Musée d'Orsay: La machine infernale

La machine infernale

Frédéric Mitterrand
1997
1h15
Français

A la veille de la guerre de 1914, l'Europe semble avoir surmonté plusieurs crises dont le dénouement aurait pu être fatal sans la volonté de paix de l'empereur Guillaume. Deux guerres balkaniques ont eu raison des possessions turques en Europe au profit des petits états belliqueux de la région. L'influence russe en est sortie renforcée par le biais de la Serbie, désormais ivre d'expansion au détriment de l'Autriche-Hongrie. La dynastie Habsbourg ne dispose plus que du pion bulgare dans les Balkans et se voit partagée entre deux projets politiques, celui de la bureaucratie impériale qui souhaite écraser militairement la Serbie, et celui de l'archiduc François-Ferdinand qui entend réformer l'empire en profondeur, en s'appuyant sur les nationalités. Redoutant la guerre et ayant récupéré son prestige personnel, le Kaiser Guillaume aura modéré durant toute cette période les amertumes autrichiennes et les susceptibilités russes. Le mariage de sa fille à un prince dépossédé du Hanovre, auquel il rend une partie de ses territoire, semble marquer le signal d'un second souffle pour la solidarité des rois : Georges V et Nicolas II assistent à la célébration des noces. Le jubilé du Kaiser, quelques mois plus tard, le présente aussi complaisamment comme l'empereur de la paix.

Mais en fait, la clique militaire et aristocratique allemande et les mouvements pangermanistes rêvent d'en découdre au plus vite afin d'assurer la prééminence définitive de l'empire allemand qui traîne derrière lui son fragile protégé austro-hongrois, avant que la puissance russe ne soit définitivement restaurée.

La reprise insinuante d'un large mouvement pour l'évolution politique en Russie inquiète les Romanov, affaiblis par la maladie du tsarévitch et les intrigues du très influent Raspoutine. La relation fraternelle qui unissait autrefois le tsar et le Kaiser s'est peu à peu relâchée. L'Angleterre affecte une détente trompeuse avec l'Allemagne qui amène le Kaiser à s'illusionner sur l'attitude de Londres au cas de crise majeure, alors qu'en vérité le centre de décision de l'entente cordiale s'est renforcé autour de Paris et du nouveau président français, l'efficace et intransigeant Raymond Poincaré. Ce n'est pas à Berlin, mais à Paris que Londres trouve des réponses aux questions internationales avec le handicap supplémentaire pour la paix générale, de le faire en hésitant, sans l'avouer et avec retard.

Ainsi, dans l'hypothèse d'une nouvelle crise, Guillaume, qui est en fait manipulé par son entourage, risque de s'avérer singulièrement défaillant, tandis que, de capitale en capitale ce sont les éléments du nationalisme le plus rigide qui sont désormais aux postes de commande, un oeil fixé sur le calendrier, le plus propice et l'autre sur le mouvement socialiste international qui refuse tout projet de guerre. C'est alors que l'archiduc François-Ferdinand part pour Sarajevo avec son épouse, ignorant superbement que la capitale de la Bosnie est un repaire de terroristes en liaison directe avec la Serbie toute proche.



La machine infernale
Aaron GerschelRaymond Poincaré, homme politiqueEpreuve argentique contrecollée sur cartonH. 7,4 ; L. 4,2 cm Don de la Fondation Kodak-Pathé, Vincennes, 1983© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay)

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