il collabore dans de nombreuses revues et journaux dont le plus célèbre est L’Illustration, pour lequel fut réalisé le dessin Les mystères de la construction du métropolitain.

 

Pour L’Assiette au beurre, il réalise les numéros L’argent (N°. 41, 11 janvier 1902) et Religions (N°. 177, 20 août 1904) dont les dessins sont aujourd’hui dans les collections du musée d’Orsay. L’artiste déclarera plus tard en 1936, à Prague : « En tant que pauvre, j’ai vécu avec les pauvres, et c’est ainsi que sont nés mes dessins satiriques militants. Pourtant, même dans ces conditions, je me suis attaché à maintenir l’art du dessin à un haut niveau. »

 

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Frantisek Kupka, Les mystères de la construction du métropolitain ©Musée d'Orsay / Patrice Schmidt

Les mystères de la construction du métropolitain s’inscrit dans la lignée de ce travail d’illustrateur engagé. Eloigné de visions lumineuses des chantiers dominant la ville de manière panoramique, telles que Maximilien Luce a pu en peindre (Le chantier, 1911), Kupka donne dans Les mystères de la construction du métropolitain une vision infernale de la scène urbaine.
Les ouvriers travaillent d’une manière proche de celle des mineurs, loin de la lumière naturelle, dans un espace claustrophobique.

 

Le dessin documente l’un des épisodes les plus spectaculaires de la construction du métro de Paris, la construction de la première ligne sous-fluviale, la ligne Orléans-Clignancourt qui relie le Nord et le Sud de Paris, dont les travaux débutent en 1905.
Les techniques les plus modernes de construction de l’époque sont mises en oeuvre afin que les ouvriers puissent travailler à sec sous la Seine et incruster, au fur et à mesure, des sections tubulaires métalliques dans le sol, préalablement assemblées sur les rives. La perspective et l’éclairage en clair-obscur magistralement exprimé grâce au camaïeu de gris et aux ponctuations de blanc de plomb donnent l’impression d’un chantier immense, sonore et sans fin, avec des ouvriers qui travaillent sans répit à tous les niveaux de la construction.

 

Au premier plan, sont mis en valeur la pelle et le fossé, symboles du travail de cette terre non plus agricole mais industrielle et souterraine. Deux personnages verticaux dominent la troupe d’ouvriers courbés et en mouvement et surveillent un chantier complexe ; l’un d’eux, qui grimpe une échelle, n’est visible qu’à mi-corps et semble sortir d’un sous-marin, comme du Nautilus de Jules Verne (mort en 1905).
Héphaïstos modernes, les ouvriers forgent la matière de la ville de demain, dont ils modèlent l’anatomie souterraine au risque d’être littéralement engloutis par elle. Kupka donne un souffle épique aux travailleurs modernes qui évoque des pages de Hugo (les égouts de Paris dans Les Misérables par exemple) et de Zola, mêlant naturalisme et puissance visionnaire.

 

L’aspect social et politique de Kupka reste moins connu que sa peinture abstraite. Comme nombreux de ses contemporains, quelques soient leurs affinités avec un courant artistique, il témoigne des changements urbains et sociaux de son temps. La très grande qualité technique de ses dessins et leur complexité iconographique, la recherche de couleurs dans le dessin préparatoire, montrent l’attention qu’il portait à cet art.

 

Les mystères de la construction du métropolitain fait son entrée dans nos collections grâce à un don de M. Jean-Louis Milin, effectué par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay et de l’Orangerie.