Musée d'Orsay: Hommage au Président Valéry Giscard d'Estaing

Hommage au Président Valéry Giscard d'Estaing

© Sophie Crépy, musée d'Orsay
L'Etablissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie tient à honorer la mémoire du Président Valéry Giscard d'Estaing.

C'est en effet grâce à sa décision que l'ancienne gare d'Orsay a été transformée en un musée dédié à l'art de la seconde moitié du XIXe siècle.

Ce geste patrimonial et architectural était d'une grande audace mêlant préservation d'un monument historique et sa transformation en un musée : les architectes du groupe ACT-Architecture, MM. Bardon, Colboc et Philippon ont été désignés pour la transformation de la gare. Mme Gae Aulenti a conçu l'aménagement intérieur avec une équipe associant architectes et scénographes.

Cette modernité se retrouvait également dans le projet scientifique et culturel du nouveau musée présentant les différentes disciplines artistiques et intégrant un auditorium en son sein.

Cette réalisation demeure un des plus importants succès de la politique culturelle française des cinquante dernières années. Elle a immédiatement rencontré le succès auprès du public et a permis de lui faire redécouvrir la diversité et la richesse de la production artistique de cette période.

Homme de profonde culture, passionné par l'art et la littérature du XIXe siècle, le Président Valéry Giscard d'Estaing a conduit la naissance du musée et suivi son développement.

Laurence des Cars, Présidente de l'Etablissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie et l'ensemble des équipes se souviennent avec émotion de la visite du Président Valéry Giscard d'Estaing le 1er mai 2019 à l'occasion du concert européen donné par la Philharmonie de Berlin dans la nef du musée. Cet événement résumait trois des passions du Président : l'art de cette période et le musée d'Orsay qui permet de le présenter, l'amitié franco-allemande et la construction européenne.

Le Président Valéry Giscard d'Estaing raconte le musée d'Orsay

Interview du Président Valery Giscard d'Estaing

Interview du Président Valery Giscard d'Estaing accordée à Connaissance des arts, au sujet de la création du musée du XIXe siecle à l'ancienne gare d'Orsay.

Palais de l'Élysee, février 1980.

Le président Valery Giscard d'Estaing sur le chantier de l'aménagement de la gare d'Orsay en musée© Musée d'Orsay / DR
Pourquoi un musée du XIXe siecle a Orsay ?

L'année 1980, consacrée au patrimoine, sera, parallèlement, l'année de lancement effectif des travaux d'aménagement de l'ancienne gare d'Orsay, étape importante dans la création du nouveau musée du XIXe siècle.

Patrimoine et création : comme dans les autres domaines de l'action culturelle, ces deux préoccupations, en apparente contradiction, sont liées. Cela est évident à Orsay. La conception d'un nouveau musée dans une gare classée monument historique, entièrement "reconvertie" et "réhabilitée", est une entreprise difficile. Elle implique un équilibre entre le respect du patrimoine monumental et les nécessités de la présentation muséographique.

Ce nouveau musée occupera une place essentielle dans la politique d'organisation des musées nationaux. C'est en fait la prolongation du musée du Louvre, décidée pour la première fois depuis cent cinquante ans. La vraie raison de cette création, à laquelle je pense depuis dix ans, alors que le sort des attributions ministérielles me faisait résider dans une partie du Louvre, est le besoin d'une organisation continue des musées nationaux, accompagnée du relogement du jeu de paume `musée`. cette idée s'est développée pour donner naissance au projet de musée du XIXe siècle.

Cela tient à la richesse exceptionnelle de cette période de l'histoire de l'art et de la civilisation en France. En Europe et dans le monde entier, - cela ressortirait, par exemple, d'une exposition sur le thème Fance/États-Unis aux XIXe siècle - le rayonnement et l'influence de la France ont été prépondérants. le musée du XIXe siècle exprimera ces courants artistiques qui traversent l'Europe, depuis le romantisme jusqu'au mouvement de l'art nouveau.

Les collections nationales regroupées a Orsay sont constituées, pour l'essentiel, de la production artistique française. il sera également intéressant de montrer les influences subies et exercées. L'exposition du Second Empire et l'exposition sur le post-impressionnisme, actuellement présentée à Londres, ont mis en lumière l'extrême diversité des courants artistiques au XIXe siècle.

Cette richesse et cette diversité se retrouveront dans la conception du musée du XIXe siècle. Ce musée va modifier l'image que nous nous faisons de ce siècle. Il entrainera de nouvelles appréciations et comparaisons. Il permettra de sensibiliser à cette tension permanente, tout au long du siècle, entre l'art officiel et l'art en rupture de Manet à Cézanne. Il permettra de déceler des convergences trop longtemps ignorées qui se révèlent par exemple dans la période symboliste.

Pour la première fois, apparaitront au grand public les "correspondances" entre la peinture, la littérature et la musique, entre Monet, Mallarmé, Proust et Debussy, par exemple.

Le président Valery Giscard d'Estaing sur le chantier de l'aménagement de la gare d'Orsay en musée© Musée d'Orsay / DR
L'idée d'une présentation complète de l'art, dans ses diverses manifestations, est particulièrement significative au XIXe siècle

La conception muséographique présentera de nombreux éléments d'originalité, le principal étant la volonté de présenter simultanément les différentes formes d'expression artistique. Pour la première fois, il ne s'agit pas de concevoir seulement un musée de peinture, mais de présenter aussi les arts décoratifs, la sculpture, si brillante, l'architecture, la littérature, notamment l'admirable œuvre romanesque, la musique, et d'évoquer ainsi l'évolution de la culture en France au XIXe siècle. la photographie, qui y prit naissance, y trouvera une place privilégiée.

De même, l'architecture - difficile à présenter - est exceptionnellement riche dans le XIXe siècle français. Je pense à l'opéra de Garnier, aux recherches de Viollet-le-Duc, mais aussi à l'architecture des ingénieurs (Eiffel), et aux audacieuses constructions de Labrouste ou de Guimard.

Le président Valery Giscard d'Estaing quai Anatole France, Paris© Musée d'Orsay / DR
Vous avez exprimé le souhait que le musée d'Orsay soit un "beau musée". qu'entendez-vous par là ?

J'ai souhaité une qualités exceptionnelle dans la présentation muséographique. Il faut chercher un accord intime, entre le bâtiment, monument historique, la décoration intérieure et certaines des collections présentées. la nouvelle aile du Metropolitan Museum présentera prochainement une collection exceptionnelle de l'art français au XIXe siècle dans un vaste hall uniforme dote d'un éclairage zénithal continu.

À Orsay, le visiteur devra traverser successivement les salles de l'art officiel de la IIIe République, le grand salon de l'hôtel, les salles d'art nouveau, puis le restaurant de l'hôtel réaménagé... J'ai souvent exprime le souhait que le musée du XIXe siècle soit un "beau musée", je dirai au sens traditionnel et permanent de ce terme. Un "beau musée", c'est tout d'abord un musée qui laisse au visiteur une impression globale, forte, et inoubliable, comme le Prado, le Louvre, l'Hermitage, la National Gallery, ou le Rijksmuseum. Un musée qui présente de grandes œuvres, d'un exceptionnel intérêt, et cela sera le cas à Orsay avec Delacroix, Corot, Courbet, Manet, Cézanne... c'est aussi un musée ou il est clair et affirme que les fonctions de conservation et de présentation des œuvres sont prioritaires et constituent la raison d'être essentielle du musée.

À cet objectif, tout doit être subordonne. Au stade de la conception et de l'exécution, c'est à la qualité de la présentation des œuvres (éclairage, accrochage), qu'il faut s'attacher en priorité.

Lorsque le musée sera ouvert, les activités d'accueil et de services devront être organisées en fonction de la vocation fondamentale du musée.

Un beau musée, cela signifie aussi une harmonie entre les œuvres et le bâtiment-musée. Une évolution récente et heureuse de la muséographie conduit à retrouver le charme de salles de musée structurées, et présentant des caractères spécifiques. Tel sera le cas à Orsay. Il est souhaitable d'éviter la banalité des formes et des volumes, qui est souvent le résultat d'une volonté excessive de flexibilité. Un beau musée, c'est aussi un musée ou les matériaux utilises pour les sols, les murs, présentent une grande qualité et une valeur permanente, comme c'est le cas dans la nouvelle aile de la National Gallery de Washington ou le musée de Yale a Newhaven.

Concevoir et réaliser un "beau musée" : l'objectif est clairement défini. Mais la réussite dépendra de la sensibilité de la conception et de la qualité dans l'exécution. dans ce type d'architecture, le soin du détail est essentiel.

Le musée du XIXe siècle doit être a la fois un musée accueillant, répondant pleinement aux exigences contemporaines et faisant appel, lorsque cela est nécessaire, aux techniques modernes de présentation. De même, les techniques contemporaines du son et de l'image trouveront leur place pour rendre plus attractive, plus vivante et plus sensible la présentation de l'architecture, de la littérature, de la photographie et de la musique.

Le président Valery Giscard d'Estaing devant la maquette de l'un des projets pour le futur musée d'Orsay© Musée d'Orsay / DR
Que pensez-vous du projet retenu à l'issue de la consultation des architectes ?

En transformant l'ancienne gare d'Orsay et l'hôtel en musée, l'état donne l'exemple de la bonne utilisation de bâtiments anciens, particulièrement des monuments historiques.

La protection, au-titre des monuments historiques, de l'œuvre de Laloux a été discutée. L'ensemble de la gare et de l'hôtel d'Orsay est pourtant représentatif de l'architecture industrielle de la fin du XIXe siècle. On y retrouve la grande nef longitudinale et la symbolique des gares. On perçoit aussi le mélange d'audace dans la conception métallique du grand hall et de conformisme dans le lourd décor de pierre sur le quai Anatole France. La réalisation de Laloux - comme d'ailleurs les autres projets qui ont été écartes à l'issue du concours de 1898 - répond a une volonté d'insertion harmonieuse dans l'environnement et de réponse au palais du Louvre qui lui fait face. C'est pourquoi, les éléments majeurs de l'architecture devront être respectes. Cet impératif était affirmé dans le règlement de la consultation des architectes, qui s'est déroulé d'octobre 1978 à mars 1979, pour choisir le parti d'aménagement du musée, et l'équipe d'architectes. Cependant, le programme impliquait aussi le dégagement de surfaces muséographiques supplémentaires et une transformation profonde des espaces intérieurs, accompagnée d'une réhabilitation complète.

Le projet retenu correspond - selon la formule de l'équipe Colboc - Bardon - Philippon - a une "réinterprétation" du bâtiment, pour l'adapter à ses nouvelles fonctions muséographiques. À l'extérieur, la gare restaurée retrouvera sa splendeur. A l'interieur, le volume exceptionnel de la grande nef sera aménagé en une "rue-musée". La grande nef sera ainsi mise en valeur et constituera l'élément original du musée du XIXe siècle. Au quatrième étage, les volumes autrefois inutilisés sous les verrières des combles, et inconnus du public, abriteront la grande galerie réservée au prodigieux ensemble impressionniste.

La dialectique "conservation" et "transformation" soulève des problèmes difficiles, qui ont été étudies lors du colloque organise à Avignon, sur le thème de réutilisation des monuments historiques. Les aménagements proposés dans le projet de l'équipe Colboc - Bardon - Philippon me paraissent donner une réponse appropriée au problème sans doute unique de transformation d'une gare en musée !

Le président Valery Giscard d'Estaing sur le chantier de l'aménagement de la gare d'Orsay en musée© Musée d'Orsay / DR
Comment se déroule le processus de création du musée? quelles dispositions ont ete prises par l'état pour assurer la qualité du projet et en maitriser l'évolution ?

L'état a mis en place les moyens administratifs et financiers nécessaires pour mener à bien le grand projet d'aménagement du musée du XIXe siècle. A plusieurs égards, des solutions nouvelles ont été adoptées lors du conseil des ministres de mars 1978. La réalisation du musée du XIXe siècle s'inscrit dans la loi-programme pour les musées votée par le parlement au mois de mai 1978 et présentée par Jean-Philippe Lecat, la loi individualise les crédits affectes a l'opération d'Orsay et garantit l'échelonnement des crédits nécessaires sur les années 1979 a 1983. L'enveloppe financière prévue (363 millions de francs) qui peut apparaitre à certains comme excessive, doit être mise en rapport avec l'importance des surfaces a aménager (55000 m2), la complexité technique de l'ouvrage, et la nécessaire qualité de la présentation de ce qui doit être un des plus beaux musées du monde.

Le programme de conception et de réalisation du musée prend la forme d'un dialogue organise entre trois partenaires : le maitre d'ouvrage, l'équipe de conception, et l'équipe scientifique. Le rôle du maitre d'ouvrage a été affirme et renforce par la création d'un établissement public spécifique. L'établissement public du musée du XIXe siècle préside avec compétence par M. Lachenaud, restera un organisme léger et opérationnel. Il exerce la mission de coordination de la conception et de la réalisation du musée en assurant la responsabilité administrative, technique et financière. Son existence est limitée dans le temps jusqu'à l'ouverture du musée prévue en 1983 ou le musée du XIXe siècle sera complètement intègre au Louvre.

Une équipe scientifique, compose de conservateurs de musée et animée par M. Michel Laclotte, conservateur en chef du département des peintures du Louvre, regroupe et complète les collections, conçoit les circuits de visite du futur musée, s'assure de la qualité des conditions de présentation des œuvres.

L'équipe de conception regroupe les architectes (équipe ACT - Colboc, Bardon, Philippon, et les bureaux d'études. Elle a été choisie selon des modalités qui sont exemplaires, a bien des égards, par-rapport aux pratiques actuelles des consultations d'ingénierie : l'équipe des architectes a reçu une mission très complète de conception et de réalisation. Après six mois de travail, on peut affirmer que l'équipe des concepteurs, avec toute leur jeunesse, ont développé leur projet avec intelligence, énergie et sensibilité.

 

Le président Valery Giscard d'Estaing devant la maquette de l'un des projets pour le futur musée d'Orsay© Musée d'Orsay / Jim Purcell

Trop souvent les projet de construction ou d'aménagement sont lances sans études préparatoires suffisantes, et sans que le maitre d'ouvrage se dote de moyens de mener à bien sa mission. Pour le projet d'Orsay, la consultation des architectes a été précédée par une longue phase d'études pour l'élaboration du programme, menées par la direction des musées de France, avec le concours de l'équipe O'Byrne et Pecquet. Pendant les phases d'études et de travaux, l'établissement public poursuivra et adaptera les études de programmation : il recevra l'assistance d'organismes spécialisés pour le contrôle des coûts et des délais Il conduira et développera les études de préfiguration de la gestion et d'évaluation des couts de fonctionnement.

Aux différentes phases de conception et de réalisation, le ministre de la culture et de la communication prend les dispositions nécessaires pour conduire le processus de création du musée. Il vient périodiquement m'en rendre compte, car c'est une grande oeuvre nationale.

Grâce à l'initiative de Connaissance des arts, et à l'article de M. Kjellberg, les lecteurs vont imaginer leur prochaine visite au musée du XIXe siècle : après l'accueil rue de Bellechasse, ils descendront le grand escalier, remonteront le "cours", visitant les salles de part et d'autre de la place ou s'élèvera "La Danse" de Carpeaux. Après Delacroix, Courbet, l'art officiel du Second Empire, Manet, ils retrouveront, au 4eme étage, sous les combles et avec un éclairage naturel, les collections impressionnistes actuellement présentées au jeu de paume. Redescendant au niveau du grand salon et du restaurant, les visiteurs parcourront les galeries côté rue de Lille et côté quai Anatole France, consacrées a la période post-impressionniste et à la fin du siècle... ils y rencontreront aussi les reconstitutions de chambres ou d'ateliers d'écrivains, de musiciens, là où s'est forgé dans la peine, et souvent avec d'infimes moyens, l'immense message artistique du XIXe siècle.

Pour cela, il leur faudra attendre 1983. Mais en longeant la seine, ils observeront a-partir de la fin de cette année le début des travaux. Et, pour tromper leur attente, ils vont pouvoir lire votre article.

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