Exposition

Dessins d'Odilon Redon (1840-1916)

Du 16 octobre 2007 au 06 janvier 2008
Odilon Redon-Le Prisonnier
Odilon Redon
Le Prisonnier
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot/DR

Jusqu'au milieu des années 1890, Redon se consacre essentiellement à son oeuvre graphique. Il s'agit de gravures et de dessins, notamment les noirs, fusains étranges et précieux qu'il expose à Paris pour la première fois au début des années 1880.

Il a lui-même commenté sa découverte du fusain, dans une lettre publiée par L'Art moderne en juin 1894, sous le titre de "Confidences d'Artiste" :
"Cette matière quelconque, qui n'a aucune beauté en soi, facilitait bien mes recherches du clair-obscur et de l'invisible. C'est une matière mal vue des artistes, et négligée. Que je le dise pourtant, le fusain ne permet pas d'être plaisant, il est grave. On ne peut tirer bon parti de lui qu'avec le sentiment même". A partir du milieu des années 1890, Redon s'ouvre à la couleur et pratique le pastel qui le "réconforte", écrit-il, et abandonne progressivement les noirs.

L'oeuvre de Redon déroute nombre de ses contemporains par son imaginaire et son iconographie à la lisière du fantastique. Cependant, en marge d'un texte d'Emile Bernard paru en 1904 dans L'Occident, il affirme avec force :
"Je ne suis pas spirite, oh ! Non. / Qu'est-ce que les esprits ?", ou encore : "Le surnaturel n'est pas ma nature". De même, l'artiste ne cesse de réfuter dans ses écrits une interprétation "littéraire", "illustrative" de son oeuvre malgré ses références à Shakespeare ou Edgar Poe.

Odilon Redon-Branche de mille-pertuis, et profil de femme
Odilon Redon
Branche de mille-pertuis, et profil de femme
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot/DR

Au contraire, Redon insiste sur le rôle du réel et de la nature dans la construction de son imaginaire. "Un souci constant d'obéir aux lois du naturel et de la vie" écrit-il dans Confidence d'artiste. Il s'inspire du monde naturel, réel mais invisible.
Ses créations se nourrissent des découvertes scientifiques notamment de la botanique et de la zoologie contemporaines. Mais Redon a saisi la puissance fantastique de la nature et y puise des formes étranges. En mai 1909, il explique ainsi qu'"après un effort pour copier minutieusement un caillou, un brin d'herbe, une main, un profil ou tout autre chose de la vie vivante ou inorganique, je sens une ébullition mentale venir ; j'ai alors besoin de créer, de me laisser aller à la représentation de l'imaginaire. La nature, ainsi dosée et infusée devient ma source, ma levure, mon ferment. De cette origine je crois mes inventions vraies. Je le crois de mes dessins".
Tard dans sa carrière, Redon continue à dessiner des arbres , des fleurs sur le motif ou d'après des planches de botanique.

Odilon Redon-L'araignée, elle sourit, les yeux levés
Odilon Redon
L'araignée, elle sourit, les yeux levés, 1881
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot/DR

Dans les années 1950 et 1960, les musées nationaux ont pu acquérir des fusains d'Odilon Redon provenant de collections prestigieuses. C'est notamment le cas pour L'Araignée en 1952, issue de la collection d'André Mellerio (1862-1943), auteur du catalogue raisonné de l'oeuvre gravé de l'artiste.
En 1966, Le Bénitier et Le Sommeil font leur entrée dans les collections nationales. Ils étaient jusqu'alors détenus par André Bonger (1861-1934), l'un des grands amateurs de l'artiste. Mais le fonds du musée d'Orsay doit beaucoup aux donateurs. Les noirs proviennent essentiellement de la donation Claude Roger-Marx, écrivain, critique, et historien d'art (en 1974), complétée en 1978 par sa fille, Mme René Asselain.
La majeure partie de la collection, peu connue, est constituée par le fonds d'atelier donné par le fils de l'artiste Arï Redon et son épouse en 1984. Cet aspect plus confidentiel de l'oeuvre permet d'en mieux comprendre la genèse et de saisir la profonde originalité de Redon dans le dessin français des années 1880-1900.