Exposition

Eglises : Orient ou Occident  ?

Du 07 octobre 2005 au 08 janvier 2006
Félix Duban-Vue intérieure de la Sainte-Chapelle
Félix Duban
Vue intérieure de la Sainte-Chapelle, 1847
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda/RMN / Réunion des Musées Nationaux

Depuis le Concordat de 1801 jusqu'à la séparation de l'église et de l'Etat en 1905, 9000 églises environ furent élevées en France, sur un total de plus de 40 000. Cette fièvre constructrice répondait à une reprise de la pratique religieuse, après la période révolutionnaire qui avait détruit ou mutilé un grand nombre de lieux de culte, et à un essor démographique nécessitant la mise en chantier d'églises supplémentaires.

Victor Baltard-Eglise Saint-Augustin à Paris, élévation de la façade principale
Victor Baltard
Eglise Saint-Augustin à Paris, élévation de la façade principale, entre 1860 et 1871
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Les plus grands architectes du XIXe siècle, Jean-Baptiste Lassus (1807-1857), Eugène - Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879), Victor Baltard (1805-1874), Léon Vaudoyer ( 1803-1872), Léon Ginain (1825-1898), Marcellin Varcollier (1829-1895), étudient les édifices anciens, les restaurent, et cherchent à déterminer le caractère d'une architecture religieuse propre au XIXe siècle, s'opposant sur les choix stylistiques, roman, gothique ou byzantin, comme sur les matériaux.

Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc-Quatre élévations et un profil de la cathédrale Sainte-Marie-des-fleurs de Florence
Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
Quatre élévations et un profil de la cathédrale Sainte-Marie-des-fleurs de Florence, Entre 1836 et 1837
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda/DR

Alphonse Gosset (1835-1914), architecte de la ville de Reims, y élève la basilique Sainte-Clotilde de 1898 à 1900, commémorant le quatorzième centenaire de la conversion de Clovis et des Francs en 496, inspiré par la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Il se voue avec passion à l'étude des Anciennes Eglises et mosquées de Constantinople (1887), et des Coupoles d'Orient et d'Occident (1889).

Antoine-Martin Garnaud-Etudes d'architecture chrétienne. Eglise de commune, plan, coupe, élévation
Antoine-Martin Garnaud
Etudes d'architecture chrétienne. Eglise de commune, plan, coupe, élévation, 1857
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Le thème était au centre des préoccupations de l'administration des cultes qui adresse, en 1853, une circulaire aux architectes diocésains afin d'élaborer des plans types d'églises pouvant rassembler une population allant de 500 à 5 000 âmes, pour une dépense de 20 000, 60 000 ou 120 000 francs. Ces modèles devaient être publiés, mais le nombre restreint de réponses, quarante deux, et leur indigence, firent échouer le projet.
Antoine-Martin Garnaud (1796-1861) qui construit en 1847 l'église de Decazeville (Aveyron), ville industrielle en pleine expansion, s'inscrit dans ce mouvement et publie en 1857, Etudes d'Architecture chrétienne, dont le musée d'Orsay a récemment acquis l'ensemble des dessins originaux, inédits pour certains. Il définit les caractéristiques esthétiques et pratiques, ainsi que les prix de tous les bâtiments qu'il propose, depuis le plus modeste tel l'église de hameau, jusqu'à l'église universelle.

Antoine-Martin Garnaud-Etudes d'architecture chrétienne. Eglise universelle
Antoine-Martin Garnaud
Etudes d'architecture chrétienne. Eglise universelle, 1857
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

De vives réactions accompagnent la publication de Garnaud, et César Daly écrit, à la mort de l'architecte : "Garnaud avait trop d'enthousiasme, trop de confiance pour comprendre qu'il eût été plus habile à lui d'adopter, pour ce grand ouvrage, un style d'art historique plutôt que de se lancer tête baissée dans un océan d'inconnu...L'imagination l'emportait tellement sur toutes les autres facultés chez cet homme au coeur ardent, qu'il ressemblait à un vaisseau avec son gouvernail rompu, qui se serait lancé à toute vapeur sur les hautes mers." (Revue d'Architecture et des Travaux Publics, 1861, col 243-248)