Musée d'Orsay: Carpeaux (1827-1875), un sculpteur pour l'Empire

Carpeaux (1827-1875), un sculpteur pour l'Empire

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2014

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Portraits


Jean-Baptiste CarpeauxCharles Garnier© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
En moins de dix ans, à une époque qui connaît la multiplication des portraits peints et sculptés, Carpeaux a profondément renouvelé un genre mal aimé, considéré souvent comme alimentaire.

Inspiré par la sculpture française du XVIIIe siècle, il explore autant les voies du buste d'apparat que les cadrages plus intimes, d'une frappante économie de moyens. Souvent produits dans un élan farouche de créativité, où Carpeaux dit oeuvrer essentiellement "d'instinct", ces portraits chaleureux frappent immédiatement ses contemporains comme de vivantes réincarnations, palpitantes de vie.

La restitution de l'intensité d'un regard ou le traitement des chevelures, d'un sourire, retiennent toute l'attention du sculpteur.
Jamais il n'excelle autant que lorsqu'il modèle le buste de l'un de ses proches ou de ses amis artistes.

Si les dessins et les peintures sont parfois en lien direct avec les portraits sculptés, ils se présentent aussi comme des oeuvres autonomes, où le peintre retrace sur le vif l'impression laissée par un visage amical.
La vivacité, l'intimité enjouée et la richesse plastique des bustes de Carpeaux marqueront toute la nouvelle génération de sculpteurs des années 1880 : pour Rodin, "Carpeaux a fait les plus beaux bustes de notre temps".

 

Carpeaux par lui-même


Jean-Baptiste CarpeauxAutoportrait© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Peu de sculpteurs du XIXe siècle ont laissé autant d'autoportraits que Carpeaux. Tout au long de sa vie, il peint son visage, avec régularité, souvent sans concession, de la jeunesse pleine d'avenir à l'introspection désespérée des dernières années.
Pas de sculpture : le regard, toujours grave, de ces peintures ou de ces dessins témoigne de cette personnalité complexe, sans cesse entre enthousiasme et abattement.

 

Portraits de famille


Carpeaux rencontre une première fois Amélie de Montfort, fille du gouverneur du palais du Luxembourg, à un bal aux Tuileries. Ils se fiancent en 1869 et se marient la même année, à l'église de la Madeleine.
Fiancé enflammé, le sculpteur modèle un buste sensible de sa future épouse et la dessine à de nombreuses reprises.

Ce mariage d'inclination, qui est également une mésalliance, se délite rapidement. Maladivement jaloux, parfois violent, encouragé par ses parents dont le rôle néfaste ruine son quotidien, Carpeaux accuse injustement son épouse d'infidélité.
La dot d'Amélie Carpeaux est engloutie dans les dépenses liées à la Danse et aux aménagements de l'atelier d'Auteuil. Elle en est néanmoins la gardienne puis son administratrice avisée après la mort du sculpteur, poursuivant les éditions, vendant ou donnant des oeuvres aux musées français, comme le fera à son tour sa fille Louise Clément-Carpeaux.

Les quelques "portraits de famille" modelés par Carpeaux, d'une affectueuse intimité, particulièrement celui de la vicomtesse de Montfort, belle-mère du sculpteur, rivalisent souvent de finesse psychologique avec les bustes du XVIIIe siècle français.

La part d'ombre


Jean-Baptiste CarpeauxL'attentat de Berezowski© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Gérard Blot
La violence et sa représentation traversent l'existence et l'oeuvre de Carpeaux, violence qui peut se retourner parfois contre son oeuvre même, lorsqu'il brise le buste en marbre de la marquise de La Valette, qui avait déplu au modèle.
Après Ugolin, sa sculptures n'explore plus le tragique, mais les voies d'un naturalisme frémissant de vie.

Cependant son atelier est peuplé d'esquisses modelées ou dessinées et de peintures d'une inspiration obstinément sombre, comme il l'écrit en 1863 : "il nous faut des Descentes de croix, des Jugements derniers, des Naufrages de la Méduse, des Massacres de Scio – l'humanité soulevée comme par rafales de vent entrechoquant des générations contre des générations, comme le vent fait tourbillonner la poussière dans sa fureur ; voilà je crois, l'expression de notre époque, c'est le désespoir".

Les têtes de guillotinés dessinées d'après Géricault, la représentation de violences publiques contemporaines, de scènes d'accouchement glaçantes, de naufrages constituent un ténébreux musée personnel, fortement imprégné de Romantisme, avec une liberté parfois visionnaire, "une peinture de cataclysme", comme le remarque le critique Paul Geffroy à propos de l'Attentat de Berezowski.

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