Exposition

De Delacroix à Renoir, l'Algérie des peintres

Du 07 octobre 2003 au 18 janvier 2004
Eugène Delacroix-Femmes d'Alger dans leur intérieur
Eugène Delacroix
Femmes d'Alger dans leur intérieur, 1849
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Philipe Bernard/DR

En 1930, alors que la France célébrait avec force manifestations le centenaire de la conquête de l'Algérie et qu'on inaugurait le musées des Beaux-Arts d'Alger, Jean Alazard, son conservateur, dressait un premier bilan des artistes qui avaient séjourné et travaillé en Afrique du Nord. Le voyage en Algérie, de Delacroix à Renoir, aurait redonné selon lui sens et vigueur à l'orientalisme français. Il est aujourd'hui possible d'examiner selon d'autres critères ce renouveau pictural et les tableaux, dessins, photographies, estampes, produites entre 1832 et 1882, c'est-à-dire entre le bref passage de Delacroix et le second séjour de Renoir à Alger.
C'est ce que propose, à la faveur de l'année de l'Algérie, cette exposition organisée par l'Institut du Monde Arabe, en partenariat avec le Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown et le Musée d'Orsay. Elle regroupe plus d'une centaine d'oeuvres, dont une quinzaine de tableaux de Renoir, réalisées durant le demi-siècle qui a vu s'amplifier en France la vogue des sujets algériens et s'ancrer définitivement la colonisation du pays.

Eugène Fromentin-Lisière d'oasis pendant le sirocco
Eugène Fromentin
Lisière d'oasis pendant le sirocco, 1859
©Arab Museum of Modern Art, Doha/DR

Impossible, à l'évidence, de dissocier ces deux phénomènes. Mais, au-delà de ces interactions souvent négligées, l'exposition voudrait mettre en évidence la diversité des approches individuelles et la richesse des croisements culturels, ressaisir ce que Renoir doit à ses prédécesseurs et en quoi l'impressionnisme s'articule aux expériences de l'orientalisme romantique (Delacroix, Chassériau, Fromentin, etc.). Les artistes qui partirent en Algérie dès 1830 n'en rapportèrent pas seulement une lumière plus intense, une palette plus chaude, celles-là mêmes qui attiraient le jeune Monet vers la peinture d'un Théodore Frère en 1859. Ce sont aussi les traces, pour ne pas dire les races d'un autre âge qui les poussaient au voyage autant que les incitations institutionnelles de la propagande coloniale.

Pierre-Auguste Renoir-Jeune algérienne
Pierre-Auguste Renoir
Jeune algérienne, 1881
©Museum of Fine Arts, Boston/DR

La nostalgie des temps et des moeurs primitifs est l'une des données centrales de l'orientalisme européen, elle s'accentue à l'heure où l'Occident entend répandre sa modernité à travers le monde. L'iconographie algérienne après 1830 ne se réduit pas en effet aux paysages qui, luxuriant ou désertiques, identifient et cataloguent les beautés de cette "seconde France". Campagnes militaires et chocs de cavaliers, scènes de genre à vocation ethnographique, voire à prétention anthropologique, seigneurs et chasseurs, pasteurs et bergers, évocation d'une féodalité d'autant plus suggestive qu'elle semble échapper à la civilisation industrielle, odalisques, babouches et harems bien entendu, l'orientalisme français excelle à produire et reproduire de l'altérité, à l'aide de codes qu'il convient de replacer dans leur vrai cadre d'analyse.
Au moment où l'Algérie et la France se rapprochent à nouveau pour examiner ensemble une page de leur histoire commune, l'exposition de l'Institut du Monde Arabe entend contribuer à ce dialogue, non sans rappeler que ces tableaux et photographies issus de l'ère coloniale ne se réduisent pas nécessairement à sa logique impérialiste.