Musée d'Orsay: Picasso / Manet : Le déjeuner sur l'herbe

Picasso / Manet : Le déjeuner sur l'herbe

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2008

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1961 : le nu

Pablo PicassoLe déjeuner sur l'herbe d'après Manet, 13 juillet 1961© Succession picasso 2008 - RMN-Grand Palais (Musée Picasso) / Jean-Gilles Berizzi
Picasso retourne à Manet en 1961. A l'opposé du dernier tableau de la première série, il semble s'amuser grandement des les deux versions datées du 19 avril. Victorine redevient un ballon tandis que la baigneuse du fond semble patauger dans une piscine gonflable et que le "Causeur", tout de rouge vêtu, ressemble à un Père Noël ou à un nain de jardin.

En juin, Picasso est sérieux. Chacun reprend son rôle dans la variation datée du 17. Début juillet, il grave plusieurs planches avec un "Causeur" dûment vêtu. Mais ensuite, Picasso révolutionne tout ce petit monde en déshabillant chacun. Picasso apporte ainsi une réponse à la bizarrerie du tableau de Manet, celle de la confrontation de la femme nue et des hommes habillés. Mais il semble également avoir regardé Cézanne qui regardait Manet.
Après avoir interprété le tableau de Manet, Cézanne dans ses longues recherches avait mêlé baigneurs et baigneuses dénudés. Le second homme, que Picasso couche dans l'herbe, un livre à la main, est véritablement cézannien. La parenthèse naturiste et cézannienne se clôt le 16 juillet 1961 avec un tableau dans lequel Victorine, démesurément allongée, géante, se penche vers le grand "Causeur" avec une allure de mante religieuse.

Pablo PicassoLe déjeuner sur l'herbe d'après Manet, 27 juillet 1961© Succession picasso 2008 - RMN-Grand Palais (Musée Picasso) / Jean-Gilles Berizzi
Le 27 juillet, Picasso transforme à nouveau Le déjeuner. Cette fois, il élimine le voisin de Victorine et tous les accessoires. Le "Causeur" perd ses cheveux, vieillit manifestement et évoque irrésistiblement le peintre lui-même. Picasso entre dans le tableau pour dialoguer directement avec une Victorine qui pourrait ressembler à sa femme Jacqueline.

Jamais Picasso n'a autant poussé Manet pour prendre sa place. Cinq fois il reprend cette nouvelle distribution. Parfois Victorine-Jacqueline est toute petite, soumise au docte geste du "Causeur". Parfois elle est son égale. Dans une dernière composition, peinte le 19 août 1961, Victorine-Jacqueline écrase de sa grandeur le "Causeur" transformé en marionnette, tandis que la baigneuse du fond patauge dans une baignoire. L'ironie est de retour.


1962 : le plein air

Pablo PicassoLe déjeuner sur l'herbe : femme assise, 26 août 1962© Succession Picasso 2008 - RMN-Grand Palais / Béatrice Hatala
Plusieurs oeuvres, gravures, dessins et même plaque céramique, témoignent de la persistance du thème du Déjeuner sur l'herbe en 1962. Un aspect de l'oeuvre reste d'ailleurs à traiter, celui du plein air.

Si peu préoccupé par le paysage qu'il ait pu être, il n'a pas échappé à Picasso qu'en fait du grand plein air que Zola avait vu dans le tableau de Manet, ce dernier n'avait peint qu'un décor de théâtre. Et, comme si Picasso avait voulu aller jusqu'au bout des intentions avortées de Manet, il reprend les personnages dans la vraie nature. Entre le 26 et le 31 août 1962, Picasso réalise une série de maquettes des personnages du Déjeuner.

Les cartons sont dessinés, pliés et Picasso peut placer, déplacer chacune des figures. Le déjeuner est un jeu échangiste, une "partie carrée" débonnaire et gaie. Les maquettes sont photographiées selon un ordre qui rejoint celui que Manet. Picasso place à leurs cotés une carte postale du tableau de Manet pour rappeler l'origine de sa composition. Pour insister sur le plein air, il dessine au crayon les arbres qui entoureront les baigneurs de béton. Ceux que Carl Nesjar tirera de ces maquettes et qui seront disposés, en 1966, dans le parc du Moderna Museet à Stockholm.

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