Exposition

Eugène Jansson (1862-1915) Nocturnes suédois

Du 18 mai au 22 août 1999
Eugène Jansson-Logement prolétaire (Proletärkasern)
Eugène Jansson
Logement prolétaire (Proletärkasern), 1898
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Eugène Jansson, né et mort à Stockholm, a passé toute sa vie dans cette ville qu'il aimait. Sans avoir beaucoup voyagé, il fut l'un des peintres les plus créatifs que la Suède ait connus. Malgré le relatif isolement de Jansson par rapport aux artistes les plus novateurs de son temps, on peut déceler des liens entre sa peinture et celle de certains de ses contemporains en Europe.
Pourtant, il est sûr qu'il ne pouvait avoir de connaissance directe d'oeuvres d'artistes comme Van Gogh, Gauguin, Monet ou Cézanne. Mais il avait pu voir des toiles du peintre norvégien Edvard Munch dès 1894, ce qui ne resta pas sans influence sur son oeuvre ultérieur. Par ailleurs, il se tint proche de l'avant-garde de son pays, de personnalités culturelles, artistes et écrivains et les plus radicaux : le prince Eugène, Bruno Liljefors, Carl Larsson, Richard Bergh, Karl Nordström.
Après avoir peint dans sa jeunesse des natures mortes pour gagner sa vie, il adopta un parti-pris affirmé qui détermina toute une phase de son oeuvre : il s'arrêta à une couleur, le bleu, à un choix formel qui peut se définir comme un type très particulier d'expressionnisme et à un sujet privilégié entre tous : les panoramas de Stockholm. De son atelier dans les hauteurs de Mariaberget, il avait une vue exceptionnelle sur la ville de Stöckholm, avec ses îles et ses étendues d'eau, et était sensible à l'étrange atmosphère bleue qui s'en dégageait la nuit. La musique était aussi pour lui une source d'inspiration majeure. Ses amis considéraient que la lumière bleutée de ses tableaux était liée à sa manière de jouer du piano. Ce n'est pas un hasard s'il a appelé "nocturne" plusieurs de ses panoramas bleus, certainement inspirés par l'oeuvre de Chopin, son compositeur favori.

Eugène Jansson-Moi, Autoportrait (Jag. Självporträtt)
Eugène Jansson
Moi, Autoportrait (Jag. Självporträtt), 1901
©Thielska Galleriet/DR

Ces oeuvres furent accueillies avec scepticisme par le public comme par les critiques et les musées. Les tableaux ne se vendaient pas à cause de leur caractère avant-gardiste et de leurs dimensions - ils mesuraient de 1,50 m à 2 m. Mais cela n'empêchait pas Jansson de persévérer. Passionné, individualiste et déterminé, sa rigueur et son exigence ne lui permettaient aucune compromission.

Eugène Jansson-Piscine (Badsump)
Eugène Jansson
Piscine (Badsump), 1911
©Peter Nahum at the Leicester Galleries/DR

A une période matériellement très difficile succéda, pour Jansson, une certaine aisance, due à la rencontre, en 1898, d'un des hommes les plus riches de Suède, Ernest Thiel, qui devint son mécène. En 1904, Jansson acheva son dernier tableau bleu, qui représentait le vieux Stockholm. A ce moment-là, ayant épuisé complètement ce motif, il se trouva dans la nécessité de changer de sujet.Depuis sa jeunesse, il rêvait de continuer à travailler le nu. Enfin capable de rémunérer des modèles pour la pose, il s'attacha en particulier à représenter le corps masculin dans des exercices athlétiques.

Eugène Jansson-L'Etablissement de bains de la Marine (Flottans badhus)
Eugène Jansson
L'Etablissement de bains de la Marine (Flottans badhus), 1907
©Thielska Galleriet/DR

Eugène Jansson fréquentait lui-même des cercles de sport, et s'astreignait à une discipline physique rigoureuse depuis qu'il avait été atteint d'une grave maladie à l'âge de treize ans. Amené à côtoyer de véritables athlètes, il était fasciné par leurs capacités physiques et par la beauté du corps masculin épanoui dans la performance sportive. En 1907, il présenta quelques-uns de ses nouveaux tableaux, qui firent sensation mais suscitèrent aussi de l'animosité. Jamais depuis l'Antiquité le corps masculin athlétique n'avait été scruté de la sorte, représenté avec autant de détails et sous tant d'aspects. Au moment des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, Jansson montra plus largement ses nouvelles toiles. Les réactions du public restèrent mitigées, même si l'originalité de la démarche de l'artiste était incontestable. Eugène Jansson était un personnage calme, posé, mais semblait très souvent d'humeur sombre. Il ne se maria jamais, vécut toute sa vie avec sa mère et son frère cadet. Il ne négligeait pas pour autant une certaine position mondaine dans Stockholm, qu'il mettait à profit pour faire connaître ses théories esthétiques. Au tournant du siècle, il travailla avec la Société des artistes d'opposition pour la promotion d'un art plus libre.