Musée d'Orsay: Un monde au crépuscule

Un monde au crépuscule

Frédéric Mitterrand
1997
1h15

La fin de la première décennie du siècle parait paisible après la tourmente qui s'était élevée en Russie, menaçant tout l'équilibre politique et social européen. L'empire des Romanov se relève à une vitesse stupéfiante grâce à la politique imaginative de Stolypine qui entreprend de faire monter une vaste classe de paysans propriétaires destinée à enraciner un régime impérial conservateur mais semi-parlementaire. Cette période permet à la famille Romanov de retrouver un calme relatif où fleurisse ses vertus privées et de renouer, lors d'une visite officielle en France et en Angleterre, les liens de l'entente cordiale. Ce retour à un relatif équilibre est favorisé par l'affaiblissement politique du kaiser Guillaume dont les écarts de langage insupportent l'opinion publique et qui se trouve mêlé au scandale de moeurs précipitant la chute de son favori le prince d'Eulenbourg. Trahi par son chancelier Von Büllow, méprisé par la classe politique, brocardé par la presse internationale, Guillaume adopte un profil bas et tente de renouer avec son oncle, Edouard VII.

Cependant, la lente montée des nationalismes en Autriche-Hongrie et la vieillesse de l'empereur François-Joseph entraînent un dangereux pourrissement de la situation politique dans les Balkans, réveillant la rivalité entre les Habsbourg et les Romanov pour le contrôle de petits états, rendus ivres d'ambition par l'accélération de la décadence turque.

La mort du roi Edouard dont le successeur Georges V n'a ni le caractère, ni l'ambition, entraîne un affaiblissement du rôle d'arbitre de l'Angleterre dans les affaires européennes tandis que la France, une seconde fois humiliée par l'Allemagne au Maroc se laisse gagner par une fièvre de revanche nationaliste. Mais le plus grave se déroule à nouveau en Russie. L'assassinat du ministre Stolypine replonge la famille Romanov dans l'isolement. Il n'est remplacé que par des ministres sans envergure qui se montrent incapables de résister aux tentations d'un retour en arrière de la cour impériale et d'une fuite en avant des sociétés industrielles russes. Ce lent dérapage de l'ancien monde des souverains, à l'écart des réalités économiques et sociales nouvelles est encore imperceptible, mais il va connaître une accélération avec la maladie du tsarévitch qui conduit l'enfant aux portes de la mort à l'automne 1912, achevant de faire perdre la raison à la tsarine et de mettre la famille impériale sous l'influence de l'illuminé ambitieux et retors Raspoutine. Il ne manque plus qu'une étincelle dans la poudrière des Balkans, comme l'avait prédit Bismarck en son temps, pour mettre le feu à une Europe où le système de la famille des rois ne fonctionne plus face aux nouveaux enjeux politiques. Pour l'instant l'opinion publique en est encore à s'attendrir du somptueux mariage d'amour de l'archiduc Charles Habsbourg et de la princesse Zita de Bourbon Parme, promesse de la paix des traditions et de l'avenir de la jeunesse dans une trop vieille Europe…



Un monde au crépuscule
Tony Szirmai (1871-1938)Georges V et Mary1911Plaquette biface en bronzeH. 7,5 ; L. 5,2 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay)

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