Exposition

Aux couleurs de la mer

Du 06 novembre 1999 au 16 janvier 2000
Claude Monet-Les rochers de Belle-Ile, la Côte sauvage
Claude Monet
Les rochers de Belle-Ile, la Côte sauvage, 1886
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Le musée d'Orsay organise une exposition intitulée Aux couleurs de la mer avec Thalassa, le magazine de la mer, diffusé sur France 3. Le propos de l'exposition est de montrer l'importance de la mer dans la peinture, l'aquarelle et le pastel, la photographie, et "l'invention", en quelque sorte, de sites, de paysages marins sur les côtes de Normandie et de Bretagne, de l'atlantique et de la Méditerranée. L'ensemble est composé autour des collections du musée d'Orsay, avec quelques beaux prêts consentis par des musées parisiens et de province.
Cette exposition s'adresse à un public d'amateurs, passionnés par la mer. Au travers des toiles présentées, elle propose une transcription poétique et imaginative de la mer, des interprétations différentes selon chaque tempérament d'artiste, depuis l'observation réaliste d'Eugène Boudin ou Claude Monet, les visions singulières de Georges Lacombe ou d'Emile Bernard, jusqu'à la diffraction lumineuse et aux couleurs saturées des néo-impressionnistes, Paul Signac et Henri-Edmond Cross.
A la même époque, la mer emplit l'oeuvre de Victor Hugo (Les Travailleurs de la mer, 1866), puis inspire Claude Debussy, venu à Pourville observer La Manche et qui compose La mer, mais aussi Maurice Ravel et Ernest Chausson pour son Poème de l'Amour et de la Mer.

Eugène Boudin-La plage de Trouville
Eugène Boudin
La plage de Trouville, 1864
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR/DR

La mer a toujours fait rêver les hommes et inspiré les artistes. Si la "marine" a vu le jour aux Pays-Bas du XVIIe siècle, avec la mer quotidienne des pêcheurs et des ramasseurs de goémons, le thème se trouve revivifié au XIXe siècle, à la fois par la fraîcheur des peintres et aquarellistes anglais et les recherches menées par un groupe d'artistes en quête d'une "nouvelle peinture", les futurs impressionnistes.

Gustave Le Gray-Vapeur
Gustave Le Gray
Vapeur, 1857
©photo musée d'Orsay / rmn-©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR/DR

Au milieu du siècle, le paysage devient un genre prépondérant ; d'abord attirés par la forêt et les sous-bois, les artistes, passionnés par l'étude des vibrations lumineuses, sont tout naturellement portés vers la mer. C'est la côte normande - facilement accessible par le train -, avec ses "soleils mouillés" et ses "ciels brouillés", sa lumière sans cesse transformée qui fascine les peintres et les pousse à en étudier une transcription picturale.

Gustave Le Gray-Marine, étude de nuages
Gustave Le Gray
Marine, étude de nuages, Entre 1856 et 1857
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

C'est aux alentours du Havre et à Honfleur où Eugène Boudin tient une papeterie que se rencontrent les artistes. En 1858, Boudin accueille Monet, qu'il entraîne à peindre sur le motif en affirmant "Trois coups de pinceaux d'après nature valent mieux que deux jours de chevalet". En 1859, Baudelaire et Courbet le rencontrent, ce dernier l'exhorte à faire des marines. Tous se retrouvent à la ferme Saint-Siméon, l'auberge de la mère Toutain, enfoncée dans la verdure.

Boudin invente en 1862, un thème particulier, celui des plages de Deauville et Trouville peuplées d'une foule élégante et gaie. Il rend, à l'aide d'une touche légère et rapide, les vibrations lumineuses, et restitue le côté éphémère d'une journée d'été et de vent. Il consacre aux "merveilleux nuages" évanescents des études au pastel, louées par Charles Baudelaire qui parle de sa "collection de ciels".

Edgar Degas-Maisons au bord de la mer
Edgar Degas
Maisons au bord de la mer, Vers 1869
©photo musée d'Orsay / rmn-©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR/DR

L'enseignement de Boudin est une révélation pour Monet ; fasciné par l'élément liquide, il trouve à Etretat son inspiration, s'abandonnant aux fluctuations subtiles de la lumière, à la vie du ciel et de l'eau, et consacre une série de toiles à ce site impressionnant, aux falaises découpées, que Guy de Maupassant hante, lui aussi. Courbet y séjourne en 1869, observant une mer tourmentée, inquiétante, encore porteuse des angoisses romantiques. Degas, dont l'oeuvre ne compte qu'une centaine de paysages parmi les quelques 1 500 peintures et pastels connus, y trouve certains de ses plus beaux motifs, recomposant atmosphère et couleurs d'après quelques rapides notations, perdus dans l'informe et la brume...

Paul Signac-La bouée rouge
Paul Signac
La bouée rouge, 1895
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

"Je suis dans un pays superbe de sauvagerie, un amoncellement de rochers terrible et une mer invraisemblable de couleurs ; enfin je suis très emballé quoique ayant bien du mal, car j'étais habitué à peindre la Manche et j'avais forcément ma routine, mais l'Océan, c'est tout autre chose", écrit Claude Monet, depuis Belle-île, à son ami Gustave Caillebotte. Chaque mer a son caractère qui induit une transformation du style et des équivalences picturales. Georges Clairin et Charles Cottet, à la même période, consacrent à Belle-île quelques toiles imposantes, dans une facture plus traditionnelle.
Dans la lignée des enseignements de Gauguin, Lacombe et Bernard appliquent aux grottes mystérieuses de Camaret et aux rochers découpés de Saint-Briac, la fulgurance de couleurs arbitraires, symboliques et décoratives...