Peintures

Arrangement en gris et noir n°1, dit aussi Portrait de la mère de l'artiste (en 1871), Whistler James Abbott Mac Neil (1834-1903) peintre,, Whistler, James Abbott McNeill
James Abbott McNeill Whistler, Arrangement en gris et noir n°1, dit aussi Portrait de la mère de l'artiste (en 1871)
musée d'Orsay, acquis de l'artiste par l'Etat pour le Luxembourg,1891
©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Les origines : le musée du Luxembourg

Les origines des collections de peinture du musée d'Orsay remontent au musée du Luxembourg fondé en 1818 par Louis XVIII afin d'accueillir les œuvres d'artistes vivants. Le système prévoit que dix ans après la mort de l'artiste, les œuvres dont "l'opinion universelle a consolidé la gloire" soient transférées au Louvre, les autres étant reversées à d'autres institutions ou administrations. 

 

Gustave Le Gray, Salon de 1852  ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Gustave Le Gray, Salon de 1852 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Dans un premier temps, les collections du musée du Luxembourg sont presque exclusivement constituées par des achats au Salon. Elles reflètent donc le goût officiel de l'époque faisant la part belle à la peinture d'histoire, aux portraits et aux paysages classiques, selon une hiérarchie des genres bien établie. 

 

Jusqu'aux années 1880, le musée du Luxembourg demeure donc fermé aux recherches les plus neuves. Courbet et Millet, par exemple, n'y seront pas exposés de leur vivant. Il faudra les efforts conjugués des artistes, de leur famille, des collectionneurs et de certains fonctionnaires pour que l'art contemporain fasse enfin son entrée dans les collections nationales françaises.

L'avant-garde au musée du Luxembourg : du réalisme à l'impressionnisme

C'est d'abord la générosité privée qui permet l'ouverture des musées français aux peintres les plus novateurs.
Offert par la sœur de l'artiste, Un enterrement à Ornans de Courbet, entre au Louvre en 1881. Viennent ensuite Le Printemps de Millet donné par Mme Hartmann en 1887 et Des glaneuses, du même artiste, donné par Mme Pommery en 1890, ou encore la collection d'Alfred Chauchard, riche d'un formidable ensemble de tableaux de l'école de Barbizon, dont le célèbre Angélus de Millet, en 1909. Mais la seconde moitié du XIXe siècle est également marquée par l'influence grandissante du couple critiques-marchands dans le monde de l'art.

Des glaneuses dit aussi Les glaneuses, Millet, Jean-François
Jean-François Millet, Des glaneuses, 1857 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans

Le système traditionnel des Salons et du mécénat n'est plus adapté à l'expansion du marché de l'art et la notoriété des artistes dépend de plus en plus des avis des critiques et des choix des marchands. Ce changement favorise le développement des nouvelles écoles et leur reconnaissance.

Ainsi, en 1890, un groupe de souscripteurs animé par Monet parvient-il à faire entrer au Luxembourg l'Olympia de Manet, pourtant mort en 1883. Cependant, cette évolution des mentalités ne se fait pas sans mal, comme en témoigne l'épisode du legs Caillebotte.

Olympia (détail), Edouard Manet, Manet, Edouard
Edouard Manet, Olympia, 1863 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

À sa mort, en 1894, ce peintre, ami et mécène des impressionnistes lègue sa collection à l'État. Celle-ci regroupe plus d'une soixantaine de tableaux de Degas, Manet, Cézanne, Monet, Renoir, Sisley, Pissarro ou encore Millet. Face à l'accueil mitigé de l'administration des Beaux-Arts, les exécuteurs testamentaires, dont Renoir, entendent faire respecter la volonté de Caillebotte. Celui-ci souhaitait que toutes les œuvres de son legs soient exposées et non pas reléguées dans les réserves. Les discussions vont durer près de deux ans avant qu'un accord ne soit signé en février 1896 : les musées nationaux retiennent quarante œuvres seulement mais s'engagent formellement à les exposer. Malgré ces difficultés et la protestation officielle de l'académie des Beaux-Arts, le legs Caillebotte permet l'entrée en force des impressionnistes au musée du Luxembourg.

 

À la même époque, l'État commence également à acquérir des œuvres d'artistes plus modernes. On peut citer les achats du Pauvre pêcheur de Puvis de Chavannes en 1887, Un atelier aux Batignolles de Fantin-Latour et les Jeunes filles au piano de Renoir en 1892 ou encore La famille du peintrede Carrière en 1896.

 

Dans les années suivantes, c'est encore grâce aux dons venant d'héritiers d'artistes ou de grands collectionneurs que le fonds des impressionnistes s'enrichit. Ainsi entre 1883 et 1927, Etienne Moreau-Nélaton effectue plusieurs dons et legs qui permettent notamment l'entrée dans les collections nationales du Déjeuner sur l'herbe de Manet. En 1911, Isaac de Camondo fait un legs comprenant quatre des Cathédrales de Monet.

 

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Aristide Maillol, Le Pauvre Pêcheur, 1881 ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

La peinture française n'est pas la seule à bénéficier de cette évolution. A la fin du XIXe siècle, le musée du Luxembourg s'ouvre aux écoles étrangères, avec en particulier la Nuit d'été de Winslow Homer et La mère de Whistler. La section étrangère devient finalement assez importante pour constituer un musée indépendant au Jeu de Paume en 1922. En 1929, c'est toute la section impressionniste qui est transférée au musée du Louvre.

Le musée d'Art moderne et le musée du Jeu de Paume

En 1937, le musée du Luxembourg est remplacé par le musée d'Art moderne, situé dans le nouveau Palais de Tokyo, qui vient d'être construit pour l'Exposition internationale. Son programme commence avec le néo-impressionnisme (sans Seurat), l'école de Pont-Aven (sans Gauguin) et les Nabis.

 

Avec la réorganisation du Louvre, les collections impressionnistes déménagent à nouveau en 1947. C'est dorénavant le musée du Jeu Paume qui les accueille. On y retrouve des œuvres de Boudin à Seurat, ainsi que celles de Toulouse-Lautrec ou du douanier Rousseau. Dans cette période d'après-guerre, les collections s'enrichissent grâce à une active politique d'acquisitions permettant en particulier des dons des artistes. Les moyens financiers un peu plus importants, l'aide des Amis du musée du Louvre et la générosité privée vont permettre d'effectuer quelques acquisitions indispensables, notamment des tableaux de Seurat, Cézanne ou Redon.

La Charmeuse de serpents, Rousseau, Henri
Henri Rousseau, La Charmeuse de serpents, 1907  © Musée d'Orsay / DR

L'engouement grandissant du public pour les impressionnistes rend progressivement le Jeu de paume trop exigu pour présenter les œuvres dans des conditions de confort et de sécurité satisfaisantes. La décision d'installer dans la gare d'Orsay un musée consacré à l'art de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle intervient en 1977. Ce projet résout par la même occasion le problème posé la même année par l'installation du musée d'Art moderne au Centre Georges Pompidou : il fallait trouver une destination aux œuvres  qui n'entraient plus dans le programme du nouveau musée (école de Pont-Aven, néo-impressionnisme et nabis).

 

Le musée d'Orsay regroupe donc les collections dispersées du Jeu de Paume, celles laissées au Palais de Tokyo par le musée d'Art moderne et qui y furent présentées de 1977 à 1986 en "préfiguration du musée d'Orsay", enfin les œuvres  du Louvre datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Ainsi réunies, ces collections n'auraient cependant pas suffi à rendre compte des complexités d'une époque exceptionnellement féconde.

Politique d'acquisition du musée d'Orsay

Dès 1978, une politique d'acquisition est donc mise en oeuvre. Des tableaux qui avaient été dispersés dans toute la France à la fermeture du musée du Luxembourg font l'objet de retour de dépôts, donnant parfois lieu à des échanges pour ne pas porter préjudice aux musées qui les conservaient depuis de longues années. Ces retours renforcent ainsi la peinture réaliste des années 1848-1850, la fin du romantisme, l'éclectisme du Second Empire et l'art officiel de la Troisième République.

Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour, Sérusier, Paul
Paul Sérusier, Le Talisman, 1888 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le second souci fut de compléter, d'équilibrer, de renforcer les collections afin de représenter au mieux l'ensemble de cette période, particulièrement fertile, de l'histoire de l'art. En 1985, est par exemple acquis Le Talisman de Sérusier qui complète une suite de dons prestigieux d'œuvresde Bonnard et de Redon. Les séries de toiles néo-impressionnistes ou de l'école de Pont-Aven des collections du musée montrent la générosité des descendants d'artistes ou des grands collectionneurs.

 

Par ailleurs, le musée d'Orsay a pu dès son origine bénéficier du système de dation, permettant de s'acquitter de droits de succession par la remise d'une œuvre. Des tableaux des plus grands peintres ont pu ainsi rejoindre les collections au fil des ans. Parmi ceux-ci figurent notamment : le Portrait de Marcel Proust de Blanche (1989) ; de Boldini, Scène de fête (2010) ; de Bonnard, les quatre Femmes au jardin (1984) et L'après-midi bourgeoise (1988) ; cinq grands formats de Bouguereau (2010) ; de Cézanne, plusieurs Baigneurs et La Tentation de Saint Antoine (1982), L'Avocat et un Portrait de Madame Cézanne (1991), Le Christ aux limbes (2005) et le grand Paysan assis (2009) ; de Courbet, Femme nue au chien (1979), L'Origine du monde (1995) ; deux pastels de Danseuses de Degas (1979 et 1997) ; de Denis, Le menuet de la Princesse Maleine(1999), Paysage aux arbres verts (2001) ; de Manet, Combat de taureaux (1976), L'évasion de Rochefort (1984) ; Luxe, calme et volupté de Matisse (1985) ; de Monet, La rue Montorgueil (1982), Le déjeuner sur l'herbe (1987), Effet de vent (2002) ; un ensemble de quinze oeuvres de Redon (1988) ; de Renoir, Danse à la ville (1978), Julie Manet  (1999), Le poirier d'Angleterre (2012) ; de Vuillard, Femme de profil (1990), Intérieur (2001)... En tout, plus d'une centaine de tableaux et pastels sont entrés par dation dans les collections du musée depuis sa création.

Le Poirier d'Angleterre ou Le Verger à Louveciennes, Renoir, Auguste
Auguste Renoir, Le Poirier d'Angleterre, 1873 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Pour les achats, un effort particulier est porté sur la présence des écoles étrangères avec Rosiers sous les arbres de Klimt (1980), La Roue de la Fortune de Burne-Jones (1980), Nuit d'été à Aagaardstrand de Munch (1986), Départ pour la pêche de Mondrian (1987), Repos de Hammershoi (1996), Vue de Capolago de Giovanni Giacometti (1997) ou Paysage de neige de Amiet (1999). Plus récemment encore, notons l'achat de Au conservatoire d'Ensor (2009), venu combler une regrettable/fr/oeuvres/128544 lacune au sein des collections de peintures étrangères, ou encore celui de L'expulsion du Paradis de Von Stuck (2012).

L'Expulsion du Paradis, Stuck, Franz von
Franz von Stuck, L'Expulsion du Paradis, 1890 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le musée d'Orsay a également eu la possibilité depuis 1986 d'acquérir à titre onéreux des œuvres de quelques-uns uns des plus grands peintres français de sa période. Parmi celles-ci, nous pouvons citer : Le garçon au chat de Renoir (1992) ; Portrait de l'artiste au Christ jaune de Gauguin (1994) ; [lien:bccdffa3c36472c546d2f0a589e07c3eea0af5a10198ddac74f4c093]B de Manet (1998) ; [/lien]Galatée de Gustave Moreau (1997) ; Portrait de Paul Ranson en costume nabi de Sérusier (2004) ; un exceptionnel portrait collectif de Tissot, Le Cercle de la rue Royale (2011). Citons également Femmes à leur toilette de Vallotton (2011), qui fut l'un des principaux membres du groupe nabis, au même titre que Maurice Denis dont La Dame au jardin clos a été achetée en 2012...

Le Cercle de la rue Royale, Tissot, James
James Tissot, Le Cercle de la rue Royale, 1868 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Les salles de ventes ou les galeries peuvent également offrir l'opportunité d'acquérir des œuvres qui intègrent ainsi définitivement les collections nationales. Terminons donc par l'évocation de quelques uns des achats effectués ces toutes dernières années et que les visiteurs peuvent aujourd'hui admirer sur les cimaises du musée : Misia à sa coiffeuse de Vallotton (2004), Réception de Grand Condé par Louis XIV de Gérôme (2004), Le bûcheron de Hodler (2005), Soir d'octobre de Maurice Denis (2005).

 

Enfin, les libéralités accordées au musée d'Orsay demeurent aujourd'hui l'une des sources principales de l'enrichissement des collections. Chaque année, des œuvres majeures sont acquises grâce aux différents dons, donations ou legs.

 

C'est avec la participation de Georges D. Havas qu'ont pu être financés les achats de L'enfance de Sixte-Quint de Gustave Moreau (2009) et du Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects de Maurice Denis (2010). Pour ce portrait, jalon essentiel dans l'histoire du symbolisme, le musée d'Orsay a également pu s'appuyer sur les arrérages d'une donation anonyme canadienne et sur la participation du Fonds du patrimoine. Citons également en exemple l'exceptionnelle donation Meyer, effectuée sous réserve d'usufruit en 2000 et qui rassemble aujourd'hui dans un espace dédié des tableaux de Bonnard, Vuillard, Cézanne, Seurat, Degas, Fantin-Latour, Monet, Manet, Hammershoi et Mondrian. Cet ensemble fut encore complété en 2009 avec le don de La symphonie pastorale de Bonnard par la Fondation Meyer.

 

Une autre donation historique a été signée début 2011, sous réserve d'usufruit, composée de 141 œuvres nabies. Ce geste d'une grande générosité permet au musée d'Orsay de s'affirmer encore plus comme l'institution de référence pour des artistes tels que Vuillard et Bonnard.

Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, Denis, Maurice
Maurice Denis, Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897 ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Loin d'être figées dans l'héritage reçu des musées du musée du Luxembourg ou du Louvre, les collections de peintures du musée d'Orsay sont donc en constante évolution. Les dons, les dations, les achats, permettent, années après années, de maintenir vivantes les collections : tous départements confondus, le musée d'Orsay a pu acquérir pour l'équivalent de plus de 20 millions d'euros d'oeuvres d'art en 2009 et encore 14 millions d'euros en 2010.

 

Ainsi, le public se voit proposer une image toujours plus complète, en permanence renouvelée, d'une époque foisonnante et variée, l'une des plus créatives de l'histoire de l'art.

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