Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, Denis, Maurice
Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, Denis, Maurice, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Exposition

7 ans de réflexion. Dernières acquisitions

Du 18 novembre 2014 au 22 février 2015

Enrichir les collections ?

Exposition 7 ans de réflexion
Exposition 7 ans de réflexion
©sophie Boegly-©Musée d'Orsay / Sophie Crépy/DR

Enrichir les collections de l'Etat, c'est en compléter les manques pour créer de nouvelles résonances. A l'égal d'une composition harmonique, l'acquisition d'une oeuvre nouvelle permet, en valorisant l'existant, d'élargir par des éclairages nouveaux et par effet de synesthésie, la compréhension universelle de l'histoire de l'art.
Il semble légitime de présenter à nos publics les acquisitions du musée d'Orsay menées depuis 2008 sous la présidence de Guy Cogeval. Résultant d'arbitrages complexes face à la réalité d'un marché international prospère, les acquisitions sont le fruit d'une stratégie qui doit s'adapter aux aléas imprévisibles du marché de l'art.
Acquérir des collections est une lourde responsabilité vis-à-vis des générations futures et une des missions fondamentales des musées nationaux. Une collection reste vivante au gré des études, des expositions et des acquisitions, qui introduisent des variations harmonieuses dans les fonds historiques.
Cette politique collégiale définit des axes de développement prioritaires pour la collection, en renforçant certaines périodes mal ou insuffisamment représentées stylistiquement. De la proposition initiale à l'acquisition définitive, tout choix est le fruit d'une réflexion balisée selon un processus bien encadré.
L'importance des achats réalisés ces sept dernières années participe à retracer l'immense foisonnement intellectuel de l'Europe dans la période aussi courte que riche et déterminante couverte par le musée d'Orsay (1848-1914).

Second Empire

James Tissot-Le Cercle de la rue Royale
James Tissot
Le Cercle de la rue Royale, 1868
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Période brillante et paradoxale, le Second Empire est l'une des plus fécondes de l'histoire de l'art et s'inscrit pleinement dans notre champ chronologique.
Le musée s'est attaché à faire entrer dans les collections une oeuvre majeure de Tissot de 1868, Le Cercle de la rue Royale qui représente les membres de ce club masculin monarchiste très fermé sur la terrasse de l'Hôtel de Coislin, place de la Concorde. Cette illustration de la société du Second Empire met en scène le marquis de Miramon et des membres illustres dont le fils de banquier Charles Haas qui inspira le Swann de Proust dans A la recherche du temps perdu.

William Bouguereau-Dante et Virgile
William Bouguereau
Dante et Virgile, 1850
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Trois toiles de Bouguereau - d'un ensemble de cinq échelonnées de 1848 à 1902, entrées en 2010 par voie de dation - ajoutent un beau panorama couvrant l'évolution artistique de ce peintre emblématique. Les chefs-d'oeuvre de Puvis de Chavannes, Baudry et Picou complètent les acquisitions menées sur cette période.
L'art décoratif triomphe avec l'orfèvrerie de Poussielgue-Rusand et Barbedienne, les meubles de Diehl, Sauvrezy et Popelin, retraçant le triomphe de l'éclectisme qui s'impose dans toute l'Europe, à l'image du bureau de la reine Marguerite de Savoie composé par Coco en 1878. Les éditions galvaniques par Elkington d'oeuvres de Morel-Ladeuil, les pièces de Christofle et la terre cuite de Carrier-Belleuse illustrent les succès des éditions artistiques à l'origine de nombreuses pièces offertes au musée par la Samo. La sculpture y est à l'honneur avec la remarquable Corinthe polychrome de Gérôme.

Retour aux sources

Edward Burne-Jones-L'adoration des mages
Edward Burne-Jones
L'adoration des mages, 1904
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Une section est consacrée aux sources d'inspiration de l'art français et anglais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. L'art anglais y est magistralement exprimé par le don de M. Pierre Bergé en 2009 de la tapisserie d'Edward Burne-Jones, première à entrer dans les collections nationales jusqu'alors dépourvues d'oeuvres préraphaélites de cette importance. Un siège "éléphant" de Christopher Dresser, une chaise basse attribuée à Arthur Simpson, des photographies de Julia Margaret Cameron, Frederick Evans, Clarence White, un projet de Sir Joseph Paxton pour l'Exposition universelle de Paris en 1867, un dessin de mobilier de Edward William Godwin et une gouache d'Arthur Robertson, Projet de la tombe du duc de Clarence imaginée par

Gustave Doré, Thiébaut frères-Joyeuseté
Gustave Doré, Thiébaut frères
Joyeuseté, 1881
©photo musée d'Orsay / rmn-©Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Gilbert, complètent ce panorama de l'art anglais qui s'achève sur la réduction chryséléphantine en bronze d'un St Georges dû à Sir George Gilbert, acquise en 2014.
Le siège créé en 1916 par Ede Wigand, représentant de l'Ecole de Gödöllö, puise son originalité aux sources des contes hongrois. Inspirée par les légendes bretonnes, une toile d'Edgard Maxence renforce le corpus d'oeuvres de cet artiste qui cherche dans un registre médiéval son inspiration, tout comme Gustave Doré, auteur d'un original groupe en bronze, Joyeuseté dit aussi A saute mouton. Une toile de 1901 de Camille Danger, Fléau, et un tableau de Hans Thoma évoquent la persistance du mythe d'Hercule en ce début du XXe siècle.

Toiles nabies

Paul Ranson-La Sorcière au chat noir
Paul Ranson
La Sorcière au chat noir , 1893
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

L'art français connait un véritable âge d'or au tournant du XXe siècle sous l'influence des Nabis, qui marquent le paysage artistique français par leur réaction au naturalisme et au post-impressionnisme. Une salle regroupe quelques-unes des toiles nabies les plus importantes acquises ces dernières années par le musée d'Orsay. Sur les cimaises cohabitent des oeuvres de Bonnard, Vuillard, Denis, Vallotton et Ranson représenté par un tableau ésotérique de la même période. L'oeuvre de Vuillard Jeune fille la main sur la poignée de la porte illustre la donation anonyme sous réserve d'usufruit de 141 toiles nabies, la plus importante reçue par le musée d'Orsay depuis sa création. Cet environnement pictural de premier ordre, dominé par un paysage de Bonnard de 1916, permet d'appréhender l'évolution des formes du début du XXe siècle à la veille de la Première Guerre mondiale.

Maurice Denis-Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects
Maurice Denis
Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Le Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects, peint en 1897 par Maurice Denis alors âgé de vingt ans, est l'un de ces chefs-d'oeuvre que les musées du monde peuvent nous envier. Yvonne Lerolle conservera toute sa vie cette toile que Maurice Denis lui offrit. Acquis en 2010, ce portrait d'une grande sensualité marquait une année faste par son arrivée sur les cimaises du musée d'Orsay. Cette oeuvre était achetée sur les fonds du musée d'Orsay, complétés par l'élégante générosité d'un citoyen américain, Monsieur George Havas. Ce dernier, rescapé des camps de concentration, fit don au musée d'Orsay en 2010 des fonds d'indemnisation qu'il venait de recevoir au titre des spoliations dont sa famille fut victime en Allemagne. Nous tenons au travers de la présentation de ce tableau dans cette exposition à rendre hommage à ce donateur qui revint très discrètement voir le tableau acquis pour partie grâce à ses libéralités.
Ce geste touchant nous permit de finaliser l'acquisition de cette oeuvre majeure qui symbolise, sous les traits de celle qui allait épouser un an plus tard Eugène Rouart, les temps heureux de la jeunesse et l'opulence d'une nature baignée des lumières irréelles d'un instant privilégié un soir ou un matin d'été.

Paul Sérusier-Le champ de blé d'or et de sarrasin
Paul Sérusier
Le champ de blé d'or et de sarrasin, Vers 1900
©photo musée d'Orsay / rmn-©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Le Paysan assis de Cézanne, acquis par voie de dation en 2009, côtoie une oeuvre de Seyssaud offerte au musée d'Orsay par un donateur privé. Le tableau Les Bûcherons de Jean-François Millet, offert par la Société des Amis du Musée d'Orsay au musée, intégrait les collections en même temps que l'oeuvre pointilliste de Léo Gausson acquise dans une galerie parisienne.
Sur le marché international de l'art a été négocié L'Eglise des Hurlus en ruines de Vallotton, alors peintre des armées, et L'Expulsion du Paradis, tableau symboliste sophistiqué dans lequel Franz von Stuck aborde le thème du Paradis perdu, qu'il reprendra ensuite dans une version de dimensions supérieures. Des particuliers cédaient au musée l'esquisse du tableau Verdun de Vallotton alors que Le Champ de blé d'or et de sarrasin de Sérusier était préempté en province. Le pastel de Vuillard des années 1890, Deux femmes dans un bois, ayant appartenu à Maurice Denis, était acquis en vente publique en France.

Le renouveau des arts décoratifs

Paul Ranson-Printemps ou Femmes sous les arbres en fleur
Paul Ranson
Printemps ou Femmes sous les arbres en fleur, 1895
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

La tenture brodée par France Ranson d'après un modèle de Paul Ranson constitue un achat important pour le musée qui ne possédait qu'une pièce proche entrée dans les collections publiques en 1949. La collection de textiles artistiques est un des axes d'intérêt pour les années à venir, comme le velours pour mobilier de Ruhlmann et la soierie de Suzanne Lalique tissée par Tassinari & Chatel, deux précieuses pièces entrées par voie de don.
Un cabinet de bois doré à la feuille (vers 1912), illustre le degré de raffinement de Paul Follot qui s'impose en véritable rénovateur du mobilier français lors de l'aménagement de son hôtel particulier parisien, 5 rue Schoelcher. Ce meuble révèle l'influence de Darmstadt en France et fut le seul à être préempté lors de la vente publique qui dispersait l'entier mobilier de la maison du décorateur.

Georges Hoentschel-Torchère (d'une paire) en deux éléments : vase en grès flammé monté d'un bouquet de pavots en bronze doré et monté sur une gaine en orme
Georges Hoentschel
Torchère (d'une paire) en deux éléments : vase en grès flammé monté d'un bouquet de pavots en bronze doré et monté sur une gaine en orme, 1900
©Musée d'Orsay, dist RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/Patrice Schmidt

Deux oeuvres de Gallé, un important vase sur le thème de la mer présenté lors de l'exposition de 1900 et un pichet sauterelle retracent l'extraordinaire fantaisie de l'artiste. Une sculpture de Schnegg évoque un ensemble de plusieurs oeuvres entrées par don de la famille de l'artiste. Trois bijoux en émaux en cabochons du comte du Suau de la Croix rappellent l'important ensemble de cent pièces donné en mémoire de sa petite-fille. L'art de l'émail est encore mis en exergue avec la précieuse coupe en émaux en plique-à-jour de Feuillâtre.

Adrien Karbowsky-Fauteuil à oreilles
Adrien Karbowsky
Fauteuil à oreilles, Vers 1912-1913
©DR - RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Alors que l'Art nouveau tempère sa maturation dans une étagère de Majorelle (donation Rispal), de nouvelles formes plus radicales annoncent l'art raffiné des années à venir avec une bergère de Karbowsky livrée pour Doucet, une commode de Mère aux panneaux de cuir gravé et une bergère de Ruhlmann à ses débuts sous influence viennoise, déjà totalement maître de sa ligne. Dans cette période préfigurant du "Retour à l'ordre" qui s'épanouira dans les arts de l'entre-deux-guerres, les arts décoratifs puisent déjà aux sources de la tradition les saveurs de l'un des derniers grands styles nationaux caractérisé par une sophistication ornementale foisonnante décelable dans les créations de Paul Follot.
Dans l'exposition figure aussi une paire de torchères de Georges Hoentschel présentées lors de l'Exposition internationale de 1900 dans la "Salle de bain", pièce mitoyenne de la "Salle des bois" aujourd'hui conservée au Musée des arts décoratifs de Paris. Sur des socles de platane d'Algérie sculpté prennent place des vases de grès montés de bronzes dorés dans une esthétique réunissant l'Art nouveau avec la tradition référente au XVIIIe siècle.
Conçus pour la salle de bain de la comtesse de Ganay, ces objets uniques en leur genre ont été acquis par préemption en vente publique à Paris en 2013 lors de la dispersion récente en France, par une maison de vente anglaise, des collections d'un musée japonais. L'entrée dans les collections nationales de ces deux objets illustre parfaitement l'intérêt du processus de la préemption, qui reste pour les musées un outil de travail précieux encadré par une législation que nous envient beaucoup de pays.

Ecoles du Nord

Stephan Abel Sinding-Banquette à dossier
Stephan Abel Sinding
Banquette à dossier, Entre 1890 et 1900
©Thierry Malty/DR

Une salle met en exergue les principales acquisitions instruites par le musée pour illustrer la créativité des écoles de l'Est et du Nord de l'Europe : Allemagne, Autriche, Finlande, Norvège et Suède. La dynamique des achats reste très perceptible dans certains domaines des arts décoratifs et de la photographie, enrichis d'oeuvres rares indispensables dans la collection.
Le département des arts décoratifs a été doté de chaises de Blomstedt de 1905, d'un banc de Sinding, d'un siège de Fjaestad, tous inspirés des folklores et légendes nationales, d'un fauteuil de Hulbe pour Tiffany sous influence nordique, d'un siège de Saarineen, et d'une chaise de Moser résumant tout le luxe de la Sécession viennoise. La Société des Amis du musée d'Orsay vient d'offrir l'importante toile de Lentz, peintre cofondateur de la Sécession. L'orfèvrerie symboliste de Riegel, radicale d'Hoffmann et de répertoire nordique par Strobl illustre la même prégnance et la diversité des sources et courants d'inspiration qui marquent le mobilier.

József Rippl-Rónai-Dans le jardin des Somssich
József Rippl-Rónai
Dans le jardin des Somssich, 1912-1913
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

L'acquisition d'un Rippl-Rónai illustre les axes de développement des collections autour des écoles étrangères peu ou mal représentées.
Autour de clichés célèbres de Blossfeldt, Rejlander et Kühn sont regroupées des photographies des français Marville, Mestral et Albert Londe, pièces majeures ajoutées à l'importante collection des photographies.

L'Italie

Vittorio Zecchin-Le Mille e una notte (Les Mille et une nuits)
Vittorio Zecchin
Le Mille e una notte (Les Mille et une nuits), Vers 1914
©Musée d'Orsay / Sophie Crépy/DR

Une salle illustre divers aspects des styles italiens de la fin du XIXe siècle, qu'il s'agisse des sièges de Lovati pour la maison de décoration américaine Herter Brothers et des sièges de Frullini datés de 1868, ou des créations innovantes de Carlo Bugatti, l'un des maîtres les plus célèbres, connu pour l'extrême originalité de ses créations, illustrées ici par une grande psyché et deux rares pièces d'orfèvrerie entrées par dation en 2009. Le Liberty italien est marqué par l'acquisition en 2013 d'un délicat mobilier de bureau et d'un précieux guéridon d'Eugenio Quarti, modèles présentés à Paris en 1900.
Par ailleurs, l'audacieux bureau de Federico Tesio acquis en 2012 illustre et annonce la place majeure de l'Italie dans le paysage de la création au XXe siècle.
L'espace est dominé par la grande toile de Vittorio Zecchin acquise en 2012 Le mille et una notte, provenant d'une grande composition de 1914 destinée à la salle à manger d'un hôtel vénitien.
Créateur de verreries, mobilier et tapisseries, Zecchin marquera l'Italie par son rattachement au symbolisme et à la Sécession viennoise décelable ici dans la puissance décorative de cette peinture.

Giovanni Boldini-Scène de fête dit aussi Scène de fête au Moulin Rouge
Giovanni Boldini
Scène de fête dit aussi Scène de fête au Moulin Rouge, Vers 1889
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

L'oeuvre de Giovanni Boldini, Scène de fête au Moulin Rouge, exécutée vers 1889 est heureusement entrée par voie de dation en 2010 dans les collections. Elle complète cet hommage à l'Italie que l'artiste quitte définitivement en 1871 pour Paris où il s'attachera à peindre vie mondaine et parisienne. L'acquisition en 2013 d'un buste expressionniste de Wildt est venu combler un manque important dans les collections de sculpture du musée d'Orsay.

Dessins d'architecture

Jean-Camille Formigé-Projet pour le crématorium du Père Lachaise, élévation de la façade principale
Jean-Camille Formigé
Projet pour le crématorium du Père Lachaise, élévation de la façade principale, 1889
©DR - RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/RMN / Réunion des Musées Nationaux

Lors de la création du musée d'Orsay, son emplacement dans une gare, architecture emblématique du XIXe siècle, et son programme interdisciplinaire rendirent naturel l'établissement d'une collection d'architecture, appelée à contribuer de façon notable à la réévaluation d'édifices jusque là dépréciés.
Poursuivant une politique d'enrichissement soutenue dans ce domaine, le musée d'Orsay a acquis pendant ces sept dernières années plus de 600 dessins, croquis, esquisses, calques ou belles aquarelles. La majeure partie se rapporte au principal axe de développement adopté pour cette collection, à savoir les transformations, éphémères ou pérennes, de la capitale. Ainsi, l'ensemble provenant de l'activité de Jules Formigé en tant qu'architecte des Promenades et plantations de la ville de Paris constitue un rare témoignage dessiné de la dimension urbaine du travail des architectes du XIXe siècle.
Les oeuvres de Félix Duban, Henry Provensal ou encore Henri Mayeux, attestent en revanche de l'importance de l'utopie dans la pratique architecturale de l'époque.
Ont également été acquis d'importants dessins d'architectes étrangers ou illustrant des réalisations françaises à l'étranger. L'enrichissement de cette collection a bénéficié de dons tout à fait exceptionnels provenant de descendants d'architectes (comme Mme Léon Malcotte, descendante de Labrouste) et de collectionneurs (comme Neil Levine).

Œuvres graphiques

Maurice Denis-Dessins pour les illustrations du Voyage d'Urien d'André Gide Que la pourpre fondue avait fait presque violette / et maintenant voici le soir
Maurice Denis
Dessins pour les illustrations du Voyage d'Urien d'André Gide Que la pourpre fondue avait fait presque violette / et maintenant voici le soir
©Alexis Brandt/musée d'Orsay distribution RMN-©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Plusieurs axes ont présidé à l'acquisition de dessins : feuilles exceptionnelles d'artistes peu représentés dans les collections (Léon Spilliaert, Reflets et lumières), dessins particulièrement intéressants dans la production d'un artiste majeur pour la période couverte par le musée d'Orsay (Edouard Vuillard, Feuille d'étude), dessins de sculpteurs (Bernhard Hoetger, Etude de nus) et dessins d'illustration. Ce dernier type d'oeuvres a été particulièrement bien enrichi par plusieurs ensembles, dont presque une trentaine de dessins Maurice Denis pour Le Voyage d'Urien d'André Gide. Une sélection de ses dessins novateurs dans l'histoire de l'illustration est exposée ici. Une spectaculaire Méduse de Carlos Schwabe (dont le musée possède l'ensemble de dessins pour Le Rêve de Zola) acquise par préemption en 2014, d'après Les Fleurs du Mal de Baudelaire, permet d'enrichir le dialogue entre art et littérature, conformément à l'interdisciplinarité au coeur du musée.
Sont révélés pour la première fois quatre dessins rehaussés de gouache de Luc-Olivier Merson, composés pour illustrer le recueil de poèmes Les Trophées de José Maria de Heredia. Acquis par préemption, ces derniers appartiennent à un ensemble de 250 pièces montées ultérieurement dans des reliures.

Edgar Degas-Danseuse en maillot
Edgar Degas
Danseuse en maillot, Vers 1896
©Patrice Schmidt/musée d'Orsay distrib. RMN-©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/Patrice Schmidt

Pourquoi acquérir une oeuvre supplémentaire de Degas alors que la collection du musée d'Orsay est sans conteste, avec celle du Metropolitan Museum de New York, l'une des plus riches en oeuvres de l'artiste ? Ce pastel, très tardif, vient en réalité compléter un ensemble qui fait davantage la part belle aux années réalistes de l'artiste, grâce à l'extraordinaire legs du Comte Camondo en 1911, ou à ses débuts empreints d'admiration pour les maîtres anciens, sur lesquels se concentrèrent les achats de l'Etat après la mort de l'artiste.
Cette Danseuse, dont le maillot n'a sans doute existé que dans l'esprit d'observateurs surpris par l'audace et la présence de ce corps nu quasi-primitif, est emblématique des dernières oeuvres de l'artiste.
Libéré de toute contrainte, Degas ne cesse d'innover par le pastel, sa technique de prédilection tout au long de sa carrière, pour aboutir dans le secret de son atelier à une présence physique grâce à une perfection formelle digne des fauves ou d'un Picasso alors subjugué par les arts primitifs.