Exposition

Art Nouveau Revival.1900 . 1933 . 1966 . 1974

Du 20 octobre 2009 au 04 février 2010
Photographie par Patrice Habans, Paris-Match n°1055, 26 juillet 1969-Salvador Dali sortant du sous-sol du subconscient tenant en laisse un tamanoir romantique, l'animal qu'André Breton avait choisi comme ex-libris
Photographie par Patrice Habans, Paris-Match n°1055, 26 juillet 1969
Salvador Dali sortant du sous-sol du subconscient tenant en laisse un tamanoir romantique, l'animal qu'André Breton avait choisi comme ex-libris
©ADAGP, Paris © Habans / Paris Match / Scoop/DR

L'hommage des surréalistes

La réhabilitation de l'Art Nouveau fut précédée d'une reconnaissance épisodique et confidentielle, celle du groupe surréaliste. En 1933, Salvador Dalí publie dans la revue Minotaure un article intitulé "De la beauté terrifiante et comestible, de l'architecture modern'style" illustré de photographies de Man Ray et de Brassaï, respectivement consacrées à l'oeuvre d'Antoni Gaudí et de Hector Guimard. Leur lecture est orientée par les légendes, peu orthodoxes, rédigées par Dalí lui-même qui avait, quelques années auparavant, avec son tableau L'énigme du désir – Ma mère, ma mère, ma mère, rendu hommage à l'univers tellurique de l'architecte catalan.

Clovis Trouille-Le Palais des Merveilles, Hommage au Modern'Style
Clovis Trouille
Le Palais des Merveilles, Hommage au Modern'Style, 1907-1960
©ADAGP, Paris © Photo Claude Caroly/DR

A la même époque, Dalí découvre l'oeuvre du peintre Clovis Trouille – il se présentait comme un "rescapé de 1900" – qui l'enthousiasme par son absence d'autocensure et ses références récurrentes à l'Art Nouveau. Tandis que Trouille revient encore en 1960 sur le Palais des merveilles, Dalí continue jusque dans les années 1970 à opposer à "l'ignominieuse conception de Le Corbusier" l'ornementation de Guimard, "la plus libidineuse de toutes".
C'est aussi au cours de ces années 1930 que le designer finlandais Alvar Aalto conçoit des formes sinueuses, libres et expressives, évocatrices des créations les plus abstraites de l'Art Nouveau. Ce maître du design organique ouvre la voie dans laquelle s'engagent de nombreux créateurs, dont Isamu Noguchi avec sa célèbre Table basse "IN 50" de 1944.

Anonyme-Photographie du salon escargot de Carlo Bugatti, exposition internationale d'Art moderne décoratif de Turin
Anonyme
Photographie du salon escargot de Carlo Bugatti, exposition internationale d'Art moderne décoratif de Turin, Après 1902
©Musée d'Orsay / Patrice Schmidt/DR

Le design organique

Les maîtres de l'Art Nouveau n'ont cessé de recommander l'étude attentive des organismes vivants. Certains d'entre eux aboutissent à des représentations stylisées à des degrés variables du monde végétal et animal. D'autres s'engagent dans la voie de l'abstraction : la chaise "Escargot" de Carlo Bugatti préfigure la Chaise "Floris" de Günter Beltzig ou encore la célèbre Panton Chair, crée en 1959 par le danois Verner Panton et devenue depuis un grand classique de la décoration contemporaine. Quant aux création de Carlo Mollino, dans les années 1950, elles rappellent les ossatures du mobilier de Gaudí.

Verner Panton-Phantasy Landscape, Cologne, Visiona 2
Verner Panton
Phantasy Landscape, Cologne, Visiona 2, 1970
©Verner Panton Design, Bâle, Suisse/DR

Plus tard le terme "organique" tend à désigner tout objet dont les caractères sont adaptés aux exigences physiologiques et psychiques de l'homme moderne. Le design organique s'oppose alors aux excès d'un fonctionnalisme glacé privilégiant l'orthogonalité. Les nouveaux matériaux (plastique, fibre de verre, mousse de polyuréthane, jersey de polyamide...) autorisent la mise au point d'un langage simplifié, reposant sur la liberté et la fluidité rythmiques. Les formes de Verner Panton (Phantasy Landscape), d'Olivier Mourgue (Cellule Cafétéria) invitent l'usager à se lover et à libérer son imagination.

Albert Angus Turbayne-Affiche pour Peacock, Edition. Macmillan's illustrated standard novels
Albert Angus Turbayne
Affiche pour Peacock, Edition. Macmillan's illustrated standard novels, 1903
©Kunstsammlungen Chemnitz / May Voigt/DR

Psychédélisme

En 1966, apparaissent à San Francisco les premières affiches psychédéliques dont la genèse est liée aux concerts rock et pop organisés par Bill Graham. Les graphistes psychédéliques (le groupe Hapshash and the Coloured Coat, Wes Wilson, Victor Moscoso...) intègrent avec une fulgurance étonnante toutes les inventions de l'Art Nouveau dans le domaine des signes et des images et s'approprient certains thèmes tels que la chevelure, le paon, le caractère androgyne ou au contraire fortement sexué des figures...

Bonnie MacLean-Affiche pour le concert The Yardbirds
Bonnie MacLean
Affiche pour le concert The Yardbirds, 1967
©DR/DR

Affiches et pochettes de disques constituent un champ d'expression privilégié. Les créations, dont les partis esthétiques sont exaltés par les prises de LSD, font appel aux sens plus qu'à la raison. Elles sont fondées sur des jeux de courbes et de contre-courbes, sur des arabesques impétueuses ou molles, sur la dilatation du trait et la libération de la couleur. Le lettrage perd son indépendance pour vivre au rythme de la composition et participer à la fluidité de l'image, suggérant les ondes sonores des concerts des groupes rock et pop.

Sanderson & Co-Papiers peints Art Nouveau inspiré de Aubrey Beardsley
Sanderson & Co
Papiers peints Art Nouveau inspiré de Aubrey Beardsley, Vers 1967-1968
©Arthur Sanderson and Sons ?R Abiris Holdings/DR

C'est à la mode !

Parmi les expositions qui contribuent dans les années 1960 à la réhabilitation de l'Art Nouveau, celle que le Victoria and Albert Museum de Londres consacre en 1966 au dessinateur Aubrey Beardsley rencontre un immense succès, notamment auprès du public jeune. Certains y voient même la naissance de la culture underground. Les reproductions sur des supports variés des compositions les plus célèbres de l'artiste inondent le marché tandis que se diffuse le vocabulaire psychédélique. La rencontre de celui-ci avec un Art Nouveau devenu à la mode marque le graphisme publicitaire de l'époque dont les magazines nous donnent un vaste panorama.

Photographie de Bouillaud parue dans la revue Elle, n°1243, 13 octobre 1969-Illustration de l'article de Misha de Potestad, Les nouveaux venus dans la maison Tissus d'ameublement Fuschia
Photographie de Bouillaud parue dans la revue Elle, n°1243, 13 octobre 1969
Illustration de l'article de Misha de Potestad, Les nouveaux venus dans la maison Tissus d'ameublement Fuschia
©Bouillaud / Elle / Scoop/DR

Le décor de film participe également à la réhabilitation de l'Art Nouveau, qu'il s'agisse de films dont l'action se situe en 1900 – Landru (1962), Judex (1963), La ronde (1964), Hibernatus (1969) par exemple - ou de films dont l'action se situe à l'époque contemporaine - Les barbouzes (1964), La métamorphose des cloportes (1965), What's New Pussy Cat ? (1965), Cannabis (1969)... Par ailleurs, la bande dessinée pour adultes se nourrit de la charge érotique spécifique d'une certaine imagerie Art Nouveau fondée sur la mise en scène du corps féminin. Enfin, le domaine de la décoration intérieure – notamment la production de textiles et de papiers peints – connaît une multiplication de rééditions plus ou moins fidèles ou de réinterprétations de modèles 1900.

Allen Jones-Table Sculpture
Allen Jones
Table Sculpture, 1968
©Erik & Petra Hesmerg / The Gallery Mourmans/DR

Naturalisme

Comme au temps de l'Art Nouveau, les artistes plasticiens participent, dans les années 1960, à l'élaboration d'un cadre de vie alternatif et quelque peu contestataire. On a pu s'en rendre compte avec les oeuvres emblématiques et audacieuses d'Allen Jones conférant au corps féminin une fonction mobilière.

Claude Lalanne-Miroir aux branchages pour l'appartement de Yves Saint Laurent
Claude Lalanne
Miroir aux branchages pour l'appartement de Yves Saint Laurent, 1974-1985
©ADAGP, Paris © Christie's Images Limited 2009/DR

En France, sous l'action de personnalités telles que François Mathey, Michel Ragon et Jacques Lacloche, les artistes sont encouragés à développer leur conception de l'objet usuel qui ne relève point de la problématique du design mais privilégie la notion de décoratif. Ce courant est alors perçu par la critique d'art comme une résurgence du baroque. En 1966, le sculpteur François-Xavier Lalanne et son épouse Claude font une entrée fracassante sur la scène artistique en renouant avec le vaste projet de l'Art Nouveau de saisir la nature, de la capter dans sa diversité et de la restituer somptueusement, mais aussi avec quelque humour, dans le cadre de vie de l'homme "moderne".