Musée d'Orsay: Le malheur russe

Le malheur russe

Frédéric Mitterrand
1997
1h15

Qui est responsable du déclenchement de la guerre russo-japonaise dont les conséquences vont s'avérer désastreuses pour l'empire des Romanov ? A priori, les premiers fauteurs de guerre sont les japonais qui convoitent la Corée, la Mandchourie et le nord de la Chine depuis que cinquante ans plus tôt, ils ont rompu avec un système refermé sur lui-même et se sont alignés sur les modèles occidentaux d'expansion. Les japonais se heurtent en effet à l'influence russe qui cherche de nouveaux ports libres de glace sur le Pacifique et appuie les compagnies de chemin de fer ainsi que les puissants industriels de Saint-Petersbourg. Les Japonais attaquent sans prévenir la base russe de Port-Arthur en janvier 1904. Mais la politique russe s'est aussi révélée bien imprudente, refusant avec arrogance l'hypothèse d'un défi lancé par l'empire du Soleil Levant. Bien plus, le ministre Plehve, maître d'oeuvre d'un gouvernement particulièrement réactionnaire, semble avoir souhaité une guerre punitive expéditive pour écraser les dernières velléités d'opposition intérieure. La guerre qui suscite un premier élan de nationalisme russe tourne rapidement à la catastrophe. Vaincue, la Russie se trouve isolée sur la scène internationale : l'Angleterre est furieuse de l'incident naval ayant opposé une flottille de pêcheurs à l'escadre russe et l'Allemagne se réjouit sans l'avouer de voir l'ours russe empêtré si loin de l'Europe.

Cependant la guerre et la défaite entraînent des conséquences plus redoutables encore pour la dynastie des Romanov. Une révolution inorganisée se déclenche après le dimanche sanglant de janvier 1905 où l'armée a tiré sur une foule pacifique venue adresser des suppliques au tsar. L'enchaînement des soulèvements et des répressions s'aggravant constamment, Nicolas II est contraint d'accorder une amorce de constitution et l'élection d'une assemblée, la Douma. Ces concessions n'arrêtent pas le processus révolutionnaire et c'est un inconnu, le nouveau premier ministre Stolypine qui stabilisera finalement la situation en maintenant le programme de réforme, associé à un brutal retour à l'ordre.

Les convulsions russes réveillent les ambitions du Kaiser Guillaume qui provoque la France au Maroc et poursuit sa politique d'armement maritime insupportable à l'Angleterre. L'Autriche-Hongrie n'est pas en reste : Vienne profite des difficultés russes pour annexer la Bosnie-Herzégovine et contrecarrer les menées slaves dans les Balkans. Cette agitation politique générale s'accomplit sans prendre garde au signal d'alarme des émeutes populaires calquées sur la révolution russe qui s'emparent de Budapest, Vienne et Berlin. Le sage Edouard d'Angleterre et la prudente République Française tenteront de ramener la Russie dans le concert des nations européennes pour rétablir l'équilibre. Mais ils ignorent encore que les Romanov sont touchés au coeur par un mal insidieux, celui du tsarévitch hémophile Alexis qui vient de naître. La situation générale est si imprévisible que d'autres révolutions éclatent au Portugal et à Constantinople.



Le malheur russe
AnonymeAlexis, tsarévitch de Russievers 1900Epreuve argentique contrecollée sur cartonH. 7,4 ; L. 4,2 cm Don de la Fondation Kodak-Pathé, Vincennes, 1983© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay)

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