Arts décoratifs

Alexandre Charpentier, Alexandre Bigot, Fontaine, Boiserie de salle à manger  ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

« À quel endroit et à quel prix le Louvre de l'avenir ira-t-il chercher la continuation de la section spéciale si riche en merveilles de toutes sortes, consacrée aux bronzes, à l'orfèvrerie, aux émaux, ivoires, etc. ? ». Ainsi s'interrogeait avec une rare prémonition, Léonce Bénédite, conservateur du musée du Luxembourg dans un article paru en 1892 dans la Gazette des Beaux-Arts.

Une place pour les arts décoratifs ?

La réponse n'est venue que bien plus tard, avec l'ouverture du musée d'Orsay en 1986. Consacré aux arts de la seconde moitié du XIXe siècle, doté d'un programme muséographique qui cherche à faire valoir les correspondances qui s'établissent dès le début du Second-Empire entre architecture, peinture, sculpture et arts décoratifs, le musée d'Orsay était bien destiné à offrir un prolongement naturel au Département des objets d'art du Louvre dont les collections s'étendent jusqu'à la fin du règne de Louis-Philippe.

 

Henry Van de Velde, Chaises ©Musée d'Orsay / Sophie Crépy
Henry Van de Velde, Chaises ©Musée d'Orsay / Sophie Crépy

Pourtant, lorsque la création du musée d'Orsay est décidée dans les années 1970, les collections d'objets d'art conservées par les musées nationaux français se révèlent trop modestes pour permettre la réalisation de cet ambitieux programme. Les œuvres commandées pour les palais impériaux ou les grandes administrations de l'Etat étaient le plus souvent restées en place et beaucoup d'autres avaient été détruites lors des combats de la guerre de 1870 ou des incendies ayant marqué la Commune de 1871.

 

Les collections d'arts décoratifs du musée d'Orsay furent donc constituées autour d'un premier ensemble issu de l'ancien musée du Luxembourg et de ses descendants et de quelques pièces provenant du musée du Louvre. Avant même l'ouverture du musée au public, dix années d'efforts ont été nécessaires, afin de recenser et de tenter de regrouper les autres œuvres disponibles appartenant à l'État et de mener une importante campagne d'acquisitions. C’est ainsi qu’à l’ouverture du musée mobilier, orfèvrerie, céramiques, émaux et verreries purent trouver leur place dans l’ensemble interdisciplinaire proposé au public.

Le musée du Luxembourg, la galerie du Jeu de Paume et le Musée national d'Art moderne

En 1818, Louis XVIII décide la création, dans le palais du Luxembourg à Paris, d'un musée dédié aux artistes vivants. A l'exception d'une présentation des productions des manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais entre 1874 et 1882, le musée du Luxembourg demeure longtemps fermé aux arts décoratifs. Le statut administratif de l'établissement explique en grande partie cette situation.

 

Le musée du Luxembourg dépendait en effet de la Direction des beaux-arts et non l'administration des Musées nationaux. Il a donc fallu attendre que les arts décoratifs soient admis dans les Salons annuels, à l'occasion desquels l'État achetait les œuvres destinées notamment au musée du Luxembourg. Cette introduction fut effective en 1891 pour le Salon de la Société nationale des Beaux-Arts et en 1895 pour celui de la Société des Artistes français.

 

Malgré quelques hostilités à l'entrée des arts "mineurs" au Luxembourg, une section d'objets d'art vint alors s'ajouter aux collections de peinture, sculpture et arts graphiques à partir de 1892. Cependant, l'absence d'un crédit spécial d'acquisition et l'exiguïté des locaux empêchèrent de donner à cette section l'importance souhaitée et d'y inclure les arts du mobilier.

 

Bien qu'accrue de dons d'artistes contemporains (comme un plat en grès donné par Jean-Charle Cazin en 1895, ou deux vases en verre donnés par Tiffany en 1919...) et de quelques rares dons d'amateurs (celui d'une série d'émaux peints par Charles Hayem en 1898 ou encore une tenture de Blanche Ory-Robin, donnée par Madame Stern en 1914...) la collection n'offrait qu'un choix très restreint.

 

Nombre d'artistes majeurs étaient absents, tels Hector Guimard ou Louis Majorelle, pour ne citer que des créateurs français. Hormis les quelques verreries de Tiffany citées plus haut, aucune place n'était faite aux artisans et décorateurs étrangers.

Le long purgatoire que connut l'Art nouveau, dès le début des années 1920, arrêta net tout accroissement de cette jeune section et conduisit rapidement à un premier démembrement de collections restées à l'état embryonnaire. Dès 1910, sans doute par manque de place, la cheminée de Dalpayrat fut envoyée en dépôt à Besançon. D'autres dépôts furent effectués par la suite, surtout à partir de 1931, à Marseille, Montpellier, Nantes ainsi qu’à Paris, au musée des Arts décoratifs.

Adrien Dalpayrat, Adèle Lesbros, Cheminée  ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans
Adrien Dalpayrat, Adèle Lesbros, Cheminée ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans

Des dons de David David-Weill et Jean Schmit en 1938, puis du frère d'Ambroise Vollard en 1943, ont tout de même permis l'entrée dans les collections nationales de poteries et bois sculptés de Gauguin. Au début des années 1970, une partie de ces objets trouveront leur place au musée de l'Impressionnisme, installé au Jeu de Paume depuis 1947.

 

Lorsque le musée national d'Art moderne, héritier de l'ancien musée du Luxembourg, ouvrit ses portes au Palais de Tokyo en 1937, il ne comportait aucune section d'art décoratif. Après l'envoi massif d'un grand nombre de céramiques aux musées de Sèvres et de Limoges, il n'y subsistait qu'un peu plus de 300 objets, datant principalement des années 1890 à 1914, qui plus tard seront reversés au musée d'Orsay.

 

À ceux-ci, s'ajoutèrent les dépôts de quelques dizaines de pièces : oeuvres d'artistes nés après 1870 et objets rentrés de dépôt en région. La plupart venaient aussi de l'ancien fonds du Luxembourg, notamment l'Histoire de l'eau par Henry Cros, œuvre revenue du musée d’art Et d’histoire de Narbonne.

1977-1986 : naissance d'une collection

La création du musée d'Orsay offrait une occasion unique de rassembler des oeuvres dispersées dans divers musées ou administrations, où elles étaient souvent peu accessibles au public : le Mobilier national, le Ministère des affaires étrangères, les musées-châteaux de Fontainebleau, Compiègne, et Malmaison, les musées du Louvre et de Cluny, etc. Plus d'une centaine de pièces ont ainsi pu être réunies, sans compter certains prêts de longue durée venant principalement du Conservatoire national des Arts et Métiers et du musée Christofle.

 

Ce travail de redéploiement, qui concerna plus d’une centaine d’œuvres, permit notamment d’enrichir la période comprise entre 1850 et 1880 de chefs-d ’œuvre de l’ébénisterie, comme le médaillier de Charles Guillaume Diehl, et de bronzes d’ameublement comme les candélabres de Charles Crozatier provenant du Palais des Tuileries.

Fourdinois et Fossey, Porte monumentale,  1878 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans
Fourdinois et Fossey, Porte monumentale, 1878 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans

Pour la période Art nouveau, l'apport le plus important, d'un intérêt exceptionnel, est la grande boiserie créée par Jean Dampt pour la comtesse de Béarn vers 1900-1906, ressorties des réserves du musée des Arts décoratifs, de même que le vitrail d’Albert Besnard et Henri Carot.

 

Une active politique d'acquisition a été conduite, dès la mise en place de la préfiguration du musée d'Orsay en 1977 afin de compléter les collections existantes. Elles se sont enrichies de près de 800 oeuvres, dont il est vrai, deux ensembles numériquement importants, mais d'intérêt plus documentaire : une centaine de moules d'orfèvrerie et modèles en plâtre de Carlo Bugatti, et plus d'une centaine objets provenant du fonds Eiffel, offerts par la famille Granet.

 

Les acquisitions les plus spectaculaires ont porté sur les créations des ensembliers (architectes, décorateurs, sculpteurs ou artisans) qui se sont fait les protagonistes de l'Art nouveau à travers toute l'Europe à partir des années 1890. Premier exemple d'une heureuse suite d'achats, une rare boiserie complète d'Alexandre Charpentier était préemptée en vente publique dès décembre 1977.

Alexandre Charpentier, Boiserie de salle à manger, entre 1900 et 1901  ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Alexandre Charpentier, Boiserie de salle à manger, entre 1900 et 1901 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Au fil des années, d'autres ensembles mobiliers remarquables sont venus combler les lacunes les plus criantes : œuvres d'Hector Guimard (1979),  mobilier de l’hôtel Aubecq par Victor Horta, œuvres de l’école de Nancy avec Louis Majorelle (1980), Emile Gallé et André Vallin (1982), meubles étranges de François-Rupert Carabin, ou encore pour le domaine étranger œuvres d’ Adolphe Loos (1983, appartement Turnowsky), de Gustave Serrurier-Bovy (1984), de Frank Lloyd Wright,  d'Otto Wagner, de Joseph Hoffmann et d'Henry Van de Velde (1986).

 

D'autres achats plus ponctuels de meubles ou d'objets complètent ce panorama de l'Art nouveau et témoignent de sa diffusion rapide en France : faïences et verreries d'Emile Gallé, vitraux de Jacques Gruber, grès de Jean Carriès  argenterie de Paul Follot, etc. Pour l'étranger, il y eut un vase d'Otto Eckmann, des sièges de Carlo Bugatti, un cabinet d'Ernest Gimson, des tentures de Charles Voysey, des orfèvreries de Joseph Hoffmann, des verreries de Koloman Moser...

 

De la période antérieure, des années 1850 à 1880, le musée a acquis une série de chefs-d'œuvre ayant figuré à une ou plusieurs exposition(s) universelle(s).  Le somptueux mobilier de toilette en argent offert en cadeau de mariage à la Duchesse de Parme et achevé en 1851 par l’orfèvre François-Désiré Froment-Meurice en est l’un des plus prestigieux exemples. Il y eut également un petit groupe d'œuvres anglaises, boiseries peintes, meubles, tentures, céramiques, argenterie qui rappellent le rôle joué par Augustus et Edward Pugin, William Morris et leurs disciples pour promouvoir une esthétique mieux adaptée à la vie moderne.

 

 (entre 1845 et 1851), Froment-Meurice, François-Désiré|Duban, Félix|Feuchère, Jean|Geoffroy-Dechaume, Adolphe Victor|Liénard, Michel|Sollier, E.|Grisée, Louis Joseph|Meyer-Heine, Jacob
(entre 1845 et 1851), Froment-Meurice, François-Désiré|Duban, Félix|Feuchère, Jean|Geoffroy-Dechaume, Adolphe Victor|Liénard, Michel|Sollier, E.|Grisée, Louis Joseph|Meyer-Heine, Jacob, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

 

Au sein de ces acquisitions, les donations, près de 190 œuvres, occupent une place de choix : amis d'Orsay, héritiers de commanditaires, collectionneurs, antiquaires, galeries d'art, ont puissamment contribué à l'accroissement rapide des collections. Trois donations prestigieuses ont fait entrer successivement un exceptionnel vitrail de Louis Comfort Tiffany d'après Henri de Toulouse-Lautrec (don Henry Dauberville et ses enfants Béatrice et Guy-Patrice, 1979), une cinquantaine de fontes artistiques d'Hector Guimard (don de Mme de Menil, 1981) et un rare mobilier blanc de Charles Rennie Mackintosh (don de Michel David-Weill, 1985).

 

Enfin un hommage particulier doit être rendu aux descendants d'artistes qui ont accepté de se séparer d'oeuvres longtemps gardées dans leur famille : donation Auscher, Boule, Bourgogne, Dufresne de Saint-Léon, Guilleminault, Haguenauer et Humblot, Hirtz, Lomon-Hawkins, Ruprich-Robert et Saint Saulieu.

Henri de Toulouse-Lautrec, Au Nouveau Cirque, vers 1894  ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Gérard Blot
Henri de Toulouse-Lautrec, Au Nouveau Cirque, vers 1894 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Gérard Blot

Depuis 1986 : approfondissement et nouvelles conquêtes

Ainsi, à son ouverture en décembre 1986, l'inventaire des collections d'arts décoratifs du musée d'Orsay comptait plus d'un millier de pièces et était complété par un peu moins d'une centaine d'œuvres déposées par d'autres établissements. La politique d'acquisition se poursuit depuis afin d'offrir au public un panorama toujours plus complet de la seconde moitié du XIXe siècle dans le domaine des arts décoratifs. Les collections ont pu bénéficier en cela du système de dation qui autorise le paiement des droits de succession par la remise d'œuvres d'art. Par ce moyen, des pièces exceptionnelles telles que le pot couvert Eaux dormantes d’Emile Gallé (1995) ou la lampe Nénuphar de Louis Majorelle et Daum Frères (1996) entrèrent au musée.

 

Pour ses achats, le musée s'est orienté à partir des années 1990 vers la production de pays encore mal représentés tels que l'Allemagne, les pays scandinaves ou d'Europe centrale afin de suggérer toute la diversité de la création au cours de la période de l'histoire de l'art couverte par le musée.

 

Cette politique d’enrichissement des collections permet au musée d’Orsay de proposer un panorama presque complet de la production du courant Art nouveau en Europe et aux États-Unis. Ces « écoles étrangères » sont présentées depuis 2011 au pavillon Amont et font pendant aux salles du médian Seine, dévolues aux écoles françaises et belge.

 

Depuis le milieu des années 2000, le musée cherche à compléter cette présentation unique au sein d’une même institution. Ont ainsi rejoint récemment les collections des œuvres représentatives de l’Art nouveau néerlandais dues à Joan C. Altorf et à la manufacture Rozenburg, ou encore quelques œuvres complémentaires aux écoles déjà bien représentées, ainsi pour l’école anglaise la tapisserie L’adoration des mages par Morris d’après Edward Burne-Jones, donnée par M. P. Bergé  ou tout récemment, grâce à la générosité de la SAMO, le vitrail représentant le prophète Enoch, là encore dû aux ateliers Morris sur un dessin d’Edward Burne-Jones. De même le domaine scandinave a été renforcé par l’acquisition d’œuvres d’Akseli Gallen-Kallela, d’Eliel Saarinen et de Lars Kinsarvik.

Lars Kinsarvik, Fauteuil, vers 1900  ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Lars Kinsarvik, Fauteuil, vers 1900 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Les courants et artistes historiquement présentés au musée d’Orsay n’ont pas été négligés pour autant. Concernant la période allant des années 1850 à la fin des années 1880, les acquisitions furent nombreuses et visèrent avant tout à offrir un panorama plus large des arts décoratifs français, à mesure qu’ils connurent un regain d’intérêt de la part des historiens d’art et du public. Ainsi, les œuvres des grandes maisons comme Christofle & Cie et Barbedienne, qui incarnèrent l’alliance tant recherchée des arts et de l’industrie durant cette période, constituent toujours un axe important d’enrichissement des collections, aux côtés d’œuvres comme la jardinière émaillée conçue par le peintre James Tissot, qui témoignent de conditions de production et de réseaux de diffusion radicalement différents.

 

Deux fonds de référence d’artistes iconiques de l’Art Nouveau ont également pu être complétés, ainsi l’achat en vente publique de l’étonnant dragon héraldique (2019) ou de la lampe perce-neige (2018) d’Emile Gallé et l’achat auprès des descendant de l’artiste d’un ensemble de meubles de Serrurier-Bovy, dont deux pièces de la série « silex » (2019).

 

Le musée a également souhaité ouvrir ses collections aux arts décoratifs des années 1910, période bien particulière qui suit le déclin du courant Art nouveau et préfigure le style international de l’entre-deux-guerres et l’Art déco. Le deuxième niveau du pavillon Amont est dévolu à cette période ; les collections d’arts décoratifs y dialoguent avec des peintures et des sculptures. Sont ainsi entrées dans les collections des œuvres de Maurice Dufrêne ou encore du mobilier de Paul Follot, acquis notamment lors de la dispersion du contenu de son hôtel parisien en vente publique en 2011, comme le prestigieux cabinet en bois doré ou la paire de chaises à la corbeille de fruits. Le musée a également acquis, dans le même ordre d’idée, une bergère d’Adrien Karbowsky pour Jacques Doucet (2008) et une autre bergère, œuvre de jeunesse d’Emile Ruhlmann (2014).

 

Enfin, sans la générosité privée qui ne s'est jamais démentie, des œuvres prestigieuses ne se trouveraient pas aujourd'hui dans les collections du musée d'Orsay. Parmi celles-ci, nous pouvons citer La main aux algues et aux coquillages (1990), le flacon Raisins mystérieux (1998) et plus récemment deux autres vases sur les thèmes de la vigne et de la mer (2018), offerts par les descendants d'Emile Gallé dont la générosité renouvelée permet de conforter la place de cet artiste d’exception au sein des collections, mais aussi la Fontaine-lavabo de François-Rupert Carabin (2003) offerte par la Société des Amis du musée d'Orsay ou l'incroyable donation Rispal (2005) consacrée à l'Art nouveau et riche de 250 pièces. Le magistral écritoire d’Henry Van de Velde exposé à la sécession munichoise  fut acquis en vente publique en 1990 grâce à un mécénat du Crédit Lyonnais, tandis que l’écritoire de dame du même artiste rejoignit les salles du musée grâce au don du journal japonais Mainichi en 1995. Tout récemment, au début de l’année 2020, le musée a reçu en legs un important ensemble d’œuvres du céramiste Taxile Doat.

Emile Gallé, Raisins mystérieux, 1892  ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Emile Gallé, Raisins mystérieux, 1892 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Cette collection unique est largement présentée au public : pour le début de la période, de nouveaux espaces d’exposition ouvriront début 2022 pour mettre à l’honneur chacune de ces œuvres complexes et virtuoses. Chefs-d’œuvre des expositions universelles, témoins des inspirations japonaises et orientales ou de l’apogée des néo-styles, elles prendront place dans ce nouvel écrin situé au sein des espaces historiques de l’hôtel d’Orsay. La collection Art nouveau belge, parisienne et nancéenne est déployée dans la partie Amont du médian Seine ; ainsi que les séquences consacrées au modernisme catalan et au style Liberty italien. Le pavillon Amont regroupe depuis 2011 les écoles du Nord et de l’Est de l’Europe ainsi que les arts décoratifs français des années 1910.

 

Enfin, depuis les origines de la création du musée d’Orsay, le cabinet d’arts graphiques regroupe un fonds de dessins relatifs aux arts décoratifs et à l’architecture. Initialement, environ soixante-dix dessins d'architecture et d'arts décoratifs (les dessins d'architecture de Viollet-le-Duc, de Victor Baltard ou de Charles Garnier par exemple) ont été transférés à Orsay. Cette collection a bénéficié d’une politique d’enrichissement continue. Dans le domaine spécifique des arts décoratifs, les acquisitions ont surtout porté sur la fin de la période et le mouvement Art nouveau. Dans le domaine français, deux artistes majeurs, Hector Guimard et Emile Gallé sont particulièrement présents dans le fonds grâce à deux dons exceptionnels. En mai 1986, le petit-fils d'Emile Gallé, M. Jean Bourgogne et son épouse donnèrent au musée l'ensemble des dessins, photographies et manuscrits restés en leur possession : plus de mille cinq cents documents, inédits pour la plus grande part.

Emile Gallé, Coquelicot, entre 1863 et 1930  ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / RMN
Emile Gallé, Coquelicot, entre 1863 et 1930 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / RMN

Puis, en 1995, arrivent plus de deux mille documents provenant de l'agence d'Hector Guimard, découverts en 1968 dans une remise de jardinier du domaine de Saint-Cloud par deux étudiants en architecture à l'Ecole des beaux-arts, Alain Blondel et Yves Plantin, passionnés par le travail de l'architecte, dont les œuvres avaient déjà connu une large destruction. Plans, élévations, tirages, dessins, calques, esquisses et épures d'exécution illustrent l'ensemble des activités de l'artiste dans les domaines de l'architecture, du mobilier et dans tous les éléments du décor intérieur, permettant de suivre tout le processus créatif d'œuvres majeures telles le Castel Béranger, le Castel Henriette, la salle Humbert de Romans, le métropolitain, l'hôtel Nozal. 

 

Par ailleurs, en 1997, le musée a eu la rare opportunité de pouvoir acquérir un exceptionnel ensemble de dessins illustrant la carrière de trois grands architectes viennois émules d'Otto Wagner, l'un des créateurs de la Sécession. Les quarante deux planches dues à Otto Schönthal, Emil Hoppe et Marcel Kammerer, comprennent à la fois des projets d'école réalisés dans l'atelier de Wagner, leurs participations aux concours, ainsi que des dossiers complets sur des édifices construits et de première importance comme la villa Vojcsik et le grand hôtel Wiesler de Graz. Ce riche ensemble vient apporter un impressionnant contrepoint architectural aux mobiliers d'Otto Wagner, Josef Hoffmann, Adolf Loos et aux créations des Wiener Werkstätte.