Exposition

Dans le champ des étoiles. Les photographes et le ciel, 1850-2000.

Du 16 juin au 24 septembre 2000
Paul et Prosper Henry-Photographie d'une portion du Cygne, 13 août 1885, Observatoire de Paris
Paul et Prosper Henry
Photographie d'une portion du Cygne, 13 août 1885, Observatoire de Paris, 1885
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

1850 - 2000 : en cent cinquante ans, la photographie a profondément bouleversé notre perception du ciel, du système solaire et de l'univers. Dès l'apparition de cette nouvelle technique, astronomes et photographes ont braqué leurs objectifs vers la voûte étoilée et ses principaux astres, la lune, le soleil, engendrant d'étonnantes images expérimentales, inabouties mais empreintes de poésie. Au fil des améliorations techniques, puis des explorations spatiales, la photographie est devenue grâce aux scientifiques un instrument de découverte à part entière : elle repousse les limites de l'univers visible, révèle des étoiles, donne un nouveau visage aux nébuleuses et aux planètes. Utilisée dans le même temps par des artistes, elle est l'occasion de rêveries poétiques, face au spectacle des phénomènes célestes, instaurant un dialogue entre art et science.
Confrontant documents anciens et créations contemporaines, Dans le champ des étoiles témoigne de l'évolution des représentations photographiques du ciel, des années 1850 à nos jours. Organisée en deux sections, qui se complètent et se répondent, l'exposition décrit un parcours entre science et art, du réel à l'imaginaire. La première partie, consacrée au XIXe siècle, mêle photographies scientifiques, dessins et gravures. Elle étudie la façon dont, au cours de cette période, la technique est devenue, difficilement et imparfaitement, un instrument de travail pour l'astronome. La seconde met en évidence l'influence de ces images scientifiques sur certaines démarches artistiques utilisant la photographie, depuis les travaux des avant-gardes dans l'entre-deux-guerres jusqu'aux oeuvres contemporaines.

John Adams Whipple et George Philips Bond-La Lune, 26 février 1852
John Adams Whipple et George Philips Bond
La Lune, 26 février 1852, 1852
©Observatoire du Collège d'Harvard/DR

Au XIXe siècle, dès les débuts de la photographie, astronomes et photographes se sont intéressés aux applications de cette technique dans le domaine de l'observation astronomique. Mais l'entreprise tient alors souvent de la gageure, tant elle conjugue de difficultés techniques : des luminosités inégales, tantôt faibles (lune), tantôt très fortes (soleil), des sujets perpétuellement en mouvement. Pendant de longues années, malgré l'ampleur des moyens mis en oeuvre, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes créées. Ainsi, les centaines de clichés réalisés en 1874 lors de l'observation du passage de la planète Vénus devant le soleil se révèlent d'une exploitation difficile.
L'apparition, dans les années 1880, de nouveaux procédés rend enfin possible l'enregistrement d'astres jusqu'alors invisibles à l'oeil nu. Les limites de l'univers connu reculent et incitent à entreprendre entre autres projets, celui, démesuré et utopique, d'une carte photographique du ciel, inventaire systématique de l'état de la voûte étoilée à la fin du XIXe siècle.

Maurice Loewy et Pierre Puiseux, assistés de Charles Le Morvan-Rayonnement de Tycho, phase décroissante, planche 37 de l'Atlas photographique de la lune (1896-1910)
Maurice Loewy et Pierre Puiseux, assistés de Charles Le Morvan
Rayonnement de Tycho, phase décroissante, planche 37 de l'Atlas photographique de la lune (1896-1910), 1899
©droit réservé - photo musée d'Orsay / rmn-©RMN-Grand Palais / DR/DR

Au XXe siècle, les artistes photographes, de Man Ray à Raoul Ubac, de Lazlo Moholy Nagy à Robert Bresson, souvent fascinés par ces pratiques scientifiques s'emparent des sujets cosmographiques. Dans les années vingt et trente, ils inaugurent une imagerie, à la frontière de la science et du rêve, nourrie de clichés scientifiques mais détournés, de manière ludique, absurde ou poétique.
Après-guerre et jusqu'à aujourd'hui, du Projet de reconstruction du ciel étoilé de Francisco Infante Arana, dans les années 1960, au réemploi critique de clichés scientifiques par Thomas Ruff, ou aux fausses Constellations de Joan Fontcuberta, les travaux des photographes contemporains se font encore l'écho de ces préoccupations.
L'exposition rassemble quelque deux cents oeuvres, en grande partie inédites, provenant de collections publiques et privées, françaises et étrangères, essentiellement des photographies mais également des dessins, maquettes, instruments, ouvrages, installations et vidéos. Elle se termine par des travaux inédits de photographes et plasticiens contemporains (Joan Fontcuberta, Joachim Mogarra, Antoine Petitprez, Agnès Propeck, Jean-Luc Tartarin, Ted Victoria), issus d'une commande passée par la délégation aux arts plastiques dans le cadre d'une collaboration avec le musée d'Orsay.