Musée d'Orsay: Edouard le magnifique

Edouard le magnifique

Frédéric Mitterrand
1997
1h15
Français

Les toutes premières années du siècle sont marquées par l'apparition d'un outsider royal particulièrement doué qui donne l'impression que le vieux système peut se prolonger lorsqu'il est entre des mains si compétentes et si aimables alors qu'il va au contraire en précipiter le déclin sans avoir le temps de dessiner un système de remplacement.

Edouard VII, le nouveau roi d'Angleterre est universellement sous-estimé lorsqu'il succède à sa mère Victoria. C'est un homme déjà âgé, avec la réputation de n'avoir jamais songé qu'à ses plaisirs et à ses amusements. Or il s'agit en fait d'un homme à la fois subtil et bienveillant, brillamment secondé par une épouse à l'esprit large, la très belle Alexandra qui ne se préoccupe pas de politique sauf pour se plaindre du Kaiser Guillaume, dont elle désapprouve l'arrogance, et pour plaider la cause des Romanov de Russie à laquelle elle se sent très liée, la tsarine mère, Maria Féodorovna étant sa soeur bien-aimée.

Lorsqu' Edouard monte sur le trône d'Angleterre, son neveu le Kaiser Guillaume ne tarde pas à démasquer quelques uns de ses dangereux penchants, n'étant plus tenu par l'affection qu'il vouait à sa grand-mère Victoria mais au contraire aiguillonné par la jalousie qu'il éprouve à l'encontre d'Edouard. Le Kaiser approuve en effet toutes les provocations auxquelles se livre le groupe des gros industriels allemands qui ont partie liée avec les militaires, et ne rêve que de nouveaux marchés et de routes maritimes arrachés au contrôle de l'Angleterre. Ainsi, très vite, Allemagne et Angleterre se retrouvent entraînées dans une rivalité navale où s'aigrissent un peu plus les mauvaises relations entre l'oncle et le neveu. L'orgueil démesuré du Kaiser, aiguillonné par l'ambition de son propre fils le séduisant mais ténébreux Kronprinz, lui fait accumuler les provocations qui conduisent le roi Edouard à chercher de nouveaux alliés pour l'Angleterre. Or Edouard sait aussi que l'ancien système monarchique ne fait que se survivre, et que c'est la démocratie qui tient les clés d'une pratique moderne de la politique, comme en témoigne le contrôle étroit que la classe politique anglaise exerce sur ses initiatives. Une raison de plus pour qu'il incline à se rapprocher de la République Française que les princes d'Europe traitent avec la condescendance qu'on réserve à une pauvre fille agréablement dépravée.

Edouard est l'architecte de l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre, malgré le lourd contentieux colonial, et il se rapproche aussi de la Russie des Romanov, selon les souhaits à peine dissimulés de son épouse Alexandra qu'il aime tendrement tout en ayant beaucoup de choses à se faire pardonner d'elle. Ainsi le système monolithique de la famille des rois est maintenant celui d'un balancement d'alliances, où le bloc à dominance germanique de l'Allemagne, de l'Autriche Hongrie et d'une très ondoyante Italie se trouve encerclé par l'entente cordiale de l'Angleterre, de la France républicaine et de la Russie absolutiste, tant les nationalismes prennent déjà le pas sur les formes institutionnelles des Etats. Mais ce sont encore des temps de prétendue belle époque où Edouard, homme de paix autant que diplomate chevronné, ne désespère pas de raisonner son turbulent neveu en usant de l'influence de l'Empereur d'Autriche François-Joseph qu'il rencontre durant ses cures d'été à Marienbad et où les affrontements des puissances gardent encore l'apparence paisible des régates et des courses-poursuite en famille.

Il suffira d'une étincelle pour révéler à chacun des protagonistes à quel point les règles du jeu ont changé et comme il est dangereux de ne pas savoir maîtriser les nouvelles. Cette étincelle c'est le Kaiser Guillaume qui la souffle au tsar en lui conseillant de régler ses problèmes intérieurs en reprenant l'expansion vers le Pacifique, le plus loin possible du théâtre européen.



Edouard le magnifique
AnonymeEdouard VII, roi d'Angleterrevers 1901Epreuve argentique contrecollée sur cartonH. 7,4 ; L. 4,2 cmRMN (Musée d'Orsay)

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