Musée d'Orsay: Le bel été 14

Le bel été 14

Frédéric Mitterrand
1997
1h15
Français

L' assassinat de l'héritier de la dynastie Habsbourg et de sa femme la duchesse de Hohenberg à Sarajevo, capitale de la Bosnie, récemment annexée par l'Autriche-Hongrie, le 28 juin 1914 survient alors que l'Europe s'apprête à profiter d'un été qui s'annonce somptueux. Les précédentes crises internationales ont été surmontées par les diplomates et la personnalité des deux victimes est mal connue en dehors des frontières du vieil empereur François-Joseph. Rien d'étonnant si cet événement dramatique est rapidement oublié de la plupart des capitales européennes, hormis Vienne où un clan aristocratique et militariste est bien décidé à punir la Serbie soupçonnée d'avoir manigancé l'attentat.

En France l'opinion publique se passionne pour le procès de Madame Caillaud qui assassine le directeur du Figaro, dans les Balkans on panse les plaies des guerres de 1912-1913 et l'on ne songe certainement pas à déclencher un nouveau drame international, en Russie le Tsar et sa famille alternent un séjour en Crimée dans leur palais de Livadia, une visite aux souverains roumains dans la perspective d'un éventuel mariage de leur fille aînée Olga avec le prince Carol et une croisière sur la Baltique avec leur yacht "le Standard" où ils mènent l'existence familiale qu'ils préfèrent à toutes les obligations officielles.

Quant à l'Empereur d'Allemagne, le Kaiser Guillaume tout en prêtant l'oreille à l'agitation des va-t-en guerre de Vienne, il ne sursoit pas pour autant à son habituelle croisière estivale dans les fjords de Norvège.

En Autriche même tout paraît calme durant près d'un mois, après que les funérailles de François-Ferdinand et de Sophie eurent été expédiées comme une formalité. Et le vieil Empereur François-Joseph goûte comme chaque année aux plaisirs de la chasse et des promenades en montagne dans sa villa alpestre de Bad Ischl. C'est sans compter avec le poids de toutes les tensions accumulées en Europe depuis plusieurs années et avec l'échiquier des rivalités et des alliances. Les Allemands soutiennent les Autrichiens qui veulent punir la Serbie. La Russie protège la Serbie par solidarité slave et pour limiter les ambitions de l'Autriche dans les Balkans. La France est l'alliée de la Russie et n'a jamais pardonné à l'Allemagne de lui avoir ravi l'Alsace-Lorraine. Quant à l'Angleterre, trop absente pour exercer une modération quelconque en faisant clairement connaître ses ambitions, elle est en fait hostile à l'Allemagne dont l'ambition économique et navale menace ses intérêts et l'équilibre européen. Ainsi, la crise qui couve en silence durant le mois de juillet 1914, éclate et enchaîne les aggravations à un rythme que plus personne ne peut bientôt maîtriser lorsque l'Autriche lance un ultimatum à la Serbie et que le président français Raymond Poincaré effectue au même moment une visite officielle de routine à Saint-Pétersbourg.



Le bel été 14
AnonymeL'empereur Guillaume II à bord d'une barque1906Aristotype, papierH. 9 ; L. 11,5 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay)

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