Exposition

Aquarelle : atelier et plein-air

Du 27 mai au 07 septembre 2008
Eugène Boudin-Plage à Trouville
Eugène Boudin
Plage à Trouville, Vers 1865-1867
©Musée d'Orsay, dist. RMN/DR

Maîtrisée par les artistes anglais depuis le XVIIIe siècle, la pratique de l'aquarelle en plein air se développe en France dans la seconde moitié du XIXe, favorisée notamment par l'évolution du matériel et l'apparition de couleurs toutes prêtes. Dans la tradition de l'école anglaise, cette technique est très codifiée par un ensemble de normes. En France, l'aquarelle évolue et se transforme, à travers l'influence diffuse de William Turner et surtout l'apport capital d'Eugène Boudin et Jongkind, en un genre très libre qui la révolutionne. Parallèlement, perdure une veine pittoresque et académique soutenue notamment par la Société des aquarellistes.

Johan Barthold Jongkind-Vue des falaises et de la plage d'Etretat
Johan Barthold Jongkind
Vue des falaises et de la plage d'Etretat, 1851
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais/DR

Dès la fin du XVIIe siècle, la pratique de l'étude sur nature était entrée dans le programme de l'enseignement académique ; plus pratique que l'huile, répondant mieux au défi constant de la nature changeante, l'aquarelle s'y substituera opportunément, aussi bien pour les peintres fidèles à l'héritage néo-classique que pour ceux qui s'en libèrent.
En conseillant à Signac de se mettre à l'aquarelle, durant l'été 1888, Camille Pissarro en vantait ainsi la parfaite adéquation aux exigences et aux contraintes de l'étude sur nature : "C'est précieux, très pratique, on peut arriver, en quelques minutes, à prendre des notes impossibles autrement - la fluidité d'un ciel, certaines transparences, un tas de petits renseignements qu'un lent travail ne peut donner : c'est si fugitif, les effets".
Des années plus tard Signac aura vérifié la pertinence de ces conseils, et il précise en incise, dans son Jongkind : "L'aquarelle n'est qu'un moyen de notation, une sorte de memorandum, un procédé rapide et fécond, permettant à un peintre d'enrichir son répertoire d'éléments trop passagers pour être fixés par le procédé lent de la peinture à l'huile. Un ciel nuageux est un ensemble magnifique mais qui se déforme perpétuellement [...]".

Paul Cézanne-Le four à plâtre (au fond la montagne Sainte-Victoire)
Paul Cézanne
Le four à plâtre (au fond la montagne Sainte-Victoire), Vers 1890-1894
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi/DR

L'aquarelle sur nature - ou supposée telle - a été associée au XIXe siècle dans les traités, les textes critiques ou les écrits d'artistes à l'impression, la notation rapide, l'instantanéité, la sensation, l'emprise sur le fugitif. Contrairement à la peinture impressionniste contemporaine, elle n'a guère suscité de polémiques car, même dans la tradition académique, elle était considérée comme vouée à cette "sténographie".
De fait, nombre d'aquarelles sur le motif du XIXe siècle sont achevées ou reprises en atelier, mais cette expérience de la nature et de la lumière a participé à l'une des quêtes fondamentales de la rénovation du paysage impressionniste et moderne.